Sucré

« Voilàààà !»

Elle pose les assiettes sur la table —c’était son tour de faire la cuisine. Elle va remplir une carafe d’eau, la pose sur la table à son tour et s’assoit. Il y a de la musique douce en arrière-plan, elle lui fait un sourire, il le lui rend.

« Ça a l’air bon.

— Oui hein ? J’ai trouvé une recette, ça avait l’air sympa.

— Tu me dis ce qu’il y a dedans ?

— Ah bah non, goûte ! »

Il prend une bouchée et fait la grimace.

« C’était quoi ta recette, exactement, là ?

— Ben émincé de poulet aux épices, du riz et…

— C’est censé être sucré comme ça ?

— Hein ? Sucré ?

— Vas-y goûte… »

Elle regarde sa fourchette d’un air douteux et la porte à sa bouche. Elle recrache sa bouchée immédiatement dans son assiette.

« Ah, mais non, ne crache pas…

— Non mais t’as raison, c’est sucré, beurk.

— Il y avait du sucre dans la recette ?

— Ben non…

— Bah pourtant…

— Oui bah ça va, j’ai bien vu !

— Baisse d’un ton, Julie.

— Pardon… Mais tu te doutes bien que je n’ai pas fait exprès…

— Non enfin parfois les recettes…

— Quoi les recettes ? Si t’aimes pas quand je cuisine tu peux le faire tout le temps, hein !

— C’est pas ce que j’ai dit !

— Non mais tu sais toujours tout mieux que tout le monde alors…

— Julie, ça suffit ! »

Elle se tait et pousse son assiette. Il reprend.

« Tout ce que je disais, donc, c’est que parfois on trouve des recettes bizarres, c’est tout ; je ne remets pas en talent tes talents de cuisinière…

— Pfff, arrête, ça fait années 50…

— Tu veux être forcée de finir de ton assiette ?

— Non, ça va aller, merci…

— Alors tiens-toi, un peu, j’aime pas trop ton ton.

— Tonton qui ?

— Non, le ton que tu as.

— Ben c’est du poulet, en fait…

— Julie…

— Rhoo, ça va… »

Il prend les deux assiettes et va les vider dans la cuisine.

« Juliiiie ?

— Oui ?

— Viens voir. »

Elle arrive alors qu’il pose les assiettes sale dans l’évier. Il pointe le comptoir du doigt.

« Regarde.

— Quoi ?

— Ben là, sur le comptoir.

— Oui, bon, j’allais ranger après le repas, c’est bon…

— Mais non, regarde, le sucre, qu’est ce qu’il fait là ?

— Ben non, c’est le sel, ça.

— Ah bah tu vois, on a résolu le mystère…

— Mais…

— Julie…

— Oui ?

— Tu n’as pas tes lentilles, c’est ça ?

— …

— C’est ça ?

— J’avais mal aux yeux…

— Et tes lunettes ?

— Ben…

— Oui, je t’écoute ?

— Tu ne te fâches pas, hein ?

— Si tu me dis que tu les as encore cassées…

— Non…

— Quoi alors ?

— Ben… Elles sont pas perdues, hein… Je ne sais juste pas où elles sont…

— Oui, elles sont perdues, quoi.

— Moui… »

Elle baisse les yeux et n’ose rien ajouter. Il frotte les yeux et soupire.

« Si je refais à manger, tu ne me punis pas ?

— Mais c’est pas pour le poulet que je suis fâché, Julie…

— Non mais… Quand t’as faim t’es grognon…

— C’est surtout quand tu fais des bêtises que je suis grognon.

— Mais j’ai pas fait exprès !

— Encore heureux !

— Mais…

— Je t’ai dit qu’il fallait être plus attentive, Julie ! C’est ta combientième paire, cette année ?

— Troisième…

— Et l’année dernière ?

— Cinq…

— On croirait une gamine sur une cour de récré…

— Mais non… »

Elle voit son regard qui se dirige vers le pot de cuillères et d’ustensiles. Elle se mord la lèvre.

« Baisse ton pantalon.

— Non, s’il te plaît.

— Ne me fais pas répéter.

— S’il te plaît…

— Maintenant, Julie ! »

Elle s’exécute pendant qu’il prend une maryse en silicone. Elle sent un frisson lui courir le long de la colonne. Déjà que le bois, elle n’aime pas ça… Elle laisse le jean à mi-cuisse et pose ses mains sur le rebord de l’évier. Il pose la maryse près d’elle, comme une promesse de tourments à venir, et passe la main dans ses cheveux. Il les serre et lui tire la tête légèrement en arrière.

« J’en ai plus qu’assez de tes étourderies, c’est bien clair ?

— Aïe… Oui, c’est très clair…

— Plus de lunettes cassées ou perdues, plus d’oublis de choses importantes, plus de je n’ai pas fait exprès…

— Tu veux que je fasse exprès ? »

La première claque tombe à gauche, sèche et douloureuse.

« Tu te fiches de moi, en plus ?

— Pardon… »

Il lui lâche les cheveux et pose sa main le long de son dos pour la maintenir en position. Une cinquantaine de claques plus tard, il attrape sa culotte et lui la baisse d’un coup sec. Il prend la maryse. Elle gémit.

« Non… Non non non… »

Rien n’y fait, les premiers coups enflamment ses fesses déjà endolories par les précédentes attentions. Elle crie, les larmes aux bords des yeux. Elle tape des pieds, serre l’évier plus fort, se cambre, serre les fesses, rien n’y fait, la douleur prend le dessus. Il continue, inexorable. Elle n’arrive plus à penser. Elle veut juste que ça s’arrête. Finalement, elle pleure, de grosses larmes qui tombent bruyamment dans l’évier.

Il y pose la maryse et passe doucement sa main sur ses fesses cramoisies. Elle se retourne, toujours sanglotante. Elle se love contre sa poitrine.

« Je suis désolée… Je ferai attention, je te promets…

— Tu vas aller au coin…

— Non…

— Le temps que je te fasse à manger.

— Moui…

— Et tu prends rendez-vous chez l’opticien demain…

— Oui…

— Tu n’oublieras pas ?

— Non, promis… Tu vas faire quoi à manger ?

— Vu ton goût pour le sucre… Porc au caramel ?»

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