Toute belle

Il ferme la porte d’entrée et pose son attaché-case au pied du mur. Elle l’attendait, les mains derrière le dos, la tête baissée, comme toujours. Il défait son manteau et le suspend, puis, enfin, il lui pose un baiser sur la joue.

Chantonnant, il va jusqu’au bureau, la laissant plantée au milieu du couloir.

Il est gonflé. Pas un mot, pas un petit commentaire, même pas un ‘je t’aime’. Il n’a pas l’air fâché, pourtant ? Juste un bisou sur la joue ? Elle ne comprend pas. Elle s’était faite toute belle, le maquillage, les ongles, les cheveux… Pas un commentaire. Rien. Non mais les hommes, des fois…

Une moue aux lèvres, et le suit et passe la tête dans l’entrebâillement de la porte de son bureau.

“—Tu ne remarques rien ?” minaude-t-elle.

Son regard se pose sur le paddle qui trône en évidence au milieu du bureau. Ses yeux s’écarquillent. Il lui fait signe d’entrer.

“—Mais…

—T’es belle, dis-donc, Julie…

—Ah bah quand même…

—Quoi ?

—Bah t’as remarqué…

—Ah ça oui, j’ai remarqué…

—Ça ne te plait pas ?

—Ah si, si, t’es magnifique…

—Mais, le paddle ?…

—Ils sont bien, tes ongles, dis-donc…

—Oui…?

—On dirait presque que tu as été chez l’esthéticienne…

—…

—Et puis les cheveux… La coupe, la couleur…

—Oui…

—Pédicure, aussi ?

—Peut-être…

—Autre chose ?

—Ben…

—Oui ?

—Épilation…

—Je vois… Et qu’est ce qu’on a dit le mois dernier, Julie ?

—Le mois dernier ? Euh… C’est loin, ça…

—Réfléchis…

—On a dit… Que je pouvais me faire toute belle pour le plus chanceux des amoureux ?

—Pas exactement, non…

—On a dit qu’avec la COVID et tout le tralala, il me fallait quelque chose pour me remonter le moral ?

—Non plus, non…

—On a dit… Que…

—Sérieusement, ce coup-ci…

—Pfff… Que j’ai trop dépensé le mois dernier chez l’esthéticienne…

—Et ?

—Et le coiffeur…

—Et ?

—Et que je devais me retenir…

—Sinon ?

—J’aurais pas de dessert ?

—Presque…

—S’te plait…

—Ah bah tu peux être privée de dessert aussi, c’est pas un problème…

—Non…

—Sur le bureau.

—Quoi ?

—Relève ta jupe et penche-toi sur le bureau.

—S’il te plait… Je suis désolée, d’accord ? J’avais besoin…

—On a fait un budget, oui ?

—Oui…

—C’était un peu juste, oui ?

—Oui…

—Tu as promis, oui ?

—Rhoo, oui, c’est bon…

—Sur le bureau.

—Oui m’sieur l’inspecteur des impôts…

—Il y a une taxe sur les mensonges, oui…

—Même pas drôle…

Elle retrousse sa jupe et se met en position, le cœur lourd. Les larmes vont gâcher son maquillage. Trente euros pour rien, pfff…

Réveil-matin

—Euh, Julie?

—Gruimmmm?

—Tu te lèves pas?

—Simmgrmmbl…

—Julie…

Elle tire la couette sur sa tête.

—Il est 7h, là, Julie…

—Mais non…

—Ah bah si…

—J’ai pas envie.

—Ah bah je vois ça…

—’Vais faire dodo, un peu, valà…

—Allez, debout, la miss.

—Même pas de croissants, p’tit dèj au lit?

—Euh… non?

—T’es nul.

—Et toi tu vas être en retard. Zou, à la douche!

—Non.

—Non?

—Non…

Il passe sa main sous la couette et la pose innocemment sur ses fesses.

—T’es sûre?

—…

Il tape ses fesses légèrement, une fois, deux fois, trois fois…

—Juliiiie…

—Pfff…

—Dernière chance.

—Ah bah ça, pas le temps pour une petite siestounette mais t’as le temps de me fesser, quoi. Franchement, c’est n’importe qu-

Il tire la couette d’un geste sec et sa main s’abat sans retenue sur le derrière offert —petite nuisette, petite dentelle, ça ne laisse pas beaucoup de place à l’imagination. Elle gémit et essaye de se tourner sur le dos. Il la retient d’une main et lui flanque des claques plein les fesses de l’autre. Elle se plaint ; il n’écoute plus. Elle gigote et se tortille ; il la tient plus fermement. Elle lui dit que c’est pas juste ; il lui dit que, justement, il est la main vengeresse de la Justice. Elle ne trouve pas ça drôle ; il trouve ça hilarant.

Elle est réveillée. Ses fesses brûlent. C’est lundi. Une bonne semaine qui s’annonce, elle le sent… Surtout dans le bas du dos…

Jalouse

—Et ça, c’est qui?

—Ben c’est Catherine, c’est marqué.

—Et c’est qui, ça, Catherine ?

—Mais tu l’as rencontrée, Catherine, du boulot…

—Ah ouais?

—Ouais, 55 ans, trois gamins, la frange comme ça.

—Mouais… Et celle-là ? Élodie ?

—La femme d’Henri ?

—Elle s’appelle Élodie ?

—On a diné tous ensemble, Julie…

—Oui, oui… Sandy ? C’est quoi ce prénom ?

—L’américaine.

—Ah bah bravo, exotique, tout ça… t’es vraiment un beau sal—

—Sandy, la lesbienne américaine, oui.

—Ah…

—Oui… C’est bon, t’as fini ?

—De ?

—Da faire ta jalouse ?

—Chuis pas jalouse.

—Ah bah pourtant…

—Non.

—D’aaaaccord. Tu me donne mon portable ?

—Oui, une minute… Lise ?

—Ben ma maîtresse.

—Quoi ?!

—Oh non, oups, je suis découvert, trop ballot…

—Pffff, t’es bête…

—Et toi t’es jalouse.

—Oui. Tes mains, elles sont à moi.

—Juste mes mains ?

—Le reste aussi, mais là, c’est tes mains que je veux.

—Où ça ?

—Commence par mes fesses… Et ne te retiens pas…

—Sinon quoi ?

—Sinon j’appelle mon amant, oh !

Je ne fais que ça

“—Ah bah t’as fait fort, là, quand même…

—De quoi ?

—Bah regarde…

—Regarde quoi ?

—Bah ! Mon cul !

—Je fais qu’ça, tu sais bien…

—Il est dans un état…

—Je ne vois pas le problème…

—Ah bah non, toi t’aimes ça…

—Et je sais que toi aussi !

—Moui…

—C’est pas vrai peut-être ?

—Si, si… Mais comment je vais m’asseoir, moi, maintenant ? J’ai réunion demain, en plus…

—Ah bah ça, fallait y penser avant !

—Mais je savais pas, moi !

—Tu ne savais pas ?

—Que t’allais y aller si fort…

—Genre… Tu me connais, non ?

—Oui… La main lourde…

—Rhoo, même pas…

—Ah bah là…

—Mais non…

—Oh si…

—Tu crois ?

—Mais regarde !

—Je te dis, je ne fais que ça.

—Pervers…

—Oui, ma belle.

—Je t’aime, espèce de brute…

—Moi aussi je t’aime, sale gosse…”

Elle est chou

Alors même qu’il devrait être fâché, et que sa main s’abat violement sur l’arrière-train de sa Julie, il ne peut s’empêcher de sourire. Il est chanceux, il le sait. Son sourire, elle ne risque pas de le voir, allongée comme elle est en travers de ses genoux. Elle gigotte et remue, ses fesses déjà rouges. Un beau rouge, cramoisi. Ah, ses fesses… Les plus belles de Paris, il le lui a déjà dit, la plus belle paire de fesses d’Ile de France. Evidemment, elle lui a demandé s’il avait maté tous les culs de Paris pour être aussi catégorique. Elle est comme ça, Julie, elle trouve toujours la pire interprétation, même (surtout ?) pour les compliments. Elle est chou. Il l’aime.

Sa main tombe une fois de plus, faisant rebondir l’objet de toute son attention. Il n’y a pas à dire, sur les genoux c’est ce qu’il préfère… Ça fait une belle vue… Le galbe de ses cuisses, la rondeur de ses petites fesses, sa taille, son dos… Elle est nue, c’est le matin. Son pyjama n’est pas resté bien longtemps. Elle regrette peut-être d’avoir dormi sans culotte la nuit dernière. Peut-être pas. Lui, en tout cas, il ne regrette rien. Il se dit qu’il devrait dire quelque chose, des remontrances, mais ce cul l’obsède et l’hypnotise. Il ne va pas lui dire, elle trouvera le moyen de se vexer— « Quoi ? Tu m’aimes que pour mes fesses ? » — ou d’essayer d’échapper à sa punition— « Elles sont si belles… tu voudrais pas les abimer quand même ? » Elle est chou. Il l’aime.

Elle est brave, il ne peut pas le lui reprocher, même si elle gémit et marmonne des choses qu’il fait mine de ne pas entendre, elle prend toujours ses punitions jusqu’au bout, sans vraiment broncher. Elle fait des efforts, aussi. Elle déteste le décevoir. Et pour ça, il l’aime encore plus, même si elle n’y arrive pas toujours. Au moins, il sait que ce n’est jamais de la malice, juste un manque de discipline ou de motivation. De la motivation, il en a plein les mains. Et ses mains sont partageuses. Elle lâche un petit gémissement lorsqu’il va des ses fesses à ses cuisses. Elle se tend, serre les fesses dans le vain espoir que la prochaine fasse moins mal. Mais elle ne se plaint pas. Il la fesse encore. Elle est chou. Il l’aime.

Finalement satisfait, il pose sa main sur la croupe de sa Julie. Ses fesses sont brulantes. Il adore ça. Elle frissonne alors qu’il la masse gentiment. Il se penche et dépose des baisers sur son épaule, son dos. Il la caresse le long de la colonne vertébrale, s’attarde sur sa taille. Il glisse sa main le long de ses reins, de ses côtes, des ses seins. Elle cambre son dos, halète, gémit, tend le cou pour le regarder. Il lui caresse les cheveux. Sa main, vengeresse il y a encore un instant, se perd entre ses cuisses. Il ne voit pas comment elle va trouver à se plaindre quand il se sera occupé d’elle. Mais elle trouvera quelque chose. Elle est comme ça, Julie. Elle est chou.

Et il l’aime.

En dérangement

—Et ça, ça va où ?

—Chais pas… Dans ton…

—Pardon ?

—Rhoo, ça va…

—Je t’aide à ranger ton bazar, tu vas me faire le plaisir d’être polie…

—Oui…

—Oui qui ?

—Oui m’sieur…

—Mouais, c’est mieux… Donc, ça va où ?

—Mets-le dans le sac, là…

—Avec le reste ?

—Oui, je ferai le tri…

—Dis donc, Julie…

—Oui mon amooooour ?

—Ton idée du rangement, c’est juste de transférer le bazar d’un endroit à l’autre ?

—Oh ! T’abuses… Je consolide le bazar, puis je ferai le tri.

—Ah oui ? Quand ça ?

—Un jour.

—Un jour ?

—Un jour prochain, oui

—Demain.

—Oh, tu sais, y a pas urg—

—Demain.

—Non, s’il te plait…

—Pas de discussion.

—Mais…

—Pas de mais non plus.

—J’ai pas envie.

—Et ?

—Bah ça devrait compter pour quelque chose, non ?

—Euh… Non. Si on attendait que tu aies envie de ranger ton bazar ben… Ben on en serait ou on en est aujourd’hui, en fait, à y passer la journée.

—T’abuses…

—Ah oui ?

—Oui, on a commencé hier…

—Tu ne t’aides pas vraiment, tu sais…

—Des points pour l’honnêteté ?

—Non.

—Pffff, t’es vraiment pas marrant.

—Non. Et ça ?

—Dans l’sac…

—T’es sure ? C’est dans un état…

—Bah pourquoi tu m’demande si tu t’en fiches, de mon avis ?

—Julie…

—Quoi ?

—Change de ton.

—Bah non mais c’est vrai !

—Stop.

—Non, c’est pas juste.

—Julie, je te préviens.

—Bah préviens, vas-y…

Sans un mot de plus, il la tire en travers de ses genoux, jupe retroussée. Elle ne proteste pas. Sa culotte descend. Elle ne s’excuse pas. Elle est têtue, voilà, et le rangement, elle n’aime pas ça. Les claques commencent à tomber et, malgré la douleur, elle a un petit sourire. Elle a bien le droit, c’est sa pause.

Les choses simples

« C’est intéressant, ton Facebook?

– Mmh? J’suis pas sur Facebook, je lis. »

Il hausse un sourcil, « D’accord… Et c’est intéressant, ce que tu lis?

– Juste des histoires.

– Ça parle de quoi?

– Rien, t’en fais pas.

– Je m’en fais pas, je te demande.

– Vraiment ? Je veux juste lire un peu… »

Il fait une moue, une perle de colère dans son regard.

« Okay. »

Elle soupire et pose son téléphone sur la couette.

« Sois pas comme ça, on dirait moi… T’aimes pas quand je te dérange quand tu lis, si ? »

Il hausse les épaules.

« Ça ne t’empêche pas d’essayer.

– Oui, et je me fais punir, alors bon… »

Elle reprend son portable, lis quelques lignes et soupire.

« Tu penses que la plupart des auteurs sont autobiographiques malgré eux ?

– Pardon ?

– Je veux dire… Est-ce qu’il y a toujours une part d’eux dans ce qu’ils écrivent ?

– J’sais pas… Sûrement ?

– Oui, tu penses ?

– Je veux dire… Si t’as pas vécu quelque chose, c’est dur de le décrire, non ?

– Oui enfin, un auteur de SF…

– Non, bien sûr, mais au delà de la trame, ce sont des personnages, des émotions, non ?

– Ouais, j’imagine.

– Donc je pense que ces personnages, il y toujours une part d’auteur…

– D’accord… »

Elle retourne ses yeux à son portable.

« C’est intéressant, ce que tu lis, donc ?

– Juste un truc sur un blog.

– Ah, un de tes blogs…

– Oui, et ? »

Il passe sa main sous la couette et le long de sa cuisse.

« En général, ça te donne des idées…

Elle prend sa main et la pose sur le matelas.

« Oui, mais non.

– Ben qu’est ce qu’il y a ?

– Je ne suis pas trop d’humeur; c’est tout.

– Okay…

– C’est rien.

– T’es sûre ?

– Oui. Tu me prends dans tes bras ?

– Pas de caresses ? Pas de fessée ?

– Non, prends-moi juste dans tes bras. »

Elle pose sa tête sur son torse. Ce sont les choses simples qui sont les plus compliquées à dire.

« Tu me manques.

– Mais je suis là ?

– Quand tu ne l’es pas. »

Gare à toi

Il jette un regard à la ronde, puis à sa montre. Il n’y a pas grand monde sur le quai. Il marche quelques pas et consulte l’écran pour la dixième fois. C’est le bon. Le train est à l’heure. Il regarde sa montre de nouveau. 10 minutes. Il se retourne vers le banc sur lequel il a posé son sac et le bouquet. Pas trop de risques qu’on le lui vole, mais sait-on jamais.

Il y a un petit couple assis sur un autre banc, un peu plus loin. Ils ont l’air heureux. Elle lui manque. Même pour quelques jours, c’est dur de ne pas l’avoir entre ses bras. Et les messages, ce n’est pas la même chose. Il regarde ce que propose la machine. Du sucre, en gros. Du sucre en barre, du sucre en gélatine, du sucre à boire… Bon, il ne va pas se la jouer ministère de la santé mais quand même… Il hésite à lui acheter du coca. Elle aime le Coca, allez comprendre. Enfin non, elle adore ça, plutôt. Elle fait des offrandes quotidiennes au dieu du Coca, il en est certain. Ce qu’elle y gagne, il n’en sait trop rien, mais ça a l’air de lui réussir. Un train passe sur la voie d’en face. Céréales. Ça n’en finit pas, wagon après wagon. Les gens, c’est dans des voitures, mais la marchandise, c’est des wagons. Il aime bien les trains. Pas au point d’en avoir rêvé quand il était gosse, mais il adore les voyages en train. Un jour, ils feront le Transsibérien, il en rêve. Ou l’Orient Express, sinon. Ou les deux.

Il regarde la machine de nouveau. Pas de coca, de toute façon ils vont aller manger tout de suite. Elle aura faim, et son estomac à lui a déjà commencé à s’auto-digérer. Il y a un jardin pas loin, il les y voit déjà, à l’ombre, sur un banc. Il a Brassens dans la tête, maintenant. Il s’assied. Pas longtemps, il a la bougeotte. Si elle savait, elle se moquerait. Il rajuste le plastique autour des fleurs. Ça fait très cliché mais il espère que ça lui plaira quand même, son homme qui l’attends sur le quai de gare, le bouquet à la main. C’est romantique, et il aime à croire qu’il l’est un peu. Il se lève et vérifie qu’il est au bon endroit. Ils sont bien gentils, à la SNCF, mais mettre les écrans à l’équerre par rapport au quai, ça n’aide pas à se repérer. Voiture 18, elle a dit. ABCD… Moui, ça a l’air d’être ça. Il rajuste sa chemise. Pfff, il est presque stressé, il se croirait revenu à l’adolescence. Cinq minutes. Toujours pas grand monde sur le quai. Tant mieux, il ne risque pas de la rater.

D’ailleurs, romantique ou pas, il ne va pas la rater, dans un autre sens. Elle n’est partie que quelques jours et ça a suffi pour qu’elle fasse son quota de bêtises pour le mois. Il va la faire mariner un peu. Prendre son temps pour rentrer à la maison. Il lui a dit de mettre une robe pour rentrer, et il compte bien en profiter. Les jardins, c’est plein de petits recoins isolés, et il a déjà pensé à quelques rues tranquilles par lesquelles passer. Puis, de retour à la maison, il a déjà posé une sélection d’instruments sur la table basse, devant le canapé. Elle sait qu’elle sera punie, elle ne sait pas comment ou à quel point, mais elle sait. Elle est obéissante, quand même, elle confesse toujours ses errements. Il lui fait confiance, et ça lui fait plaisir qu’elle soit honnête avec lui. C’est la fondation de leur couple, il aime bien le lui dire. Elle lui manque. Deux minutes.

Peut-être qu’il lui demandera de se changer avant, tiens. Mettre des petits dessous. Après tout, il n’y a pas que la fessée qui lui fait très envie, là, il y a une ribambelle d’autres choses. Il aime bien qu’elle garde son soutien-gorge, ses bas… Le côté un peu « bourgeoise dévergondée », il adore. Il se lève et rajuste son pantalon. Pff… Un ado… Il prend les fleurs et laisse son sac. Le petit couple s’embrasse. Allez, elle sera bientôt là. La fameuse voix de la SNCF tonne. Il voit le train au loin. À l’heure ; comme quoi, ça arrive. Il passe les fleurs dans son dos. Arrivé là, autant faire cliché jusqu’au bout, et comme ça elle ne les verra pas par la fenêtre en attendant sagement de descendre.

Le train arrive en gare. Il s’arrête. Les portes s’ouvrent, les passagers commencent à descendre. Il jette un oeil vers les autres portes, en espérant avoir choisi la bonne. Les secondes lui semblent longues. Il espère qu’elle ne s’est pas endormie. Il se mord légèrement la lèvre. Non, la voilà. Sa Julie. Elle a un grand sourire. Il le lui retourne. Qu’est-ce qu’elle est belle. Il lui laisse les fleurs et prend sa valise.

« Tu verras, j’ai tout prévu ! »

Luna

Elle essaye d’apercevoir ses yeux derrière ses lunettes de soleil. Elle se doute bien qu’il la fixe, et pas du regard un peu niais d’un amoureux transi. Elle incline légèrement la tête et tente de lui prendre la main. Il la retire.

« Ah non !

— Mais…

— Non.

— Mais si, viens…

— Julie, non, c’est non.

— Mais ce sera bien.

— Pour toi, oui.

— Mais ça va aller…

— Non. Tu peux y aller si tu veux, moi je reste là.

— Rhoo, mais allez, fais pas ta chochotte…

— Pardon ?

— C’est juste un manège, pfff… Regarde, il y a des gamins dessus…

— Et alors ?

— Des gamines aussi…

— Re et alors ?

— Ben…

— Oui ?

— Il est où mon mec tout dominant et tout sûr de lui ?

— N’importe quoi…

— Allez, ça va être marrant.

— Le mec tout dominant et tout sûr de lui avec du vomi plein la chemise, ça le fait moyen, Julie.

— T’es vraiment pas drôle…

— Non, mais je vais te regarder, vas-y.

— Ben, non, toute seule c’est nul.

— D’accord. Tu viens ?

— Où ?

— Ben plus loin ?

— Mais…

— Mais quoi ?

— S’il te plaît…

— J’ai dit non, je ne sais même pas pourquoi on en discute encore. Non, c’est non.

— Pfff…

— Julie, ça suffit.

— Julie, ça suffit… Pfff… »

Il se tourne vers elle et lui prend le bras.

« C’était quoi ça, Julie ?

— Euh…

— Ça te fait rire ?

— Non…

— Si tu veux faire ta gamine, je vais te traiter comme une gamine.

— Non non, je vais me tenir…

— Ça vaut mieux… »

Elle baisse la tête et la hoche légèrement. Il prend sa main et commence à s’éloigner.

« Tu veux vraiment pas ?…

— Bon, tu ne sais vraiment pas quand t’arrêter, toi. On va à la voiture.

— Non, non…

—  Oh que si.

— Non…

— Si. Ta brosse y est.

— Non non non non non…

— Oh si. »

Il la traîne presque jusqu’au parking. La voiture est un peu à l’écart. Comme par hasard, se dit-elle. Il pointe le sol du doigt.

« Tu restes là. »

Elle obéit, les bras croisés, tête baissée, le feu aux joues. Il jette un œil aux alentours. Personne de ce côté-ci du parking. Il ouvre la porte de la voiture, à l’arrière.

«Allonge-toi, et baisse ton jean.»

Elle murmure un « Non, s’il te plaît » qui reste sans effet et fait ce qu’il lui dit. Il a déjà trouvé la brosse. En général, il ne trouve rien quand elle lui demande de sortir quelque chose de son sac à main, mais là… Elle s’allonge, le pantalon à mi-cuisse. Il s’assied sur le bord du siège et tapote ses fesse du bout de la brosse. Elle ferme les yeux et le premier coup suit instantanément. Lourd, bruyant, douloureux. Elle déteste la brosse. Il enchaîne une dizaine de coups et se retourne pour vérifier que personne ne s’intéresse trop. La musique de la fête foraine couvre bien celui de la fessée, mais sait-on jamais… Personne. Il prend la brosse fermement et retourne son attention sur elle.

Elle sèche ses larmes en revenant à la fête foraine. Son jean est trop serré, ça frotte. Elle a mal. Lui est de bonne humeur, il avale une bouchée de barbapapa. Elle n’arrive pas à s’empêcher de se frotter les fesses, ce qui la fait gémir doucement. Elle a l’impression que tout le monde la regarde. Ils passent devant le manège sur lequel elle voulait aller.

« Bon…

— Oui ?…

— Juste une fois

— Tu aurais pu le dire la première fois, hein…

— Ce sera plus drôle de te voir t’asseoir comme ça…

— Sadique…

— C’est pour ça que tu m’aimes. »

Elle l’embrasse. Pfff, il a raison, en plus.

Vacances

« C’est une blague ?

— Ben…

— Je rêve…

— Ne te fâche pas…

— Julie. Tu as vérifié quatre fois que tu avais bien éteint le gaz, trois fois que tu avais bien fermé la porte d’entrée…

— Je sais mais…

— Je t’ai demandé si c’était bon, non ? Tu m’as dit que tu avais tout.

— Oui… Je sais…

— Mais… Comment on peut oublier sa propre valise ?

— Ben oui mais… Entre la tente, le pique-nique, ta valise, les sacs de rando, les chaussures…

— Ah bah ça, ton sac de chaussures, tu l’as, mais pas l’autre, quoi…

— Oui…

— Je ferais bien un commentaire mais ça risque méchant…

— Oui, non, on va éviter…

— Tu m’agaces…

— Je sais…

— Non mais là, tu m’agaces vraiment…

— Je sais…

— Arrête de dire que tu sais, ça m’agace.

— Je… euh… Oui, mon chéri…

— Bon… On fait comment, maintenant ?

— Ben…

— Pfff…

— Bah sinon, on peut faire du shopping, hein…

— Bah tiens, ça t’arrangerait bien…

— Te fâche pas…

— Ça fait quoi, deux heures qu’on est parti ? On va perdre quatre heures, quoi.

— Je s… Oui…

— Bah c’est super.

— On est pas pressé…

— Oh bah t’as raison, on va faire des tours de ronds-points pour s’occuper, aussi. Ça fera Disneyland.

— Arrête, s’il te plait…

— Tu m’énerves.

— Je ne t’agace plus ?

— Aussi.

— D’accord… »

Il prend la sortie suivante et fait demi-tour. Silence. Elle allume la radio. Ça capte mal. Elle voit son regard furieux dans le rétroviseur à chaque craquement. Elle éteint.

« Tu veux de l’eau ?

— Non.

— D’accord… Un biscuit ?

— Non, Julie, je ne veux pas de biscuit.

— Oui, mon cœur.

— Arrête.

— Quoi ?

— D’essayer de m’amadouer.

— Mais…

— Chut.

— Je sais que tu es fâché mais bon…

— Mais bon quoi ?

— Ben j’ai pas fait exprès…

— Et ?

— Et rien… C’était pas pour t’embêter, quoi…

— Tu m’as dit que c’était bon. Il faut toujours que je passe après toi ?

— Mais non, mais… »

Elle ne dit rien de plus. Elle a les larmes aux yeux. Elle tourne la tête et regarde le paysage défiler par la fenêtre. Il ne dit rien non plus, la mâchoire serrée. Trente minute. Pas un mot. Une heure. Elle se retient de pleurer. Au moins, s’il l’engueulait, ça passerait vite, là, le silence, c’est pire que tout. Ça commence mal, les vacances. Il met le clignotant.

« On s’arrête ?

— Oui.

— D’accord.

— Que tu dois d’accord ou pas, hein.

— C’est juste façon de parler…

— Je sais.

— Sois pas fâché comme ça… S’il te plaît… Je suis vraiment désolée.

— Rappelle-moi pourquoi on est parti tôt ce matin ?

— Pour éviter les bouchons…

— Et il va se passer quoi, maintenant ?

— On va tous se les taper…

— Voilà.

— Je peux conduire, si tu veux.

— C’est bon.

— D’accord… »

Ils s’arrêtent sur une petite aire de repos. Il se gare à l’ombre et éteint le moteur.

« Bon. On va s’occuper de ta fessée.

— Quoi ?

— Tu m’as très bien entendu.

— Mais…

— Mais rien du tout.

— On peut attendre d’être à la maison, au moins ? S’il te plait…

— Non. On est à mi-chemin et j’ai besoin d’une pause.

— Ben justement, il fau te reposer, mon chéri… Ça va te fatiguer…

— Incline ton siège jusqu’au bout et allonge-toi.

— Non, s’il te plaît… Ça va se voir.

— Il n’y a personne, ça va.

— Mais…

— Ne me fais pas répéter ou ce sera sur le capot, bien visible, même de la route.

— T’oserais pas…

— Tu veux tenter ta chance ?

— Non…

— Alors incline ton siège. »

Elle s’exécute, incline le siège et s’y couche tant bien que mal, les fesses un brin surélevées, offertes à ses douloureuses attentions. Il ne perd pas de temps et relève sa petite robe à fleurs avant de lui flanquer une première volée de claques par-dessus la culotte. Elle gémit doucement. La culotte se retrouve vite à ses genoux, pour le peu de différence qu’elle fait. Elle n’ose pas jeter un œil par la fenêtre pour vérifier que personne ne les voit. Les claques se font plus dures, sa respiration plus haletante. Elle ferme les yeux. Il continue, encore et encore, ses fesses, ses cuisses, il ne se retient pas.

Ils sont repartis. Elle gigote sur son siège, incapable de trouver une position confortable. Ses fesses brûlent. Bon, au moins il a allumé la radio et semble de bien meilleure humeur. Il lui en a promis une autre en arrivant à la maison. « Fichu pour fichu », qu’il lui a dit, « autant prendre notre temps, maintenant ». Quand ça l’arrange…