Aïe

« Oh pu—

— Julie !

— …rée…

— Mieux… Fais attention, je te l’ai déjà dit.

— Oui, ben je me suis fait mal, tu t’en fous ?

— Non, je ne m’en fiche pas… Ça va ?

— Oui…

— Qu’est ce que tu t’es fait ?

— Je me suis cognée le pied.

— D’accord…

— Quoi ?

— Je ne sais pas, tu as l’air fâchée.

— Ben oui !

— Ah…

— Je me suis fait mal et toi tu ne penses qu’à me punir…

— Rhooo, mais non…

— Ah si, si…

— Non, je te dis…

— De toute façon t’aimes ça, que j’aie mal, non ?

— Non…

— Ah oui ? Tu aimes juste quand c’est toi qui me fais mal ?

— Euh… C’est pas ça…

— Bah ? C’est un peu ça, non ?

— Mais non… Moi j’aime quand tu t’améliores, quand tu fais de ton mieux… Si je te punis, c’est juste pour que tu sois meilleure.

— Oui, oui, c’est pour mon bien…

— Ben qu’est ce que t’as, là ?

— Rien, rien.

—Ah oui, ce genre de rien…

— Pffff…

— Ah bah pffff, oui… »

Elle fait la moue et regarde son téléphone. Il n’en rajoute pas. Il termine de lire l’article qu’il parcourait. Décidément, ça ne s’améliore pas, Trump. Ces amerloques, quand même… Il la regarde. Elle tire la tête, et elle le fait bien savoir. Il n’y a que son pouce qui bouge —tap, tap, tap, ça défile. Elle a les sourcils froncés, toujours une moue à la bouche.

« Mais ça va, ton pied, quand même ?

— Moui…

— Mais, dis-moi…

— Oui ?

— La douleur… Tu aimes bien, non ?

— Ah ouais, ça m’excite carrément de me cogner le pied. Je vais devoir aller changer de culotte là…

— Arrête…

— Ah mais non, mais je te dis. Tu devrais te méfier ; le pied de la table, là, il me fait de l’effet…

— Julie…

— Et puis le buffet, oh là là…

— Julie !

— … »

Elle retourne à son téléphone. Il se lève et va s’asseoir à son côté, sur le canapé.

« Julie… »

Elle ne le regarde pas —tap, tap, tap.

« Fais pas la tête… »

Tap, tap, une pause, « j’aime », tap, tap. Il lui pose un léger baiser sur l’épaule.

« Ah, j’ai quand même droit à un bisou ?

— Oh bah arrêtes, tu fais comme si j’étais tout le temps à te gronder.

— Non mais… Un peu, hein…

— Oh ? Tu penses vraiment ça ?

— Ben moi j’aime bien aussi quand tu me fesses juste comme ça…

— Pour le plaisir, tu veux dire ?

— Ben oui… »

Il lui caresse les cheveux, doucement.

« Tu crois que je fais ça mieux que le buffet ?

— Ah bah je ne sais pas, hein… Ça fait longtemps… »

Elle pose sa tête sur son épaule. Elle adore son parfum. Elle ferme les yeux.

« Tu veux ?… »

Elle ne répond rien et s’allonge sur ses genoux, les fesses légèrement relevées, comme une invitation.

« ‘Chais pas… Essaye, pour voir ? »

Il lui caresse les fesses, les jambes.

« ‘Pepep, on ne profite pas !”

Il lui claque les fesses, doucement.

« Bon ben je vais appeler le buffet, hein… »

La claque suivant la fait bondir un peu.

« Ah, c’est mieux, ça…

— Oui ? Comme ça ? »

Une autre, puis une autre, il enchaîne, un peu plus fort, un peu plus vite. Elle sourit et se mord légèrement la lèvre.

« C’est mieux… »

Il continue sur sa lancée, alternant fessées et caresses, des volées rapides et des claques plus appuyée. La jupe est relevée. Il continue. Le rose devient plus rouge. La culotte se retrouve à ses chevilles. Il l’entend gémir doucement, sa respiration est plus haletante, plus forte. Elle tourne la tête et lui jette un regard qui en dit long. Elle en veux encore. Elle écarte légèrement les jambes, lève ses fesses pour mieux se les faire rougir. Elle serre le coussin du canapé plus fort. Il continue, le sourire aux lèvres.

Elle regarde le plafond. Il est bien plus tard. Ils sont nus, sur le lit. Elle sourit. Elle a mal aux fesses, et elle ne peut pas s’arrêter de sourire. Elle ne le voit pas. Elle l’entend respirer près d’elle. Elle aime son parfum. Ses mains. Ses yeux. Elle aime tout chez lui, elle aime ce qu’il lui fait. Elle aime qu’il en ait quelque chose à ficher d’elle, de son comportement, de ses bêtises. Elle aime qu’il soit fier d’elle.

Elle soupire de plaisir et se lève pour aller aux toilettes.

Le pied du lit. Un amant de plus.

« Ah fait ch… »

Téléphone

« Tenez Julie, c’est pour vous.

— Ah ? Merci… Oui allô ?

— Julie ? C’est moi.

— Ah bah, pourquoi tu m’appelles au boulot ? Ça va ?

— Plus ou moins, oui.

— Ben qu’est ce qu’il y a ?

— Non, je t’appelle parce que je suis repassé à la maison là.

— Oui ? Et ?

— Et on a reçu un colis, apparemment.

— Ah oui ?…

— Oui. Il y a quelque chose que tu veux me dire ?

— Bah, euh… C’est peut-être pour mon anniversaire ?

— Ton anniversaire dans cinq mois, tu veux dire ?

— Très très en avance ?

— Tu as encore commandé un sac à main.

— Mais…

— Tu sais bien qu’on est juste, ce mois-ci…

— Oui mais…

— Mais quoi ?

— Ben… Il est vraiment, vraiment beau, tu sais ?

— Ah bah ça, au prix que ça coûte…

— Ah, tu as ouvert ?…

— J’ai ouvert, oui. Je ne suis pas fan, d’ailleurs…

— Rabat-joie…

— Et tu pensais me le cacher comment, dis-moi ?

— …

— Julie ?

— Oui, oui, je suis là… Je ne pensais pas que tu repasserais aujourd’hui…

— Eh bah au moins je sais que tu ne me trompes pas, tu te serais fait gauler depuis longtemps…

— C’est pas drôle…

— Ah si, si, c’est drôle. Par contre, ce qui va se passer ce soir quand tu rentreras, ça va l’être beaucoup moins, pour le coup…

— Mais…

— Oui ?

— C’est pas gentil, ce que tu fais…

— Je te l’ai déjà dit, ce n’est pas fait pour être gentil…

— Mais non mais de m’appeler, comme ça… Je vais y penser toute la journée…

— Tant mieux ! Tu vas peut-être te tenir…

— Mais je suis sage…

— Ah bah j’étais plutôt content cette semaine, oui… Voire ce mois-ci….

— Alors… Tu vas être gentil et ne pas trop me gronder ?

— Julie… Tu vas rentrer ce soir, tu vas aller te mettre en pyjama et je t’attendrai dans le salon.

— Mais…

— Ne discute pas…

— Si je raccroche, là, je me fais gronder ?

— N’y pense même p— »

*clic*

Fichue pour fichue… Elle a le feu aux joues. Elle regarde l’écran de son ordinateur, mais impossible de se concentrer. Il va être furax… C’était pas très malin de lui raccrocher au nez… En même temps, il abuse, aussi… Il sait que ça va la stresser. Il adore ça, en fait. Bon, elle aussi… Mais zut, quoi ! Bon, d’ici à ce soir il sera un peu calmé… Mais il aura eu tout le temps de se préparer… Oh là là…

Elle y passe toute l’après-midi, les choses se bousculent dans sa tête. Elle appréhende. Elle a hâte. Il l’énerve. Il a raison. Elle veut son sac. Elle n’avait vraiment pas besoin d’un nouveau sac. Mais si. Puis il est beau. Qu’est ce qu’elle va prendre… Mais il va être tendre après… Elle a beau essayer, elle n’arrive pas à travailler. L’heure arrive.

Le trajet lui semble long. Elle a l’impression que ses fesses chauffent déjà sur le siège de la voiture. La sienne est garée devant la maison quand elle arrive. Elle sort de sa voiture, va jusqu’à la porte, respire un grand coup, et entre.

« Je suis là ! »

Il ne répond pas. La boule au ventre, direct. Elle se déchausse et file dans la chambre se mettre en pyjama, comme il lui a dit. Ce n’est pas le moment de faire la maline, apparemment. Elle se mord la lèvre en enfilant son bas de pyjama. Bon, sa culotte n’est pas trop mal, au moins, il va peut-être la lui laisser. Elle aime bien se raconter des histoires, ça la rassure, même si elle sait bien ce qui l’attend. À petits pas, elle revient dans le salon et vient se planter devant lui, les mains jointes sur le ventre, le regard hésitant.

« Tu ne m’as pas entendu ?…

— Si.

— Ah… »

Il ne dit rien de plus.

« Tu es fâché ? »

Il soupire.

« Oui Julie, je suis fâché.

— Je suis désolée d’avoir raccroché… Pardon…

— Et ?

— Je suis désolé d’avoir encore acheté un sac…

— Et ?

— Euh… C’est tout, non ? J’ai été sage…

— Tu m’as menti.

— Par omission…

— Ça reste un mensonge !

— Mais non… J’ai juste pas tout dit…

— Julie…

— D’accord…

Elle ouvre la bouche pour ajouter quelque chose, mais son regard l’en dissuade. Résignée, elle se met en travers de ses genoux sur le canapé, les jambes légèrement repliées. Elle empoigne un coussin. La punition est dure, il n’attend pas pour lui baisser le pantalon, puis la culotte ; mignonne ou pas, elle se retrouve aux genoux. Elle pensait que ses fesses chauffaient dans la voiture, elle avait tort. Des belles claques à pleine main, lourdes, régulières. Une fesse, l’autre. Il commence à bien avoir l’habitude, ça se sent. Il ne la laisse pas respirer. Elle ferme les yeux, le visage enfoui dans le coussin.

Enfin, il s’arrête. Elle prend une grande respiration.

« Je suis désolée… Tu me pardonnes ?

— J’ai pas fini.

— Quoi ?

— Lève-toi. »

Elle hésite un moment, suffisamment pour gagner une claque de plus.

« Debout, Julie, hop ! »

Elle obéit, se frotte les fesses discrètement. Elle entend le bruit, le déclic de la ceinture. Elle se tourne vers lui.

« Non… Non, s’il te plaît… J’ai été sage…

— Ce n’est pas la première fois que tu me fais le coup…

— Si ! La dernière fois je m’étais trompée…

— Et la fois d’avant ?

— Il me les fallait pour le mariage de ta cousine…

— Elles n’étaient même pas à ta taille, les blanches…

— Non mais elles étaient jolies…

— Mets-toi à genoux sur le canapé.

— Non.

— Pardon ?

— Je ne suis pas une chienne, pas à genoux.

— Mais non, rhooo, là, comme ça, face au dossier.

— Tu expliques mal, voilà.

— Bon, tu as fini oui ?

— Oui… »

Elle se met en position pendant qu’il finit d’enlever sa ceinture. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. La non plus, il n’y va pas de main morte. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Elle sert les dents pour le pas crier. Onze. Douze. Treize. Quatorze. Quinze. Il arrête.

« Plus de mensonges ? »

Elle ouvre la bouche. Sa respiration est haletante. Elle hoche la tête.

« Non… Promis…

— Plus de dépenses inutiles ?

— Mais c’est pas—

— Juliiiie !

— Non…

— D’accord… J’ai encore quelque chose pour toi.

— Non, s’il te plaît… J’en peux plus, s’il te plaît…

— Vas au coin, les mains sur la tête, je reviens. »

Avec un soupir malheureux, elle obéit. Il revient quelques minutes plus tard.

« Viens. »

Elle baisse les bras et revient se mettre face à lui. Il a un colis dans les mains.

« Non… Je te promets… Non…

— Ouvre, on verra bien…

— Mais…

— Ouvre. »

les larmes aux yeux, elle se bat un peu avec l’emballage, et finit par l’ouvrir. Elle pleure. C’est le portefeuille qui va avec son sac.

« Ça ne te plaît pas ?

— Je te jure, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai pas commandé les deux… Je suis désolée… Je…

— Mais non, bébête… Tu n’es pas aussi maline que tu le crois, j’ai bien vu la commande sur le relevé de banque.

— Hein ?

— Vu que tu avais été relativement sage… Je me suis dit que tant qu’à te faire punir, tu pouvais bien avoir les deux. Ne t’imagine pas que ça marchera deux fois.

— Mais… Tu… Tu m’as menti…

— Par omission ! »

Facture

«Juliiiiie ?

— Quoooooooi ?

— Viens par ici.

— Pourquoooooi ?

— Viens ici.

— C’est urgent ?

— Viens !

— Bon… Oui, quoi ?

— C’est quoi, ça ?

— Ben une enveloppe ? Mystère résolu ! Tu m’excuses, mais j’ai mon livre là et…

— Et dans l’enveloppe, il y a quoi ?

— C’est toi qui l’as, hein… »

Il soupire et retire les papiers de la fameuse enveloppe. Il les lui les tend.

« Ah… Ça…

— Oui, je t’écoute ?

— Ben tu sais, je t’avais dit…

— Tu m’avais dit ? Mais encore ?

— Ben… Lafacturedugazenretarddumoisdernier

— Pardon?

— C’est le gaz…

— Quoi le gaz ?

— La régularisation… Tu sais ?

— Encore ? C’est réglé depuis longtemps ça…

— Non… »

Elle baisse la tête, se mord nerveusement la lèvre. Elle n’ose pas le regarder, il est furieux et elle le sait.

« J’ai complètement zappé…

— Tu as zappé.

— Bah… Oui…

— Donc quand je te l’ai rappelé la dernière fois et que tu m’as dit « oui oui c’est bon »…

— Mais je voulais vraiment le faire… C’est juste que…

— Que quoi ?

— Ben j’ai été distraite…

— Julie, c’était déjà un rappel !

— Je sais… Pardon…

— Pardon, ça ne paie pas les factures…

— Non mais… euh… Les fessées non plus ?

— Bien essayé…

Il n’a pas besoin d’en dire plus ; tête baissée, elle remonte jusqu’à la chambre pour en redescendre sans son jean, sa brosse à cheveux à la main. Elle la lui tend avec un regard suppliant. La brosse, elle déteste ça, surtout celle-là, d’ailleurs. Le bois, comme ça, la rigidité, ça lui met les fesses en feu dès le premier coup. Et ça marque, de beaux bleus qui lui durent quelques jours. Mais ce n’est pas la première fois, et elle se penche sur le dossier du canapé sans broncher. Il pose la facture sur un coussin devant son nez.

« Lis-moi ce qu’il y a marqué.

— Tout ?

— Commence là.

— Rappel… »

*CLAC!* Il commence déjà.

« Régularisation annuelle… »

*CLAC!*  *CLAC!*  Il continue, ponctuant chaque mot d’un coup sec de la lourde brosse. Elle sent les larmes qui monte, et sa vision se brouille un peu.

« Je dois vraiment tout lire ?

— Lis-moi le chiffre en gras à la fin.

— Mais c’est un nombre…

— Quoi ?

— Ben… Les chiffres c’est juste de zéro à neuf et…

Une volée de coup l’interrompt.

« Lis *CLAC!* moi *CLAC!*  le *CLAC!*  nombre *CLAC!* à *CLAC!*  la *CLAC!* fin ! »

Elle hurle, « Aïe ! Aaaaaïe ! Pardon ! Pardoooon ! Trois cent aaaïe quatre-vingt-treeeizaaaaïe !

— Ah, bah voilà, c’est mieux !

— Tu ne vas pas faire ça, hein ?

— Ah si.

— Non non, c’est beaucoup trop, je ne suis pas maso à ce point-là !

— Tu comptes.

— Non… J’aime pas… S’il te plaît…

— C’est pas fait pour te faire plaisir !

— Mais je suis nulle pour ça… S’il te plaît…

— C’est comme pour les factures, tu vas apprendre…

— Juste les chiffres ? C’est bien, déjà, non ?

Il lève les yeux au ciel et ne répond pas. Il pose la brosse à plat contre ses fesses déjà rougies. Elle frissonne et ferme les yeux. Les dix premiers coups ne se font pas attendre ; elle les énumère un à un. Une pause. Dix de plus, tous du même coté. Elle serre les dents. Dix autres, il aime la symmétrie.

« Trente !

— Ça commence à rentrer ?

— Je ne sais pas exactement de quoi tu parles mais oui, oui, promis, c’est rentré…

— Elle part aujourd’hui, la facture.

— Oui… Promis… »

Elle s’essuie le coin des yeux du plat de la main.

« J’essaye, tu sais…

— Vraiment ?

— Mais… Oui… »

Les larmes reviennent, plus que la honte, plus que la douleur, c’est cette simple question qui la fait pleurer. Bien sûr qu’elle essaye. Elle fait de son mieux, elle veut qu’il soit fier d’elle. Dans ce « Vraiment ? », elle entend toute sa déception. Elle pleure, elle murmure des « Je fais ce que je peux …»

Il la relève et la serre dans ses bras, sans rien dire. Sa colère s’évapore ; il lui caresse doucement les cheveux. Elle pleure dans sa chemise. Son mascara soi-disant waterproof —bien trop cher— ruine sans doute la chemise pour de bon. Il s’en fiche.

« Je sais que tu fais des efforts… »

Elle ne répond pas. Elle n’y arrive pas. Il lui répète.

« Je sais que tu fais des efforts… Et je suis fier de toi, en général, tu sais ?»

Elle renifle.

« C’est vrai ? »

Il sourit et passe la main dans ses cheveux.

« Tu sais bien que tu es la championne du monde des sales gosses…»

Elle  lui donne un petit coup de poing sur le torse et sourit malgré elle. Elle est bien, là, contre lui.

Enfin, elle a mal au fesse, quand même. Pas étonnant que les factures, on appelle ça des “douloureuses”…