Elle mordille le bout de son stylo en réfléchissant à ce qu’elle écrit. Les fesses brûlantes, elle a du mal à se concentrer. Il est vache, quand même, comme si la fessée ne suffisait pas. “Le respect d’autrui passe par le respect de soi”. C’est pas une punition, ça, c’est un sujet de philo. Elle soupire. Mille mots, il lui a dit ; et puis quoi encore ? Il voudrait des citations, le monsieur ? C’est loin, la Terminale, pffff…
Mais elle n’ose pas protester, de peur qu’il lui prenne l’envie de mettre un paillasson sur la chaise ou une autre idée tordue comme celle-là. Déjà que là, elle n’a que son t-shirt sur elle. Elle le sent bien, le bois de la chaise. Au moins, c’était frais quand elle s’est assise, ça l’a soulagée, un peu. Au lieu d’écrire, elle compte les mots qu’elle a. Deux cent treize. Elle n’est pas rendue. Elle gigote sur sa chaise sans trouver de position confortable. Il n’y a pas été de main morte. Enfin ça, il y va rarement, cela dit. Il n’est pas méchant, mais il ne faut pas le chercher. Et là… elle l’a bien cherché… Lui comme la punition, d’ailleurs.
Mais quand-même, il abuse ! Surtout qu’elle le connaît, il va chercher la p’tite bête, il ne laissera rien passer. Il va prendre un crayon aussi rouge que ses fesses, à elle, et il va se faire une joie de chercher les petites fautes, les incohérences… Il faut être un peu sadique pour être prof, elle en est sûre.
Le respect de soi… Elle ne voit pas le rapport avec la correction qu’elle s’est prise. Le respect d’autrui, bon… Mais ce n’était pas méchant, il sait bien qu’elle trouve ça mignon, ses petites poignées d’amour. Dominant, dominant, il a l’égo fragile, parfois, quand-même. C’est bien les hommes, ça… Bon, c’est vrai qu’elle a insisté… Un peu… Elle aurait peut-être pu éviter de le titiller avec un crayon… Pendant qu’il travaillait… À plusieurs reprises… Mais elle ne voit toujours pas le rapport.
Six cent deux mots. Bon. Pour respecter les autres… Il faut les voir comme des personnes à part entière… Et il faut les traiter comme on voudrait l’être, la fameuse règle d’or. Et donc… Si on se respecte soi-même et qu’on traite les autres comme on voudrait qu’on soit traité, logiquement, ça marche. M’enfin, on peut très bien être respectueux envers les autres sans forcément s’apprécier soi-même, hein ! Et on peut trouver certaines personnes supérieures à nous-mêmes. Ou c’est peut-être plus de l’admiration que du respect, dans ce cas-là ?Rhaaaa, elle sait qu’il aime bien couper les cheveux en quatre, mais là, quand même… Elle se frotte les fesses et gémit doucement. Et le respect pour son postérieur, hein ? Là, y a plus personne. Elle va le marquer, tiens, ça le fera peut-être rire. Ou pas… C’est le risque… Boah, de toute façon, il ne lui fera rien de plus barbant que ça.
Huit cent quatre-vingt-seize. Elle y est presque. Elle l’entend siffloter dans la cuisine. Les lacs du Connemara. Aucun respect pour les oreilles non plus, apparemment. Elle relit ce qu’elle a écrit pour la cinquantième fois. Finalement, les fessées, c’est pas si mal, au moins ça passe relativement vite. Puis elle est bien sur ses genoux, et elle sait l’effet que ça lui fait, de la punir. En général, il est tendre après. Au pire, elle passe dix minutes au coin, mais elle a toujours le droit à un câlin. Là… Ça va faire un heure et demie qu’elle est sur sa chaise, et rien.
Mille. Pas trop tôt… Elle a vraiment la flemme de se relire encore. Elle se lève en grimaçant et va le voir, sur la pointe des pieds. Elle lui tend les feuilles et tire sur son t-shirt dans le vain espoir de préserver le peu qui lui reste de dignité. Avec un sourire, il prend les feuilles et les jette directement à la poubelle. Elle le regarde, bouche bée.
« Mais…
— Oui ? Un commentaire, Julie ?
— Tu ne lis même pas ?
— Ce qui m’intéresse, c’est que tu aies réfléchi.
— Ben j’aurais pu réfléchir allongée sur le canapé pendant que tu me passais de la crème, hein…
— Là au moins je suis sûr que tu as fait ça bien.
— Et le respect pour mon travail ? Franchement…
— Oui ?
— Ben j’ai bien travaillé, j’ai été sage…
— Ah ? Tu crois ?
— Oui.
— Et c’est agaçant quand on te manque de respect ?
— Oui…
— Tu as l’impression que j’en ai rien a faire, de ton travail ?
— Ben… Oui…
— Et tu vois où je veux en venir ?
— Oui… je ne t’embêterai plus pendant que tu bosses.
— Et ?
— Je ne me moquerai plus de tes petites poignées d’amour trop chou que j’adore…
— Mouais…
— Je peux avoir mon câlin maintenant ?
— Oui, viens…
— Et de la crème ?
— D’accord…
— Et du chocolat ?
— Julie…
— Je me respecte, tu vois, je sais ce que je veux.
— Je vois ça…
— Et tu sais ce que je veux d’autre ?
— Dis-moi ? »
Elle l’embrasse, les mains posées sur ses hanches. Elle ne peut pas s’empêcher, elle les lui pince un peu. Il lui claque les fesses tout de suite, sans cesser de l’embrasser. C’est mieux que les textes à la noix, quand même…