La disparition

(in English below)

Depuis le début du confinement, ils ont un système. Il a bien fallu, parce qu’au début, ça ne marchait pas. Dans les pieds l’un de l’autre toute la journée, c’était pas possible. Au bout d’une semaine, elle en était à trois, voire quatre fessées par jour. Ça ne laissait pas beaucoup de temps pour les réunions Zoom, ça, et franchement, ses fesses avaient un peu de mal à suivre. Et elles avaient mal tout court, aussi.

Donc, le système. Au lieu de passer à la proverbiale casserole tout de suite, il lui fait noter ses bêtises dans un petit carnet qu’ils laissent sur la table basse du salon. Ça donne quelque chose comme ça :

Lundi – 9h25 – lâché un ‘p*tain’ quand j’ai renversé mon café sur le bureau.

(Il n’aime pas les gros mots.)

Mardi – 10h40 – Dansé seins nus derrière son ordi portable pendant sa téléréunion avec le patron

(Il aime ses seins, mais là, il est au boulot.)

Mardi – 16h – fait la tête et refusé de lui parler jusqu’au diner parce qu’il ne voulait pas que je fasse des lasagnes pour le quatre-heure, mais honnêtement c’est vraiment [gribouillis illisibles]  

(ne pas garder la ligne, c’est une chose, mais se comporter comme une gamine capricieuse, c’est non)

Jeudi – 14h03 – Gribouillé un zizi dans le Grand Carnet de Punition Très Important

(Franchement ?!)

Arrivés en fin de semaine, ils font les comptes, et, si besoin, elle est punie. Jusqu’à présent, il y a eu besoin. Il se demande même si elle n’en profite pas un peu, la miss. Au final, une grosse punition, c’est sans doute moins que le cumul dans la semaine. Mais au moins, il peut lui faire rendre des comptes et, petit à petit, il y a moins de choses dans le carnet. Ou des choses moins sérieuses, au moins.

Cette semaine, cependant… Ce n’était pas une bonne semaine. C’est les nerfs, ça, et la pluie. Rester isolée, ça ne lui réussit pas, mais alors pas du tout. Bah ouais. Elle était grognon, là, elle l’avoue, c’est bon ? Pffff.

Il s’assoit sur le canapé pour faire les comptes. Pas de carnet. Sur le meuble télé, peut-être ? Elle ne sait pas, elle ne l’a pas vu. La dernière vois qu’elle l’a utilisé ? Bof, il y a deux semaines, peut être ? Sourire innocent. Sérieusement ? Peut-être hier… Oui elle l’a remis sur la table. Non, elle ne l’a pas caché. Elle n’oserait pas, voyons, quelle idée… Ce manque de confiance, alors, c’est consternant. Non, elle ne se moque pas. Non, non, elle ne prend pas ce ton moqueur exprès. Oui-oui, elle arrête tout-de-suite-sinon-ça -va-barder. Oui m’sieur.

Il fait le tour du salon, de la cuisine, pas de carnet. Il commence à perdre patience. Ils avaient un système ; si elle préfère les punitions instantanées, elle peut le dire ! Pas sur que ses fesses apprécient, mais c’est toujours une option ! Elle boude. Non, elle ne veut pas de fessées tous les jours, mais elle ne l’a pas, son fou… fichu carnet. De toute façon, il sait très bien ce qu’il y a dedans, non ?

Il le sait. Et c’est pas joli-joli… Mais il veut faire les choses correctement. Alors elle va chercher le carnet, elle a cinq minutes, après ça il va chercher le paddle, et elle ne va pas aimer ce qui va suivre.

—Mais je l’ai pas ton carnet, putain !

Elle se couvre la bouche des deux mains, les yeux écarquillés. Oh non. Oh non non non non… C’est sorti tout seul. Elle est stressée. Elle est désolée. Elle… Elle…

Elle est penchée sur le bureau, des larmes plein les joues. Ses fesses sont cramoisies, brulantes, douloureuses. Elle serre les dents quand un autre coup de paddle ajoute à sa douleur. Elle pleure. Elle est désolée, elle ne sait pas ce qu’elle a. Elle fera des efforts, promis. S’il te plait ? Il fait une pause. Elle souffle. Elle a les yeux fixés sur le bureau. Elle essaye de trouver quelque chose pour la distraire de l’incendie de sa croupe. Il n’y a rien. Des papier, des stylos, un carnet, un ordi… Un carnet ? Non mais… Il se fiche d’elle ?

Elle se relève, le carnet à la main. Et c’est quoi ça ? Ce serait pas le divin carnet ? Ah oui, il l’avait pris hier soir pour jeter un œil. Ah bah il est gonflé, le monsieur. Oui, oui, elle devait être punie mais il a fait fort là, non ? Et il l’a accusée pour rien ? Franchement, c’est pas juste.

Ah non, non, les bisous ça suffit pas ! Il se prend pour qui ? Ça, c’est un mois d’amnistie, minimum. Bon, une semaine ? Quatre jours, okay. Mais s’il le perd encore, c’est elle qui brandira le paddle, non mais oh…

Since the start of lockdown, they have a system. They had to because at the start of it, things just didn’t work. In each other’s way all day, it just wasn’t doing it. After a week, she was getting three or even four spankings a day. It didn’t leave much time for Zoom meetings and, honestly, her bottom was having trouble keeping up.

Thus, the system. Instead of getting it there and then, he asks her to write all her misbehaviours in a little notebook that they leave on the living room’s table. It goes a little like this:

Monday – 9:25am – said ‘f*ck’ when I spilled my coffee all over the desk

(He doesn’t like rude words)

Tuesday – 10:40am – Danced topless behind his laptop as he was having an online meeting with his boss

(he likes her breasts, but he’s working)

Tuesday – 4pm – sulked and refused to talk to him until dinner because he wouldn’t let me make lasagne for an afternoon snack, but frankly that’s [illegible scribbles]

(not keeping to the diet is one thing, but acting like a wilful brat is a no-no)

Thursday – 2:03pm – Scribbled a willy in the Big Big Very Important Punishment Notebook

(Honestly?!)

At the end of the week, they tally it up and, if needs be, she gets punished. So far, she’s needed it. He even wonders if she doesn’t do a little of it on purpose. After all, one big punishment is still probably less than the sum of all of her misbehaviours in the week. But at least he can hold her accountable and, little by little, there are less things in the notebook. Or less serious things, at least.

This week however… It wasn’t a good week. It must be nerves. And the rain. Being isolated doesn’t become her, not at all. Yeah, she was grumpy, so? She admits it, all right? Pffft.

He sits on the sofa to make the tally. No notebook. On the TV stand perhaps? She doesn’t know, she hasn’t seen it. Last time she saw it? Meh, two weeks ago maybe? Innocent smile. Honestly? Maybe yesterday… Yes, she put it back on the table. No, she didn’t hide it. She wouldn’t dare, of course… That lack of trust is just appalling… No, she’s not being funny. No, no, that mocking tone isn’t on purpose. Yes, yes, she stops it right now or-else-she’s-going-to-regret-it. Yes, Sir.

He goes around the living room, around the kitchen, no notebook. He’s starting to lose patience. They had a system; if she prefers instant punishments, she just has to say! Not sure her bottom would like it, but it’s always been an option! She sulks. No, she doesn’t want daily spankings, but she doesn’t have his fu… fudging notebook. Anyway, he knows what’s in it, doesn’t he?

He knows. But he wants to do things fairly. Thus, she will get the notebook; she’s got five minutes, then he’s going to get the paddle, and she won’t like what is going to follow.

“But I don’t have your damn notebook, for fuck’s sake!”

She covers her mouth with both her hands, eyes wide. Oh no. Oh no no no no… It just came out. She is stressed. She is sorry. She… She…

She is bent over the desk, tears rolling down her cheeks. Her buttocks are crimson, burning, painful. She grits her teeth when another slam of the paddle adds to her pain. She’s crying. She is sorry; she doesn’t know what’s wrong with her. She will make lots of efforts, she promises. Please? He pauses. She breathes. Her eyes are down, looking at the desk. She tries to find something to distract her from the burning fire in her rump. There isn’t anything. Papers, pens, a notebook, a laptop… A notebook? Is he kidding her?

She gets up, notebook in hand. What’s this? Isn’t it the Holy Notebook? Ah, yeah, he had taken it last night to have a look. Well he’s got some nerve, mister. Yes, yes, she had to be punished, but he went a bit overboard, didn’t he? And he falsely accused her? Honestly, it’s unfair.

Oh no no, kisses aren’t enough! Who does he think he is? It’s a month’s amnesty, at least. Right, a week? Four days, okay. But if he loses it again, she’ll be the one wielding the paddle…

Un plan parfait

(English below)

Fleur le regarde. Il la regarde. Il est fâché. Okay, pas de panique, elle a tout prévu. Elle passe sa main langoureusement dans ses cheveux et se mordille la lèvre. Ça marche à tous les coups. Les hommes, franchement… Ils ne sont pas compliqués. Elle applique le regard amoureux n°3, tant qu’à faire. Un, deux trois, et… Il a toujours l’air fâché. Ah mer…

Il dit quelque chose. Elle n’écoute pas vraiment, elle réfléchit. Elle aime sa voix. Quand il est faché, il peut être vraiment autoritaire. Elle aime ça. Parfois, c’est la grosse voix, parfois, juste le ton glacial ; elle aime le répertoire. Elle commence à bien le connaitre, d’ailleurs.. Vite, vite une idée…

Nouveau plan. Elle allonge lentement ses longues jambes sur le canapé et s’étire. C’est le matin : t-shirt, culotte, rien d’autre ; tactique impeccable. Bonus : dentelle. Bim ! Sauf qu’il a les bras croisés, maintenant. Double mer…

Il faut autre chose. Quelque chose d’irrésistible. Une idée, une idée… Il dit autre chose. C’est surement important. Tiens, c’est ton glacial aujourd’hui. La facture de quoi ? Aucune importance. Diversion, diversion !

Petite moue, air innocent, main délicatement posée le long du cou. Petit soupir. Ah ! Trop facile. Les câlins, et les bisous, ce sera juste la cerise sur le gâteau. Il prend sa main. Elle ferme les yeux et tend ses lèvres. Il embrasse bien, ferme, passionné. Sauf que là, au lieu de l’embrassade pleine d’amour, de passion et de papillons, il la fait se lever, il s’assoit et la rabat sur ses genoux.

T-shirt, culotte, rien d’autre, le regret est instantané. Dentelle ou pas dentelle, les claques tombent, sèches, douloureuses. Elle gémit, elle remue et se tortille. Rien à faire, il continue. Il parle encore. C’est la grosse voix. Ses fesses sont en feu. Ses cuisses sont trempées. Elle s’abandonne, ferme les yeux et pense à ce qu’ils feront quand il sera satisfait de sa punition. Elle plein d’idées, un plan. Il y a des batailles qui valent le coup d’être perdues.

Fleur looks at him. He looks at her. He is mad. Okay, no panic, she’s got a plan. She languidly passes her hand in her hair and bites her lip. It always works. Men, honestly… They’re not that complicated. She puts on her number 3 gaze, while she’s at it. One, two, three and… He still looks upset. Ah sh**…

He says something. She doesn’t really listen; she is thinking. She likes his voice. When he’s mad, he can be really commanding. She likes that. Sometimes, it’s a loud voice, sometimes, just an icy tone; she like variety. She’s starting to know it well… An idea, quickly, quickly…

New plan. She slowly extends her long legs on the sofa and stretches. It’s morning: t-shirt, panties, nothing else; perfect tactic. Bonus: lace. Boom! Except that he has now crossed his arms over his chest. Double sh**…

She needs something else. Something irresistible. Think of something, think of something… He says something else. It’s probably important. Ah, it’s the icy tone today. What unpaid bill? No matter. Diversion, diversion!

Little pout, innocent look, hand delicately placed on her neck. Little sigh, Ah! Too easy. Cuddles and kisses will just be the icing on top. He takes her hand. She closes her eyes and holds out her lips. He kisses well, passionately. Except that, instead of a passionate, loving kiss and fireworks, he makes her get up; he sits down and pushes her over his lap.

T-shirt, panties, nothing else; she regrets it instantly. Lace or no lace, slaps come falling down, dry and painful She moan, wiggles and twists. It does nothing, he carries on. He speaks again; it’s his loud voice now. Her bottom is on fire. Her thighs are wet. She lets herself go, closes her eyes and thinks of what they’ll do when he’s satisfied with her punishment. She has a lot of ideas, a plan. Some battles are worth losing.

Gare à toi

Il jette un regard à la ronde, puis à sa montre. Il n’y a pas grand monde sur le quai. Il marche quelques pas et consulte l’écran pour la dixième fois. C’est le bon. Le train est à l’heure. Il regarde sa montre de nouveau. 10 minutes. Il se retourne vers le banc sur lequel il a posé son sac et le bouquet. Pas trop de risques qu’on le lui vole, mais sait-on jamais.

Il y a un petit couple assis sur un autre banc, un peu plus loin. Ils ont l’air heureux. Elle lui manque. Même pour quelques jours, c’est dur de ne pas l’avoir entre ses bras. Et les messages, ce n’est pas la même chose. Il regarde ce que propose la machine. Du sucre, en gros. Du sucre en barre, du sucre en gélatine, du sucre à boire… Bon, il ne va pas se la jouer ministère de la santé mais quand même… Il hésite à lui acheter du coca. Elle aime le Coca, allez comprendre. Enfin non, elle adore ça, plutôt. Elle fait des offrandes quotidiennes au dieu du Coca, il en est certain. Ce qu’elle y gagne, il n’en sait trop rien, mais ça a l’air de lui réussir. Un train passe sur la voie d’en face. Céréales. Ça n’en finit pas, wagon après wagon. Les gens, c’est dans des voitures, mais la marchandise, c’est des wagons. Il aime bien les trains. Pas au point d’en avoir rêvé quand il était gosse, mais il adore les voyages en train. Un jour, ils feront le Transsibérien, il en rêve. Ou l’Orient Express, sinon. Ou les deux.

Il regarde la machine de nouveau. Pas de coca, de toute façon ils vont aller manger tout de suite. Elle aura faim, et son estomac à lui a déjà commencé à s’auto-digérer. Il y a un jardin pas loin, il les y voit déjà, à l’ombre, sur un banc. Il a Brassens dans la tête, maintenant. Il s’assied. Pas longtemps, il a la bougeotte. Si elle savait, elle se moquerait. Il rajuste le plastique autour des fleurs. Ça fait très cliché mais il espère que ça lui plaira quand même, son homme qui l’attends sur le quai de gare, le bouquet à la main. C’est romantique, et il aime à croire qu’il l’est un peu. Il se lève et vérifie qu’il est au bon endroit. Ils sont bien gentils, à la SNCF, mais mettre les écrans à l’équerre par rapport au quai, ça n’aide pas à se repérer. Voiture 18, elle a dit. ABCD… Moui, ça a l’air d’être ça. Il rajuste sa chemise. Pfff, il est presque stressé, il se croirait revenu à l’adolescence. Cinq minutes. Toujours pas grand monde sur le quai. Tant mieux, il ne risque pas de la rater.

D’ailleurs, romantique ou pas, il ne va pas la rater, dans un autre sens. Elle n’est partie que quelques jours et ça a suffi pour qu’elle fasse son quota de bêtises pour le mois. Il va la faire mariner un peu. Prendre son temps pour rentrer à la maison. Il lui a dit de mettre une robe pour rentrer, et il compte bien en profiter. Les jardins, c’est plein de petits recoins isolés, et il a déjà pensé à quelques rues tranquilles par lesquelles passer. Puis, de retour à la maison, il a déjà posé une sélection d’instruments sur la table basse, devant le canapé. Elle sait qu’elle sera punie, elle ne sait pas comment ou à quel point, mais elle sait. Elle est obéissante, quand même, elle confesse toujours ses errements. Il lui fait confiance, et ça lui fait plaisir qu’elle soit honnête avec lui. C’est la fondation de leur couple, il aime bien le lui dire. Elle lui manque. Deux minutes.

Peut-être qu’il lui demandera de se changer avant, tiens. Mettre des petits dessous. Après tout, il n’y a pas que la fessée qui lui fait très envie, là, il y a une ribambelle d’autres choses. Il aime bien qu’elle garde son soutien-gorge, ses bas… Le côté un peu « bourgeoise dévergondée », il adore. Il se lève et rajuste son pantalon. Pff… Un ado… Il prend les fleurs et laisse son sac. Le petit couple s’embrasse. Allez, elle sera bientôt là. La fameuse voix de la SNCF tonne. Il voit le train au loin. À l’heure ; comme quoi, ça arrive. Il passe les fleurs dans son dos. Arrivé là, autant faire cliché jusqu’au bout, et comme ça elle ne les verra pas par la fenêtre en attendant sagement de descendre.

Le train arrive en gare. Il s’arrête. Les portes s’ouvrent, les passagers commencent à descendre. Il jette un oeil vers les autres portes, en espérant avoir choisi la bonne. Les secondes lui semblent longues. Il espère qu’elle ne s’est pas endormie. Il se mord légèrement la lèvre. Non, la voilà. Sa Julie. Elle a un grand sourire. Il le lui retourne. Qu’est-ce qu’elle est belle. Il lui laisse les fleurs et prend sa valise.

« Tu verras, j’ai tout prévu ! »

Luna

Elle essaye d’apercevoir ses yeux derrière ses lunettes de soleil. Elle se doute bien qu’il la fixe, et pas du regard un peu niais d’un amoureux transi. Elle incline légèrement la tête et tente de lui prendre la main. Il la retire.

« Ah non !

— Mais…

— Non.

— Mais si, viens…

— Julie, non, c’est non.

— Mais ce sera bien.

— Pour toi, oui.

— Mais ça va aller…

— Non. Tu peux y aller si tu veux, moi je reste là.

— Rhoo, mais allez, fais pas ta chochotte…

— Pardon ?

— C’est juste un manège, pfff… Regarde, il y a des gamins dessus…

— Et alors ?

— Des gamines aussi…

— Re et alors ?

— Ben…

— Oui ?

— Il est où mon mec tout dominant et tout sûr de lui ?

— N’importe quoi…

— Allez, ça va être marrant.

— Le mec tout dominant et tout sûr de lui avec du vomi plein la chemise, ça le fait moyen, Julie.

— T’es vraiment pas drôle…

— Non, mais je vais te regarder, vas-y.

— Ben, non, toute seule c’est nul.

— D’accord. Tu viens ?

— Où ?

— Ben plus loin ?

— Mais…

— Mais quoi ?

— S’il te plaît…

— J’ai dit non, je ne sais même pas pourquoi on en discute encore. Non, c’est non.

— Pfff…

— Julie, ça suffit.

— Julie, ça suffit… Pfff… »

Il se tourne vers elle et lui prend le bras.

« C’était quoi ça, Julie ?

— Euh…

— Ça te fait rire ?

— Non…

— Si tu veux faire ta gamine, je vais te traiter comme une gamine.

— Non non, je vais me tenir…

— Ça vaut mieux… »

Elle baisse la tête et la hoche légèrement. Il prend sa main et commence à s’éloigner.

« Tu veux vraiment pas ?…

— Bon, tu ne sais vraiment pas quand t’arrêter, toi. On va à la voiture.

— Non, non…

—  Oh que si.

— Non…

— Si. Ta brosse y est.

— Non non non non non…

— Oh si. »

Il la traîne presque jusqu’au parking. La voiture est un peu à l’écart. Comme par hasard, se dit-elle. Il pointe le sol du doigt.

« Tu restes là. »

Elle obéit, les bras croisés, tête baissée, le feu aux joues. Il jette un œil aux alentours. Personne de ce côté-ci du parking. Il ouvre la porte de la voiture, à l’arrière.

«Allonge-toi, et baisse ton jean.»

Elle murmure un « Non, s’il te plaît » qui reste sans effet et fait ce qu’il lui dit. Il a déjà trouvé la brosse. En général, il ne trouve rien quand elle lui demande de sortir quelque chose de son sac à main, mais là… Elle s’allonge, le pantalon à mi-cuisse. Il s’assied sur le bord du siège et tapote ses fesse du bout de la brosse. Elle ferme les yeux et le premier coup suit instantanément. Lourd, bruyant, douloureux. Elle déteste la brosse. Il enchaîne une dizaine de coups et se retourne pour vérifier que personne ne s’intéresse trop. La musique de la fête foraine couvre bien celui de la fessée, mais sait-on jamais… Personne. Il prend la brosse fermement et retourne son attention sur elle.

Elle sèche ses larmes en revenant à la fête foraine. Son jean est trop serré, ça frotte. Elle a mal. Lui est de bonne humeur, il avale une bouchée de barbapapa. Elle n’arrive pas à s’empêcher de se frotter les fesses, ce qui la fait gémir doucement. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Ils passent devant le manège sur lequel elle voulait aller.

« Bon…

— Oui ?…

— Juste une fois

— Tu aurais pu le dire la première fois, hein…

— Ce sera plus drôle de te voir t’asseoir comme ça…

— Sadique…

— C’est pour ça que tu m’aimes. »

Elle l’embrasse. Pfff, il a raison, en plus.

Chaleur

« J’ai trop chaud…

— Tu as ouvert la fenêtre dans la chambre ?

— Oui. J’ai trop chaud.

— Ben… Il fait chaud..

— Oui. Trop.

— Et ?

— Ben j’aime pas.

— Ah oui, ça je vois bien, mais qu’est ce que tu veux que j’y fasse ?

— Bah rien, je t’informe.

— Tu m’informe qu’il fait chaud ?

— Oui. Je fais miss météo aujourd’hui.

— Ah bah t’es presque aussi efficace que Météo-France, hein…

— Je ne sais pas trop comment je dois le prendre, ça… »

Il l’embrasse.

« Une douche fraîche, ça te dit ?

— Peut-être, si tu m’accompagnes…

— Ben oui je t’accompagne… C’est mon côté écolo, tout ça…

— Oui enfin… Quand tu t’y mets…

— Quoi quand je m’y mets ?

— Ben ça dure bien plus longtemps… Pas très écolo…

— Tu préfèrerais que ce soit fini en deux minutes ?

— C’est pas ce que j’ai dit… »

Elle l’embrasse à son tour. Il passe ses mains le long de sa robe. Il aime le tissu, il est doux. Il aime encore plus ce qu’il couvre. Elle frissonne malgré la chaleur lorsqu’il passe ses mains sous la robe et frôle sa peau en la relevant doucement. Il la passe par dessus sa tête et lui pose un baiser sur les lèvres, dans le cou, sur l’épaule. Elle défait les boutons de sa chemise un à un, la lui enlève, passe ses mains sur son torse. Il la guide vers la salle de bain à reculons, laissant leurs vêtements derrière eux au fur et à mesure. Il la serre contre lui. Ils entrent dans la douche.

« On avait dit fraîche…

— Ben c’est frais ?

— Julie, c’est sur 35 là.

— Ben oui, c’est le pôle Nord

— Baisse.

— Non… Prends-moi dans tes bras, ça te réchauffera.

— T’abuses…

— Attends, fais moi de la place.

— Mais…

— Fais attention, le shampooing va tomber là…

— Tu me fais un bisou ?

— Tu peux baisser le truc, là ?

— Le truc ?

— Pour le pommeau.

— Et mon bisou ?

— Oui oui, tiens…

— Dis donc, toi…

— Oui ?

— Il y a deux minutes tu étais toute câline et là…

— Rhoo, mais non…

— Un peu, hein…

— Tu baisses le truc ? »

Il s’exécute en roulant des yeux. Elle lui caresse le bras.

« Fais pas la tête…

— Je ne fais pas la tête… »

Elle se colle contre lui en minaudant.

« Tu veux un bisou ?

— Juste un ?

— Plus si tu veux…

— Je veux. »

Il la plaque contre le carrelage frais du mur, passe sa main sur son bas-ventre. Elle gémit doucement et passe ses bras à son cou. Elle aime ses mains qui la parcourent, qui l’explorent, qui lui font du bien. Elle aime le sentir en lui, elle aime voir l’effet qu’elle lui fait. Elle veut qu’il la serre, qu’il la prenne dans ses bras, qu’il la prenne tout court. Elle aime l’eau qui coule sur eux, ses mains qui glissent sur elle. Il la savonnera, il la caressera encore, mais d’abord, elle veut qu’il lui fasse l’amour. Elle se retourne, face au mur et presse ses fesses contre lui. Il lui prend les seins, fermement. Elle gémit. Ils sont  encore sensibles. Elle gémit à nouveau quand il rentre en elle, lâche un petit “Ah…”, tout en retenue. Elle l’aime.

Elle est sur le lit, allongée sur le ventre. Elle rêvasse. Il passe sa main le long de sa colonne et la pose sur ses fesses. Elle tourne la tête vers lui.

« Ben maintenant, j’ai froid…

— T’es sérieuse ?

— Oui… Il faudrait que tu me réchauffe…

— Ah, tu crois ?

— Oui, et puis j’ai un nouveau bulletin météo.

— Ah ? Et ?

— Ils prévoient une vague de chaleur sur mes fesses…

— Tu crois ?

— Indice de confiance : cinq…

— Si c’est officiel, je n’ai pas le choix… »

Il lève la main. Elle sourit déjà.

Été

Il est en vacances. Pas elle. Quand elle rentre le soir, il est content de sa journée. Il aime le calme. C’est un peu vexant, d’ailleurs. Il en profite pour faire un de ses fameux nettoyages de printemps. Bon, en plein été, mais c’est le même principe. Elle appréhende un peu à chaque fois. Tout ce qui traîne y passe, le tri est minimal. En général, elle fait attention à mettre certaines choses à l’abri. Il fait les placards, traquant ce qui est périmé ou qui va l’être bientôt. Il vide le frigo pour le nettoyer, dégivre le congélo… Les magazines qui ont plus de deux semaines, pouf ! à la trappe. Il garde juste les National Geographic et les Courrier International. Il ne les relit quasiment jamais, mais au cas où. Elle, son bazar organisé, elle le retrouve sens dessus dessous. Il lui parle de zen et de feng shui, elle pense surtout qu’il est un peu maniaque. Une place à chaque chose, chaque chose à sa place… C’est un peu rigide, quoi.

Mais au moins, il fait bien la cuisine, ça sent toujours bon quand elle revient. Il a le temps, hein. Il fait ses petites courses entre deux tours à la déchèterie, après son petit ménage. Elle pense qu’elle va lui trouver un tablier de cuistot, ça le fera marrer. Ou pas. Elle oui, en tout cas. Il est plein d’énergie quand elle rentre, plein d’attentions. Elle, elle est crevée. Il fait trop chaud au bureau, ça la fatigue. Les clients sont casse-pieds, sa cheffe est pire —le divorce se passe mal— ce n’est pas une bonne période. Elle pense aux vacances qui arrivent bientôt. Elle a hâte. Changer d’air, se retrouver tous les deux, dormir, rester traîner au lit toute la journée, se faire des bisous, des câlins… Oui, elle a hâte. Ça fera du bien à son humeur aussi, qui est plutôt du côté « massacrante » du cadran.

C’est sans doute pour ça qu’elle est en travers de ses genoux, encore. Elle a fait la tête toute la soirée, et il n’a pas aimé. Elle a peut-être eu des mots un peu déplacés, aussi. Enfin, c’est vrai qu’il faisait un peu chier, quoi…

« Pardon ?! »

Ah. Elle a pensé tout haut.

« Non, je veux dire… Euh…

— Tu veux dire que je te fais chier, oui.

— Non, puis euh, suer, hein, s’il te… Aaaaaaïe ! »

Elle l’a bien sentie, celle-là. Les robes d’été, ça ne sert à rien. Il la tient en place. Sa main continue son va-et-vient. Droite, gauche, droite, gauche… Apparemment, le ménage, ça muscle. Il a le sens du rythme, en plus, un vrai métronome.

« Tu ne manques pas d’air, Julie…

— Mais non mais…

— Mais quoi ?

— Je le pensais pas, je… euh…

—  Tu pensais tout haut, non ?

— Oui…

— Mais tu ne le pensais pas ?

— Hum…

— Je t’écoute ?

— C’est pas ce que tu crois…

— Ah non ? Ce n’est pas de moi que tu parlais ?

— Euh… Je peux te mentir ? »

Il relève la robe d’un geste brusque. Apparemment, la réponse est non. Elle sent juste le petit coup d’air frais sur ses fesses déjà roses. Elle n’en profite pas longtemps. Il passe un doigt le long de sa culotte pour la rajuster —l’esthétique, il aime— et il recommence à la fesser.

«  Je sais que tu es fatiguée…

— Oui…

— Mais ça n’excuse pas tout

— Je sais…

— Ça ne te donne pas le droit d’être désagréable.

— Je sais…

— Insolente… Insultante… »

Il ponctue ses mots de claques bien senties, à pleine main. Elle aime caresser ses bras, elle aime sentir ses muscles sous sa peau, mais là, elle sent bien le poids desdits muscles derrière la main qui tombe sans relâche sur sa croupe.

« Tu me fais mal…

— Tu crois ?

— Voui…

— C’est peut-être voulu…

— Oh bah non, c’est pas ton genre…

— Et c’est quoi, mon genre ?

— Le genre ours…

— C’est-à-dire ?

— Ben… Bourru, poilu, mais tout doux…

— C’est une peluche que tu veux, en fait ?

— Ah bah aussi, oui… »

Elle gémit. C’est bien gentil de faire de l’humour, mais pendant ce temps-là, il ne ralentit pas la cadence, et il ne faiblit pas. La muscu, c’est fini ; elle va lui dire. Elle tient un minimum à ses fesses.

« S’il te plaît…

— Je t’ai dit que c’était fini ?

— Non…

— Alors, tu pense que tu as été assez punie ?

— Je… Si je dis oui, tu ne vas pas être content…

— Tu commence à avoir l’habitude, hein…

— Oui…

— Tu crois que c’est une bonne chose, Julie ?

— Non… Mais…

— Mais ?

— Je suis beaucoup plus sage qu’avant…

— Oui…

— Et je suis fatiguée…

— Moui…

— Alors, euh… Un peu de clémence, ce serait bien…

— Ah, tu crois ?

— Oui… Puis… ce n’était pas si grave…

— Ah. C’est toi qui décide de ce qui est grave ou pas, alors ?

— Non, non… »

Il joue avec l’élastique de la culotte.

« Non, s’il te plaît… Je serai sage, je serai toute gentille…

— C’est ce que tu dis à chaque fois…

— Je te le promets… »

La culotte descend.

« Non… Non, s’il te plaît… »

Elle la sent glisser le long des ses fesses, le long de ses cuisses. Elle gémit.

« C’est pas juste… »

Il la retire complètement et lui claque les fesses une dernière fois.

« Au coin.

— Quoi ?

— Tu m’as très bien entendu.

— Mais pourquoi tu me l’as enlevée ?

— Parce qu’à partir de maintenant, tu n’en porteras plus.

— Hein ? Ah non ! Il fait chaud, je suis en robe ou en jupe tous les jours, là…

— C’est ballot, hein ?

— T’as pas le droit…

— Ah non ?

— Non…

— T’es sûre ?

—…

— Je me disais bien.

— Mais…

— Oui ?

— Jusqu’à quand ?

— Au moins jusqu’aux vacances…

— T’abuses…

— T’adores ça.

— Oui mais t’abuses quand même…

— Il me semble que je t’ai dit d’aller au coin.

— Je suis bien sur tes genoux, au final…

— Ah oui ?»

Il lui caresse les fesses, doucement. Elle fait la grimace et frémit un peu. Les cuisses, les hanches. Elle soupire doucement, un sourire aux lèvres.

« Oui…

— Tu crois que de la crème ça pourrait aider ton humeur ?

— Peut-être, hein…

— Et plus de caresses ?

— Ah bah oui, hein…

— Et quoi d’autre ?

— Ben… Ma culotte ? »

Il lui passe la main entre les cuisses.

« Si c’est pour la salir, jeune fille, ce n’est pas la peine… »

À vos marques…

Elle se tourne, tord son cou, tire sur sa culotte. Nooooooon… C’est pas possible, elle n’y crois pas. Pourtant, elle commence à avoir l’habitude des belles marques. Mais là… C’est jaune, c’est bleu, c’est mauve, c’est sombre, c’est… Beau ?

Elle se plaint, elle lui dit qu’il abuse, franchement, il pourrait y aller un peu plus soft. Il sourit. Ah bah il est fier, en plus ? Pfff… Elle rouspète, elle souffle, mais elle est contente. Les marques, c’est aussi son appartenance. Elle est à lui. Elle ne l’appelle pas maître, elle n’est pas “sa soumise” ou son esclave, comme elle le lit par ailleurs, mais elle est sienne. Ils ne suivent pas de codes, ils n’ont pas signé de contrat. Les cases, elle n’aime pas ça, les normes, elle s’en fiche un peu. Ils sont comme ils sont et ça lui va très bien.

Elle a quand-même un safeword, au cas où, mais elle lui fait confiance. Il sait ce qui lui faut, et même s’il est sévère, il n’est jamais méchant. Elle l’aime. Il l’aime. Ils s’aiment. Rhoooo, les clichés à l’eau de rose… Mais elle est contente, elle est fière, quelque part, même si elle regrette les bêtises.

Mais quand même… Il y n’y a pas été de main morte… Et elle aime ça… Elle en veut encore. Elle passe la main sur ses fesses. Bon, en fait, ça pourra attendre. Mais juste quelques jours.

Douleurs

Elle pleure. Des larmes chaudes ruissellent le long de ses joues et elle garde les yeux fermés, se mord la lèvre, serre les poings en attendant le prochain coup qui ne tarde pas. Elle entend le bruit aigu de la canne qui fend l’air, le claquement sec du bois fin contre sa peau. La douleur arrive comme un tison qui la brûle. Elle ne veut pas crier. Elle ne se rend pas compte qu’elle l’a déjà fait. Cinq. Cinq et tout ce qu’elle peut penser c’est qu’elle n’en supportera pas plus. Et pourtant. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Il aime les comptes ronds. Onze… Elle pleure. Elle tape des pieds. Elle gémit, elle crie, elle sanglote, elle supplie. Ses mains restent devant elle, elle n’ose pas se protéger. Elle n’ose rien, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. Sa respiration est haletante entre les sanglots. Il lui a mis sa culotte dans la bouche sous prétexte qu’elle faisait trop de bruit. S’il frappait moins fort, elle n’en serait pas là. Elle est penchée sur l’accoudoir du canapé, serrant un coussin humide de ses larmes. La ceinture tombe encore et encore, d’un côté, de l’autre. Il la tend entre chaque coup, se délecte du claquement sévère du cuir sur la peau. Elle garde les jambes tendues, croisées, les doigts de pieds recroquevillés. Elle serre les fesses, sans trop savoir si ça lui fait plus ou moins mal. Il ne compte pas. Il est visuel, aussi. Il couvre ses fesses uniformément, y laisse des marques sombres et douloureuses qu’elle gardera pour quelques jours. Elle serre les dents, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. La brosse fait le va-et-vient d’une fesse à l’autre, y laissant sa morsure douloureuse. Ça claque, lourdement, bruyamment. Le bois s’écrase sur ses fesses, chaque coup plus douloureux que le précédent. Il est implacable, impitoyable, il ne lui laisse pas le temps de plaider, de réfléchir, de reprendre haleine. Elle s’agite sur ses genoux, fait de son mieux pour ne pas se dérober, la tête enfoncée dans le tissu du canapé. Elle veut que ça s’arrête, elle veut que ça s’arrête, elle veut que ça s’arrête. Il ne s’arrête pas. Ses jambes s’affolent, elle n’en peut plus. Elle agrippe son pantalon, gémit. Elle sait qu’elle mérite chaque coup. Elle supplie, elle est sage, elle promet.

Elle pleure. Il la tient dans ses bras. Ses mains passent dans ses cheveux, doucement. Il lui dit qu’il l’aime. Il lui dit qu’il la croit. Il lui dit qu’elle fera mieux la prochaine fois. Elle s’accroche, elle s’agrippe à lui. Elle veut qu’il la serre plus fort et qu’il ne la laisse jamais partir. Elle essaye d’endiguer ses larmes sans le moindre effet. Il la laisse pleurer, il lui répète qu’il n’est pas fâché, qu’il n’est plus fâché. Il a confiance en elle, elle fait des efforts, il le sait. Elle hoche la tête, elle le serre. Elle ne veut rien d’autre. Elle l’aime, elle sera sage, elle promet.

Listes

Ça ne devrait pas être compliqué, et pourtant… Elle regarde la liste et soupire. C’était son idée, à la base, en plus. Au moins, avec une liste de choses à faire, elle n’en oublierait pas, et elle pourrait cocher au fur et à mesure. Pour lui aussi c’est simple, en rentrant, il peut regarder la liste, constater que tout a été fait, et lui faire des bisous. En principe, c’est simple. En pratique…

Ce n’est pas qu’elle veut pas, hein. Elle a encore des bleus sur les fesses qui la font gémir doucement à chaque fois qu’elle s’assoit. Avoir moins l’occasion d’être punie, ça lui va très bien. Mais de voir la liste, ça la déprime. Elle a mieux à faire de son samedi. C’est peut-être le côté artificiel de la chose. Il n’y a pas vraiment de mérite à suivre bêtement les instructions, si ? C’est plus un test de sa patience qu’autre chose. Cela dit, la patience est une vertu. Ou mère de vertu. Bref, la patience, c’est une bonne chose. Elle pose la dernière casserole sur le séchoir et regarde la liste. La cuisine, c’est fait. Elle soupire.

Elle regarde ce qui lui reste. La chambre, le salon. Re-soupir. Sans y penser, elle passe la main sur ses fesses endolories. Bon, le salon. Il abuse, il n’y a quasiment rien qui traine. Ça vit, une maison, ce n’est pas fait pour être stérile, ce n’est pas un showroom IKEA non plus… Heureusement qu’ils n’ont pas encore d’enfants, tiens… Elle l’imagine bien insister pour que tous les jouets soient rangés dès qu’ils auraient fini de jouer avec. Elle lui donnerait deux jours avant de craquer et de voir le bazar permanent s’installer. Elle a gardé des gamines quand elle était ado, elle sait ce que ça donne.

Elle se demande comment ils feraient avec des enfants à la maison. La fessée rapide sur le canapé, ce serait plus compliqué, tout de suite. Le côté instantané, improvisé, ce ne serait pas vraiment possible. Il faudrait se créer des moments, définir d’autres règles. Peut-être le soir, quand ils seraient couchés ? Ou bien un bilan de la semaine le weekend ? Peut-être qu’elle aurait un carnet pour noter ses bêtises. Elle l’a lu sur des blogs, mais elle n’en a jamais eu besoin. Quand elle déraille, il la remet tout de suite sur le droit chemin. Enfin, sur les rails, du coup ? Elle mélange un peu ses métaphores. Elle coche le salon. Bon, il reste la chambre.

Elle se demande parfois comment font les autres. Elle n’a pas vraiment de copines du “milieu”, elle, sa vie de couple et sa sexualité, c’est en privé que ça se passe. Mais elle aime bien lire les aventures, les émotions des autres. Elle s’y retrouve, elle s’imagine dans toute sortes de situations. Elle s’allonge sur le lit. Elle pense à lui. Ses mains, son parfum, ses beaux yeux verts. Elle pense à ces récits qu’elle a lu. Il va bientôt rentrer. Il pourra s’occuper d’elle. Qu’elle ait fini ou pas, d’ailleurs… Elle ferme les yeux. Elle va devoir faire une autre liste, de tout ce que lui va devoir faire. Il va en avoir pour un moment ; elle vérifiera.

Demain

Il rentre demain et elle a déjà la boule au ventre. Elle a toujours du mal à rester sage quand il n’est pas là. Elle aime le cadre, et qu’on le lui rappelle, c’est comme ça. Ce coup-ci, en plus, sa conférence était à perpette, et avec le décalage horaire, ça ne collait pas du tout. Alors elle n’a pas trop fait attention. Elle a zappé des choses, elle a trainé, il y a de la vaisselle plein l’évier, des trucs mal rangés partout, des dossiers en retard. Elle était en vacances, en fait. Dans sa tête, au moins. C’est bien, la vie de couple, mais parfois c’est bien aussi de pouvoir souffler. Elle aime ces moments-là et, au final, elle est encore plus contente de le retrouver à son retour.

Sauf que là, elle va le sentir passer, demain. Est-ce que ça vaut le coup de faire un grand nettoyage ? De toute façon, de ce qu’elle lui a déjà dit, elle va se retrouver sur ses genoux. C’est pas dur, quand il fallait répondre non, elle a dit oui, et quand il fallait répondre oui, elle a dit non. Non, elle n’a pas fini de travailler, non, elle n’a pas pris rendez-vous chez le véto, oui, elle a oublié de sortir la poubelle jeudi, oui, elle a fait plein de bisous au facteur, etc. Bon, arrivé là, elle pouvait aussi bien le charrier un peu. Il a de l’humour, heureusement. Mais il est fâché. Alors un peu plus, ça ne va pas changer grand-chose, et puis comme ça elle peut profiter de sa journée.

Enfin elle dit ça, mais elle n’arrive pas à s’empêcher d’y penser. Elle n’a pas ses petits messages qui la rassurent, elle ne peut pas lui dire qu’il lui manque. Ça l’attendrit toujours. Il n’a même pas voulu dire à quelle heure il arrivait. C’est vache. Il va passer la porte, et zou, sur les genoux…

Machinalement, elle remet les coussin  en place sur le canapé, enlève les magazines de sur la table basse. Elle voit la vaisselle qui lui fait de l’œil depuis la cuisine. Il ne faut pas pousser… Mais au moins si c’est rangé, il fera moins la gueule… la tête. Pfff, même quand il n’est pas là, elle se reprend. Bon. Elle va se mettre un film, un truc qui la fera rire. Faut bien qu’elle en profite. Elle s’assoit. C’est sûrement là qu’il va la punir. Ils préfèrent tous les deux. Et vu qu’il va faire durer… Ou peut-être qu’il la fera se pencher au-dessus de la table basse. Il lui dira de la toucher du bout des doigts… Elle a l’impression que ça fait encore plus mal. Mais bon, si c’est rangé, il n’ira pas jusque-là. Pas de ceinture, de spatule… Il se contentera de la main. Ce serait bien, ça.

Oui mais la flemme. Elle parcourt les comédies romantiques sur Netflix. Elle pense à lui. Il n’y a rien de bien. Rien qui l’inspire, en tout cas. Elle a envie de ses bras. Elle pourrait peut-être le surprendre. Bon, vu qu’elle ne sait pas quand il rentre… Elle ne va pas rester se languir en nuisette toute la journée non plus, oh. Mais une maison propre, des dessous qu’il aime bien, des bougies dans la chambre… Il ne pourrait pas rester fâché bien longtemps. D’un autre côté, elle sait bien qu’elle la mérite, sa fessée. Elle la veut. Elle veut des conséquences pour ses actes, vacances ou pas.

Elle se lève. Des actes. Il sera fâché pour ses bêtises, mais il sera fier d’elle pour ses efforts. Et au final, c’est tout ce qui compte.