En retard

«Dis, mon lapin ?

—Euh, oui, Julie ? Quoi ?

—T’es en retard.

—Hein ? C’est quoi ça ? Une référence à Alice ?

—Alice ?

—Au pays des… Le lapin en retard… Laisse tomber.

—Rhoo, ça va, je ne suis pas inculte non plus…

—C’est pas ce que j’ai dit…

—Mouais… Bref, t’es en retard, mon chouchounet.

—Bah non.

—Ah si.

—C’est ta nouvelle technique pour te sortir du pétrin ? Prétendre que tes bêtises sont les miennes ?

—Ah non ! Moi je suis parfaite cette semaine. Pas une facture qui traine, pas de linge dans la machine, bureau rangé, travail fini à temps. J’ai même pas dit de gros mots !

—Bah c’est quoi ton histoire de retard, alors ?

—Thomas. C’est toi qui es en retard.

—Mais en retard pour quoi ?

—Ah bah si tu sais pas, c’est encore pire…

—Euh…

—Ah bien, bien, je note, jeune homme…

—Arrête…

—C’est énervant, hein ? De se faire disputer sans savoir ce qu’on a fait.

—Julie…

—C’est cruel, hein ? C’est… Sadique !

—T’as fini ? En retard ou pas, ça ne m’empêchera pas de t’en flanquer une.

—Quoi ? C’est même pas juste !

—Ah si, si. Tu fais la maline, tu te fais punir. C’est juste.

—Pfff….

—Donc ?

—Donc quoi ?

—Qu’est ce que j’ai oublié ? Je sais que c’est pas ton anniversaire, la Saint Valentin est passée…

—Tu devais m’écrire une histoire…

—Ah…

—Comme tu dis…

—Oui…

—Alors ? Tu la veux comment ta fessée ?

—Julie, tes fantasmes…

—Oui ?

—Tu devrais en faire un roman. Mais tu ne toucheras pas à mes fesses !

—Pff… Chochotte…

—Je te l’écrirai, ton histoire…

—Ce soir ?

—Ce soir.

—Et pour te faire pardonner…

—Qu’est-ce que tu veux ?

—Bah une fessée, tiens; c’est pas drôle d’être sage…»

Plus fort

«Plus fort !

—Comme ça ?»

Elle gémit.

«Plus vite !

—C’est mieux ?»

Elle soupire, contente.

«Plus…

—Plus quoi ?

—Juste plus…

—Ça ne m’aide pas, ça…

—C’est toi le dom, hein…

—Oui enfin là c’est pour te faire plaisir…

—Oui… Hmm… Ah, là c’est bien… Encore…

—Sur les cuisses ?

—Non… Un peu plus haut…. Ah! Oui!…

—Et là ?

—Moui…

—Non ?

—C’est pas pareil…

—Bah oui mais c’est à peine rose, par là.

—Oui bah c’est mon cul, hein ; t’as dit que c’était pour me faire plaisir, pas pour l’esthétique…

—Oui oui…»

Elle souffle et serre les dents. Les claques se font plus dures, plus fortes, plus rapides. Il y va à pleine main, la serrant contre lui. Elle a le feu aux joues comme aux fesses, et elle sent ses larmes perler au coin des yeux. La chaleur se propage, radiant de ses fesses vers son ventre, ses cuisses, son bas-ventre. Elle gémit encore, halète et se cambre en rythme avec la délicieuse musique de sa main sur sa chair.

«Encore !

—J’ai pas arrêté…

—Ben n’arrête pas…

—J’en avais pas l’intention…

—Chut…

—Quoi ?

—Tais-toi… Et frappe…

—Non mais…

—Chut!

—Je suis pas un boucher, non plus…

—Oh s’il te plait…

—Je fais dans la finesse, moi…»

Elle pouffe. Avec ses mains de brute et son air d’ours mal léché, ça se saurait… Cela dit, il sait toujours exactement comment la rendre folle… De lui, de ses mains, de ce qu’il lui fait… Il en joue, en profite… Au moins autant qu’elle, vraiment. Le seul problème, c’est que quand il n’est pas fâché, il se retient. Il est mignon…

«Thomas ?

—Oui ?

—Deux choses…

—Oui ?

—Je t’aime.

—Moi auss-

—Mais plus fort, d’accord ?…»

La confiance règne

«Dis, tu me fais confiance?

—Euh… En général oui, pourquoi ?

—En général ?

—Bah quand tu me poses ce genre de question, je me demande un peu…

—Non non, c’est juste une question…

—Ah oui ? Juste une question ?

—Oui oui… Juste une—

—Juliiie ?

—Oui mon chérie d’amour ?

—Qu’est ce que t’as fait ?

—Mais, euh, rien !

—Qu’est ce que t’as pas fait, alors ?

—Je… Ne t’ai pas donné assez de bisous aujourd’hui, mon nounours adoré ?

—Mouais, tu vois Julie, j’ai de moins en moins confiance, là…

—Mais, mon roudoudou d’amour…

—Mmh, la confiance négative, ça s’appelle comment ?

—…

—Julie ? Il y a quelque chose que tu veux me dire ?

—Rien que je veuille dire, non…

—Et quelque chose que tu devrais me dire, alors ?

—Oui, je devrais p’têt…

—Parce que je serai encore plus fâché si je le découvre plus tard ?

—Tu n’es pas obligé d’être fâché, hein…

—Dis donc, ça doit être un sacré pot…

—Hein ?

—Ah bah oui, il doit être immense, le pot, vu le temps que tu mets à tourner autour…

—Dis, elle est un peu torturée, ta métaphore… Sadique va…

—Bon, comme les enfants, je vais compter jusqu’à trois…

—Rhoo, mais non…

—Un…

—Arrête, c’est la honte…

—Deux…

—S’il te plait…

—Tr-

—D’accooord! D’accord, stop!

—Alors ?

—J’ai p’têt oublié de payer la facture…

—Quelle facture ?

—Internet…

—Celle avec la relance ?

—Celle-là…

—Celle que tu m’as promis de faire le weekend dernier ?

—Oui…

—Celle qui dit que sinon on n’a plus internet ?

—Bah c’est la facture internet alors bon…

—Et ma réunion zoom demain ?

—Ben…

—Julie ?

—…

—Tu te fiches de moi ?»

Sans un mot, elle défait son pantalon et le baisse aux genoux, la culotte avec. Elle connait la chanson. Il lève les yeux au ciel. Il la prend sur ses genoux, la tient en place fermement.

«Franchement, t’es pas croyable…»

Il lève la main, profitant de la vue un instant. La première claque s’abat, brève et sèche. Elle gémit et serre les fesses.

«Ah ! Je le savais !» dit-elle, triomphante.

«Quoi ?

—Que tu me faisais pas confiance !

—Hein ?

—Rhoo, je l’ai payée, la facture…

—Quoi ?

—C’était pour voir si tu me faisais conf… Aïe ! Mais ! Aïïïe ! Arrête !»

Une centaine de claques et beaucoup de larmes plus tard, elle se love dans ses bras, la moue aux lèvres.

«C’est pas juste…

—Julie…

—C’était pas vrai…

—Exactement, c’était pas vrai, et les mensonges, Julie, c’est non !»

Belle

Elle fait la moue et se tortille devant le miroir.

«Mais oui, t’es belle, Julie…

–Mouais…

–Bah si…

–Forcément, tu dis ça, t’as pas l’choix…

–J’ai le choix, et t’es belle.

–Moui…

–Je te le dis tous les jours…

–Oui mais à force… J’y crois plus, c’est l’effet de répétition, tu vois ?

–Ah… Donc si je te dis tous les jours que t’es moche…

–Pfff, t’es vraiment nul…»

Elle prend sa poitrine dans ses mains.

«Et mes seins, ils sont comment ?

–Ils sont… très bien ? C’est quoi cette question ?

–Et mon cul ?

–Elles sont parfaites, tes fesses, Julie; tu sais bien que j’adore tes fesses…

–Moui…

–Tu veux juste des compliments ?

–S’ils sont sincères…

–Ah…»

Elle fait la moue et fronce les sourcils.

«T’es vraiment, vraiment nul…

–Et toi t’es vraiment, vraiment belle, alors arrête de t’en faire comme ça…

–Moui…

–Bon, il y a bien un petit truc…

–Je le savais ! Tu me trouves dégoûtante…

–Mais non, c’est pas grand chose…

–Quoi, vas-y, dis ?

–Bah tes fesses…»

Elle le regarde. Il la regarde. Elle lève les yeux au ciel.

«Elles sont un peu trop blanches, c’est ça ?

–Bah…

–Elles seraient mieux avec un peu de rouge ?

–Beaucoup de rouge ?

–Ah oui ?

–Je t’assure…

–Je vois… Et tu crois que ça va se faire tout seul, ça ?

–Non, mais si tu viens par ici, je vais t’aider…

Une demi-heure plus tard, elle se tortille de nouveau devant le miroir, regardant par dessus son épaule. Il avait raison, le saligaud, c’est beaucoup mieux avec du rouge…

Sources

«Dis?

—Oui, ma belle?

—Tu me fais un câlin ?

—Je sais pas… Tu mérites ?

—Bah oui, hein. Toujours !

—C’est pas ce qu’on m’a dit…

—Ah oui, et c’est qui ‘on’ ?

—Oh bah tu sais, j’ai mes sources…

—Mouais, des sources…

—Très haut placées…

—Ah oui? Je voyais ça plus bas…

—Plus bas ?

—Ouais, genre dans ton…

—Pfff, c’est fin ça, Julie…»

Elle lui tire la langue.

«C’est toi qui m’accuses !

—J’ai tort ?

—Voui, je suis un ange ces jours-ci…

—Carrément ?

—Bah ouais. J’ai payé la facture de gaz en temps et en heure, la cuisine est nickel, pas un mél en retard au boulot. Un ange, je te dis.

—Donc on va ignorer le caprice d’hier soir, les gros mots ce matin…

—C’est le foutu réveil !

—Les gros mots d’aujourd’hui, donc…

—Pfff…

—Ton linge par terre de ton côté du lit, ta tasse de thé qui moisit sur la table basse…

—C’est rien ça…

—Le dossier que t’as pas encore fini qui devait être sur le bureau de ta cheffe la semaine dernière dernier délai…

—Oui euh…

—L’assurance de la voiture…

—Euh…

—Ta plante verte qui se meurt…

—T’abuses…

—T’as pas fini tes mots croisés…

—Non mais…

—Tu ne t’es pas assez hydratée aujourd’hui…

—Oui, bon, j’ai pas fait la paix dans le monde non plus, hein..

—Je sais ! Mes sources…

—Ah oui, tes sources… ‘Savent tout… C’est comme Google…

—Ce qu’elles savent, c’est qu’avant ton câlin, tu vas venir sur mes genoux…

—Ah oui ?

—C’est ce qu’elles me disent…

—Elle prédisent l’avenir en plus ?

—C’est comme la météo, vague de chaleur sur les fesses de Julie.

—Je sors le bikini, alors ?

—On va faire ‘plage nudiste’, plutôt.

—Ça me va, mais après j’ai un câlin, oui ?

—Après, t’en auras plein.»

Chocolat

« J’ai faim.

—Mais non, t’as pas faim.

—Ah bah merci, je crois que je sais mieux que toi, quand même…

—Julie, on vient de manger.

—Et ?

—T’as dévoré les profiteroles.

—Et ?

—Et t’as eu assez. T’as pas faim.

—Mais si !

—Ah oui ?

—Oui…

—Faim de quoi ?

—C’est une question piège, ça…

—Non, non…

—Je te connais…

—Non, non, dis-moi, tu veux quoi ? Un bol de soupe ?

—Non…

—Brocolis-vapeur ?

—Non…

—Bah t’aimes bien les brocolis, pourtant…

—Oui mais pas là…

—Ah non ?

—Non…

—Et donc, Julie, t’as faim de quoi ?

—De tes bisous ?

—C’est vrai ? »

Il l’embrasse.

« Voilà ! Problème réglé !

—Moui…

—Quoi ?

—Bah j’ai encore faim…

—Tu veux un autre bisou ?

—Euh… »

Il la fixe du regard.

« Tu veux du chocolat, hein ?

—Put… rée oui, je veux du chocolat. Tout le chocolat. Donne-moi-le. S’te plaaaait…

—Non, Julie…

—Just un ‘tit bout. Tout petit, un carré. Ou deux. Ou plus, si t’es gentil.

—Non. Tu sais ce que le médecin a dit.

—Non mais ça va, elle a dit qu’il fallait que je fasse plus attention, pas que j’allais claquer pour un carré de chocolat…

—Oui, et qu’est-ce qu’on a décidé ?

—…

—Julie ?

—Que j’allais perdre 5 kilos…

—Voilà… Les profiteroles, c’était ton écart hebdomadaire…

—Oui mais j’ai pas l’habitude de devoir faire attention, moi !

—Je sais bien ! C’est pour ça que je t’ai à l’œil !

—Pfff…

—Quoi pfff ?

—Tu vas me fesser pour un bout de chocolat ?

—Non, puisque tu ne vas pas avoir de chocolat.

—…

—Quoi ?

—Et si tu me fesses là, tout de suite… Avec la spatule, puisque t’aimes ça… J’aurai un chocolat après ? »

Debout

« Bonjour toi…
—Mmmg, qu’est ce que tu veux ?
—P’tit dèj au lit ?
—Gmmbl…
—Oui ? Non ?
—Mais comment t’as tellement d’énergie, toi ? C’est le milieu de la nuit…
—Mais non, il est six heures et demie… »
Tournée sur le flanc, elle prend l’oreiller et se le presse sur la tête.
« Laisse-moi dormiiir, » fait une petite voix sous l’oreiller.
La main s’abat gentiment sur sa fesse gauche. Elle pouffe.
« Allez, Julie…
—Non… »
La fesse droite prend la claque suivante, un peu plus forte.
« T’es sûre ?
—Ah oui, sûre de sûre… »
Une paire de claques plus tard, elle se mord la lèvre.
« Tu sais, ça ne donne pas envie de se lever…
—Ah non ?
—Non… Ça donne envie de rester au lit à faire des cochonneries… »
Il passe sa main sous la culotte qui couvre à peine les fesses de la belle au lit chouinant. Il la baisse lentement tandis qu’elle frissonne. La main se perd un instant entre ses cuisses.
« Ah bah dis donc, tu ne perds pas de temps…
—Tu veux te plaindre ?
—Ah bah oui, un peu de décence, s’il te plait, je me réveille, moi… »
La main se retire, provocant un autre frisson, et s’abat sur les fesses nues. Le délicieux bruit envahit la chambre à coucher, métronomique, ponctué de petits cris et gémissements. Elle se tourne, sur le ventre, et se cambre, offrant ses fesses à leur persécuteur. Tandis que sa main à lui lui fait mal, sa main à elle lui fait du bien. Le frisson devient tremblement, et elle étouffe ses gémissements dans le duvet. Satisfaite, elle se recroqueville et sourit. Il s’allonge auprès d’elle.
« Comme je disais, bonjour, toi…
—Oui, c’est un jour pas trop mal pour l’instant… »

Fleur bleue

Sa main vengeresse s’abat tant et plus sur le rougissant postérieur de sa soi-disant consentante victime.

«Ah! Fieffé coquin! » s’exclame-t-elle, «Vous ne m’aviez dit que votre main était de plomb !

–Allons ! Vous l’aurais-je dit, ma blanche colombe, jamais de votre présence sur mes genoux je n’aurais eu le plaisir !

–Certes non, gredin! Bandit ! Aurais-je su ce qui se tramais sous ces airs innocent, c’est mon cul qui en serait fort aise, plutôt qu’à l’agonie!

–C’est bien là, ma donzelle, que se trouve mon génie. Non seulement ai-je le plaisir de votre compagnie, je profite qui plus est de la place de choix au théâtre de votre derrière cramoisi.

–Et a en juger par cette trique qui me taquine l’estomac, ce n’est pas un spectacle qui semble vous deplaire, bien au contraire…

–Seul un véritable rustre resterait impassible face a telle vision. Si rondes, si belles, si rouges, brûlantes !

–Brûlantes, à qui le dites-vous ? Auriez vous oublié que ce cul sur lequel vous jouez votre rythme endiablé est de chair tendre et requiert douceurs et caresses ?

–Douceurs et caresses font suite au tonnerre de ce tannage bien mérité !

–Filou ! Tu oses !

–Que ne l’oserais-je, un autre en aurait le plaisir ! L’homme doit saisir sa chance quand d’aventure elle se présente…

–Et une fois que mon cul sera fait a la convenance de Monsieur ?»

Il se penche et murmure:

«Dis, c’est bien gentil ton petit fantasme mais on va pas garder les costumes ridicules pour baiser, hein ?»

Et m…

—Putain!

—Julie…

—Non! Merde, putain !

—Julie…

—Non, j’te dis !

—Oui, oui, mais…

—Non! Putain de bordel de merde, même.

—Okay, t’es pas contente..

—Ils se foutent de nous !

—Moui mais…

—Il ne sort qu’après 21h, le virus ?

—Non.

—Il est sage et poli, le virus, il ne s’approche pas des zones scolaires?

—Non…

—Alors merde!

—Ton—

—M’en fous d’mon langage !

—Mais-

—Non! Là, j’ai le droit, j’ai besoin.

—Julie…

—Non.

—Okay…

—Fais pas cette tête, ça m’énerve encore plus…

—Quelle tête?

—Ta tête de déçu qui en attendait mieux de moi.

—Rhoo…

—Je la connais, cette tête, hein…

—Okay, je change de tête, et toi tu change de ton, oui ?

—Moui…

—P’tite fessée pour te détendre ?…

—Moui… Mais pas la brosse.

—Non ?

—J’aime pas la brosse. Je veux tes mains. Et ne lésine pas sur les caresses…

.

.

.

Blague à part, courage, la France. On pense à vous.

Toute belle

Il ferme la porte d’entrée et pose son attaché-case au pied du mur. Elle l’attendait, les mains derrière le dos, la tête baissée, comme toujours. Il défait son manteau et le suspend, puis, enfin, il lui pose un baiser sur la joue.

Chantonnant, il va jusqu’au bureau, la laissant plantée au milieu du couloir.

Il est gonflé. Pas un mot, pas un petit commentaire, même pas un ‘je t’aime’. Il n’a pas l’air fâché, pourtant ? Juste un bisou sur la joue ? Elle ne comprend pas. Elle s’était faite toute belle, le maquillage, les ongles, les cheveux… Pas un commentaire. Rien. Non mais les hommes, des fois…

Une moue aux lèvres, et le suit et passe la tête dans l’entrebâillement de la porte de son bureau.

“—Tu ne remarques rien ?” minaude-t-elle.

Son regard se pose sur le paddle qui trône en évidence au milieu du bureau. Ses yeux s’écarquillent. Il lui fait signe d’entrer.

“—Mais…

—T’es belle, dis-donc, Julie…

—Ah bah quand même…

—Quoi ?

—Bah t’as remarqué…

—Ah ça oui, j’ai remarqué…

—Ça ne te plait pas ?

—Ah si, si, t’es magnifique…

—Mais, le paddle ?…

—Ils sont bien, tes ongles, dis-donc…

—Oui…?

—On dirait presque que tu as été chez l’esthéticienne…

—…

—Et puis les cheveux… La coupe, la couleur…

—Oui…

—Pédicure, aussi ?

—Peut-être…

—Autre chose ?

—Ben…

—Oui ?

—Épilation…

—Je vois… Et qu’est ce qu’on a dit le mois dernier, Julie ?

—Le mois dernier ? Euh… C’est loin, ça…

—Réfléchis…

—On a dit… Que je pouvais me faire toute belle pour le plus chanceux des amoureux ?

—Pas exactement, non…

—On a dit qu’avec la COVID et tout le tralala, il me fallait quelque chose pour me remonter le moral ?

—Non plus, non…

—On a dit… Que…

—Sérieusement, ce coup-ci…

—Pfff… Que j’ai trop dépensé le mois dernier chez l’esthéticienne…

—Et ?

—Et le coiffeur…

—Et ?

—Et que je devais me retenir…

—Sinon ?

—J’aurais pas de dessert ?

—Presque…

—S’te plait…

—Ah bah tu peux être privée de dessert aussi, c’est pas un problème…

—Non…

—Sur le bureau.

—Quoi ?

—Relève ta jupe et penche-toi sur le bureau.

—S’il te plait… Je suis désolée, d’accord ? J’avais besoin…

—On a fait un budget, oui ?

—Oui…

—C’était un peu juste, oui ?

—Oui…

—Tu as promis, oui ?

—Rhoo, oui, c’est bon…

—Sur le bureau.

—Oui m’sieur l’inspecteur des impôts…

—Il y a une taxe sur les mensonges, oui…

—Même pas drôle…

Elle retrousse sa jupe et se met en position, le cœur lourd. Les larmes vont gâcher son maquillage. Trente euros pour rien, pfff…