Une lettre

Paris, le 14 juin

Mon chéri,

Je sais que je ne fais pas toujours tout comme il faut, loin de là. Je peux être impulsive, je peux être casse-pieds, je peux être fatigante, insolente, bordélique, un peu grossière parfois, j’oublie souvent des choses… Je sais que parfois, je te déçois ; parfois, je te fais honte ; parfois, tu es furieux contre moi ; parfois, je te rends juste triste ; parfois, tu dois te demander si je le fais exprès. Quand j’y pense, ça ne doit pas être facile tous les jours de me supporter, même avec mes bisous.

Et pourtant, tu restes, tu me grondes, tu me punis, tu me mets au coin, tu me donne des devoirs, tu me fesses —tu me fesses beaucoup, quand même—, tu me prives de dîner ou de culotte, tu me fais pleurer, tu me fais regretter mes bêtises. Tu t’occupes de moi, au final ; tu en as quelque chose à faire, et tu me rends meilleure de jour en jour. Tu ne te rends pas compte d’à quel point j’en ai besoin, de tout ça, et d’à quel point je t’en suis reconnaissante.

Alors, je voulais juste te remercier d’être là pour moi, de ne pas m’abandonner. Je me plains sans doute beaucoup, mais tu es patient avec moi, sévère quand j’en ai besoin, tendre quand il faut, et un peu des deux au quotidien. À ta place, je serais partie depuis bien longtemps, j’aurai trouvé une petite nana sans histoires qui ne te ferait pas tourner chèvre, qui ferait mieux la cuisine, qui oserait tout au plumard, qui ne laisserait pas traîner ses affaires partout… Le rêve, quoi. Mais toi, tu restes. Tu restes et, quand tu m’as assez punie, tu me prends dans tes bras . Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis même que tu es fier de moi.

Merci, mon chéri, merci d’être exactement l’homme dont j’ai besoin, merci de me faire faire des efforts tous les jours. Je veux que tu sois fier de moi, je veux que tu sois content, et je te promets que je ferais toujours de mon mieux, même s’il y aura des accidents et des petits détours sur la route. 

Je t’aime.

Julie

 

p.s. : j’ai fait une bêtise, mais je crois que tu ne m’en voudras pas trop d’avoir un peu explosé le budget lingerie ce mois-ci… Tu verras, c’est de la dentelle, c’est noir, et ça ira très bien avec du rouge vif en dessous…

Désobéissance

Il marche d’un pas rapide, le visage fermé, la traînant presque par la main. Clairement, il est fâché. Elle trottine sur ses talons en priant à chaque pas de ne pas se tordre une cheville.

«  S’il te plaît…

— Alors là, non, tu rêves.

— Mais c’est pas si grave…

— Quand je te dis de faire quelque chose, tu le fais.

— Mais j’aime pas…

— Et ? C’est toi qui décides de tes punitions, maintenant ?

— Non, mais…

— Mais quoi, Julie ?

— Mais j’aime pas…

— Et c’est peut-être le but, tu ne crois pas ?

— Oui bah j’aime pas…

— J’ai compris ça, oui.

— Te fâche pas…

— Je suis déjà fâché.

— Oui mais faut pas…

— Tu me désobéis et tu penses que je ne vais pas être fâché ?

— Si mais…

— Mais ?

— Mais c’est juste une culotte…

— Je t’ai dit quoi avant de partir ?

— De ne pas en mettre…

— Il me semble même que je te l’ai enlevée.

— Oui…

— Et toi, tu es allée la remettre derrière mon dos.

— Je ne pensais pas que tu remarquerais…

— Ah bah ça aura duré un petit moment…

— Si tu n’avais pas les mains baladeuses, aussi…

— Pardon ?

— Non mais ça, je ne me plains pas…

— Et donc, tu pensais juste que je n’allais pas remarquer ? Tu comptais faire quoi en rentrant, t’éclipser vite fait pour l’enlever ?

— J’avais pas réfléchi jusque-là…

— Tu n’as pas réfléchi…

— Non…

— C’est peut-être le problème… »

Ils sont de retour devant la porte de l’immeuble. Un coup de badge plus tard, ils sont dans le hall. La porte se referme bruyamment derrière lui.

« Tu l’enlèves.

— Quoi, maintenant ? Ici ?

— Maintenant.

— T’es fou ?

— Tu vas me désobéir une deuxième fois ?

— Non, mais…

— Mais rien du tout. Maintenant.

— Mais si quelqu’un descend ou quoi ?

— Tu préfères qu’ils tombent sur une fessée ?

— Parle pas si fort !

— Je vais compter jusqu’à trois.

— Non, non, c’est bon… »

Elle se penche et, soulevant sa jupe le moins possible, fait glisser sa culotte le long de ses jambes. Elle a le feu aux joues. Elle lui fait passer ses pieds et lui la tend.

« Voilà… On peut ressortir, maintenant ?

— Non.

— Hein ? Mais… »

Il pointe l’ascenseur du doigt.

« On a deux-trois choses à régler avant.

— On pourra faire ça en rentrant…

— On est rentré, là.

— Non, s’il te plaît… Je serai super sage, et j’ai pas de culotte, déjà.

— Comme ça devait être quand on est sorti.

— Tu ne vas pas me faire me balader avec les fesses rouges, en plus…

— Ce ne sera pas la première fois.

— Moui… Mais là…

— Tu n’avais qu’à obéir. »

Il appuie sur le bouton d’appel. Les portes s’ouvrent et il l’y emmène, la tenant par le bras. Déjà qu’en temps normal, les ascenseurs, elle n’aime pas trop ça… Elle n’en mène pas large. D’autant moins que les claques commencent déjà à tomber par-dessus sa jupe. Elle gémit, priant intérieurement pour que personne n’ait appelé l’ascenseur aux étages. Elle est sûre que tout l’immeuble entend le bruit des claques. Pourvus qu’ils soient tous chez eux, à écouter du hard-rock très, très fort. Avec sa fine jupe comme seule protection, elle sent que ses fesses sont déjà en train de rougir. Les portes s’ouvrent. Personne dans le couloir. Elle pousse un soupir de soulagement.

Il ferme la porte de leur appartement derrière eux et la mène jusqu’à la chambre. Sa brosse à cheveux est restée sur sa table de nuit. Il s’assoit sur le lit et lui indique ses genoux. Elle s’y love sans résister, soulève même sa jupe, espérant un peu de clémence. Le bois froid soulage très temporairement ses fesses déjà endolories. Il lève la brosse.

Une fois au coin, les mains sur la tête, des larmes coulant encore sur ses joues, les fesses comme un pivoine, elle l’entend approcher.

« Sur les sites que tu m’as montré, là…

— Oui ?…

— Ça a l’air assez commun, les plugs, ce genre de choses…

— Moui… Peut-être…

— Il paraît même qu’on peut sortir se balader avec. »

Elle rougit, se mord la lèvre et tourne la tête vers lui. Il a un grand sourire.

« Sans la culotte, ce sera déjà assez, je t’assure…

— Tu as voulu te ficher de moi, je ne vais pas laisser ça passer.

— Mais tu m’as punie…

— Oui, et donc je peux espérer que tu ne désobéiras plus ?

— Oui…

— Donc on va ressortir, et on va aller faire un petit tour dans un sex-shop, te trouver un joli petit cadeau.

— Très, très petit… S’il te plaît… »

Sage

Elle le regarde et murmure :

« J’ai été très sage cette semaine…

— Oui… C’est vrai.

— J’ai pas fait de bêtises.

— Non-non, c’est vrai.

— Et j’ai pas dit de gros mots.

— Oui, c’est bien.

— Et j’ai pas grignoté.

— En plus !

— Et j’ai fait attention aux dépenses.

— Oui, Julie, tu as été très sage, je sais ça.

— Tu es fier de moi, hein ?

— Oui, très fier, tu le sais bien. J’adore quand tu fais des efforts comme ça. »

Il l’embrasse tendrement, sa main posée sur sa nuque. Il la remonte et lui caresse doucement les cheveux.

« Il y a une raison pour laquelle tu me dis tout ça ? »

Elle détourne les yeux. Ses joues sont rouges.

« Non-non, je voulais juste des compliments et des bisous…

— Julie…

— Oui, mon cœur ?

— Tu ne sais pas mentir.

— Ah oui ? Pourquoi tu dis ça, mon chéri ?

— Parce-que je vois bien, là… »

Elle garde les yeux au sol.

« Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu ne me caches rien ? »

Elle lève la tête et le regarde en se mordillant la lèvre.

« J’ai été sage…

— Promis ? »

Elle continue de le regarder, sans rien dire. Il scrute ses yeux gris-bleus.

« Julie ? Promis ?

— J’ai été sage…

— C’est pas ce que je te demande, là.

— Je sais…

— Qu’est-ce que tu as fait ? »

Silence à nouveau.

« Je finirai bien par savoir, et ce sera pire, donc dis-moi tout de suite…

— Mais ça compte, que j’aie été sage toute la semaine, hein ?

— Julie !

— Oui, oui, bon…

— Je t’écoute ?

— J’ai peut-être un peu oublié de faire ma déclaration de revenu…

— Un peu oublié ?

— Et…

— Ah ce n’est pas tout ?

— Non…

— Vas-y ?

— Je n’ai toujours pas pris de rendez-vous chez le podologue comme tu m’avais dit…

— Mais c’est pas possible… Ça fait trois semaines !

— Pardon…

— Rien d’autre, j’espère ?

— Ben…

— Tu te fiches de moi ?

— Non…

— Quoi, alors ?

— J’ai pas rappelé Sylvie pour le 29, là…

— On ne peut pas te faire confiance, vraiment…

— Non, dis pas ça…

— Ah bah je constate ?

— Je fais des efforts…

— Oui, sur certaines choses…

— Je le ferai demain, je te promets.

— C’est toujours demain avec toi.

— Je le ferai… »

Il soupire. Elle détourne le regard, fais une petite moue.

« Et puis euh…

— C’est une blague ? Il y a autre chose encore ?

— Moui…

— Je rêve…

— J’ai eu ma mère au téléphone…

— Ah non !

— Ben…

— Ah non, non, non…

— C’est juste pour une semaine…

— Une semaine ?!

— Je sais mais bon…

— Attends, tu te souviens de la dernière fois ? Le weekend, là ?

— Oui, je sais…

— Pffffff….

— Sois pas fâché…

— Donc, je récapitule : tu n’as toujours pas fait ta déclaration, tu n’as pas pris ton rendez-vous, tu n’as pas rappelé Sylvie, et en plus tes parents vont venir passer la semaine, c’est bien ça ?

— C’est ça… Mais…

— Mais ?

— Ben sinon j’ai été sage, hein ! »

Il pointe la table du doigt. Elle n’en rajoute pas et va s’y pencher. Elle entend le déclic de sa ceinture, le cuir qui frotte le tissus, la boucle qui tinte. Les premiers coups font déjà mal, même à travers le jean, des tisons qui viennent lui brûler les fesses. Elle ferme les yeux et serre les dents. Une dizaine de coups, son pantalon descend à ses chevilles, sa jolie culotte noire —elle est neuve— l’y rejoint.

Elle sent le cuir froid qui lui caresse les cuisses, les fesses. Les coups reprennent. Elle serre la nappe dans ses poings pour ne pas crier. Ce n’est pas suffisant. Elle a du mal à tenir en place, à ne pas mettre ses mains pour se protéger. Elle sait que ça ne ferait que l’énerver plus. Une pause. Elle se rend compte qu’elle retenait sa respiration et laisse échapper un long soupir. Sa respiration est haletante. Elle n’ose pas lui demander si c’est fini. Le coin, elle ne va pas y couper, elle le sait déjà. Elle a mal. Elle a honte. Elle sent qu’elle aura des bleus.

La boucle tinte et les coups s’abattent de nouveau. Ses fesses ne sont que douleur. Il frappe ses cuisses. Une fois. Deux fois. Elle n’en peut plus. Trois fois. Il s’arrête.

« Il faut que je te dise que je suis déçu ?

— Non, je le sais…

— Et ça te plaît ?

— Non… Tu sais bien que non…

— J’étais fier de toi…

— Je sais… Pardon…

— Ce n’est pas des excuses que je veux…

— Tu veux des bisous ?…

— Tu crois que c’est le moment ?

— Je suis vraiment désolé… Je te demande pardon… »

Elle se retourne vers lui et tente de l’embrasser. Il détourne la tête. Ça lui fait encore plus mal que les coups de ceinture.

« Ne me fais pas ça… »

Elle lui caresse la joue. Il tourne la tête vers elle. Il regarde ses grands yeux remplis de larmes. La ceinture tombe au sol et il l’embrasse tendrement, la serre dans ses bras.

« Merci…

— Quand même… T’abuses…

— Mes parents ?

— Surtout, oui…

— Je sais mais…

— Mais ?

— Je serai super sage ! »

Réveil

Elle éteint le réveil qui sonne sur son portable en grommelant et repose la tête sur son oreiller. Elle n’est pas du matin. Elle se retourne vers lui. Il  la regarde et passe sa main sur sa joue.

« Bonjour, toi… »

Elle fait une petite moue.

« Hmm… J’ai pas envie…

— T’as pas envie ?

— De me lever…

— Il va bien falloir…

— Ou alors… On peut rester là, tous les deux ?

— Ah oui, tu crois ?

— Oui… J’ai pas envie aujourd’hui… »

Il sourit.

« Tu n’as jamais envie de te lever, en même temps…

— Pfff… »

Elle se retourne vers sa table de nuit et prend son portable.

« Julie…

— Oui, je vais me lever… Juste deux minutes…. »

La première claque s’abat sans prévenir. Elle crie.

« Non ! S’il te plaît…

— Tu te rappelles ce qu’on a dit hier ?

— Oui… Mais j’ai plus envie… »

D’autres claques tombent, la font gémir.

« Je serai sage, je te promet…

— C’est bien pour ça que je le fais…

— Oui mais…

— Mais rien du tout, ma grande… Mets-toi sur le ventre.

— Je ne suis pas grande…

— Julie…»

Elle se tourne vers lui.

« Tu ne vas pas me faire ça tous les matins, hein ?

— Jusqu’à ce que tu sois sage, comme on a dit…

— Ah mais c’est bon, je suis très, très sage, hein.

— Oui oui… Sur le ventre, Julie…

— Non, tu vas me fesser…

— Et si tu n’obéis pas, ça va être pire… »

Elle lâche un petit gémissement et finit par faire ce qu’il lui dit. Il lui caresse la nuque, le dos.

« Ah bah non, hein, n’en profite pas !

— Tu vois, il y a du boulot ! »

Il descend sa main jusqu’à ses fesses et rajuste la culotte avant d’y poser une série de coups à pleine main. Elle enfonce sa tête dans son oreiller. Il continue, plus fort, alternant fesse gauche et fesse droite. La culotte ne la couvre pas longtemps. Elle gémit plus fort quand il recommence à la fesser.

« Donc, tu seras sage, aujourd’hui ?»

Elle lui répond, la tête toujours dans l’oreiller. Il claque plus fort. Sa tête se lève immédiatement.

« Oui oui oui oui oui oui oui ! Je serai sage ! Je serai sage !

— Promis ?

— Je vais essayer… »

Une nouvelle série de claques, chacune plus forte que l’autre. Elle crie

« Oui je serai sage, je te promets ! »

Sa main remonte le long de sa colonne vertébrale, lui caresse la nuque, les cheveux. Il se penche vers elle et l’embrasse tendrement.

« À la douche, jeune fille… »

Elle tourne la tête vers lui et le parcours du regard. Un de ses sourcils se lève. Elle lui sourit.

« Alors tu viens avec moi, je ne vais pas te laisser dans cet état… »

Sucré

« Voilàààà !»

Elle pose les assiettes sur la table —c’était son tour de faire la cuisine. Elle va remplir une carafe d’eau, la pose sur la table à son tour et s’assoit. Il y a de la musique douce en arrière-plan, elle lui fait un sourire, il le lui rend.

« Ça a l’air bon.

— Oui hein ? J’ai trouvé une recette, ça avait l’air sympa.

— Tu me dis ce qu’il y a dedans ?

— Ah bah non, goûte ! »

Il prend une bouchée et fait la grimace.

« C’était quoi ta recette, exactement, là ?

— Ben émincé de poulet aux épices, du riz et…

— C’est censé être sucré comme ça ?

— Hein ? Sucré ?

— Vas-y goûte… »

Elle regarde sa fourchette d’un air douteux et la porte à sa bouche. Elle recrache sa bouchée immédiatement dans son assiette.

« Ah, mais non, ne crache pas…

— Non mais t’as raison, c’est sucré, beurk.

— Il y avait du sucre dans la recette ?

— Ben non…

— Bah pourtant…

— Oui bah ça va, j’ai bien vu !

— Baisse d’un ton, Julie.

— Pardon… Mais tu te doutes bien que je n’ai pas fait exprès…

— Non enfin parfois les recettes…

— Quoi les recettes ? Si t’aimes pas quand je cuisine tu peux le faire tout le temps, hein !

— C’est pas ce que j’ai dit !

— Non mais tu sais toujours tout mieux que tout le monde alors…

— Julie, ça suffit ! »

Elle se tait et pousse son assiette. Il reprend.

« Tout ce que je disais, donc, c’est que parfois on trouve des recettes bizarres, c’est tout ; je ne remets pas en talent tes talents de cuisinière…

— Pfff, arrête, ça fait années 50…

— Tu veux être forcée de finir de ton assiette ?

— Non, ça va aller, merci…

— Alors tiens-toi, un peu, j’aime pas trop ton ton.

— Tonton qui ?

— Non, le ton que tu as.

— Ben c’est du poulet, en fait…

— Julie…

— Rhoo, ça va… »

Il prend les deux assiettes et va les vider dans la cuisine.

« Juliiiie ?

— Oui ?

— Viens voir. »

Elle arrive alors qu’il pose les assiettes sale dans l’évier. Il pointe le comptoir du doigt.

« Regarde.

— Quoi ?

— Ben là, sur le comptoir.

— Oui, bon, j’allais ranger après le repas, c’est bon…

— Mais non, regarde, le sucre, qu’est ce qu’il fait là ?

— Ben non, c’est le sel, ça.

— Ah bah tu vois, on a résolu le mystère…

— Mais…

— Julie…

— Oui ?

— Tu n’as pas tes lentilles, c’est ça ?

— …

— C’est ça ?

— J’avais mal aux yeux…

— Et tes lunettes ?

— Ben…

— Oui, je t’écoute ?

— Tu ne te fâches pas, hein ?

— Si tu me dis que tu les as encore cassées…

— Non…

— Quoi alors ?

— Ben… Elles sont pas perdues, hein… Je ne sais juste pas où elles sont…

— Oui, elles sont perdues, quoi.

— Moui… »

Elle baisse les yeux et n’ose rien ajouter. Il frotte les yeux et soupire.

« Si je refais à manger, tu ne me punis pas ?

— Mais c’est pas pour le poulet que je suis fâché, Julie…

— Non mais… Quand t’as faim t’es grognon…

— C’est surtout quand tu fais des bêtises que je suis grognon.

— Mais j’ai pas fait exprès !

— Encore heureux !

— Mais…

— Je t’ai dit qu’il fallait être plus attentive, Julie ! C’est ta combientième paire, cette année ?

— Troisième…

— Et l’année dernière ?

— Cinq…

— On croirait une gamine sur une cour de récré…

— Mais non… »

Elle voit son regard qui se dirige vers le pot de cuillères et d’ustensiles. Elle se mord la lèvre.

« Baisse ton pantalon.

— Non, s’il te plaît.

— Ne me fais pas répéter.

— S’il te plaît…

— Maintenant, Julie ! »

Elle s’exécute pendant qu’il prend une maryse en silicone. Elle sent un frisson lui courir le long de la colonne. Déjà que le bois, elle n’aime pas ça… Elle laisse le jean à mi-cuisse et pose ses mains sur le rebord de l’évier. Il pose la maryse près d’elle, comme une promesse de tourments à venir, et passe la main dans ses cheveux. Il les serre et lui tire la tête légèrement en arrière.

« J’en ai plus qu’assez de tes étourderies, c’est bien clair ?

— Aïe… Oui, c’est très clair…

— Plus de lunettes cassées ou perdues, plus d’oublis de choses importantes, plus de je n’ai pas fait exprès…

— Tu veux que je fasse exprès ? »

La première claque tombe à gauche, sèche et douloureuse.

« Tu te fiches de moi, en plus ?

— Pardon… »

Il lui lâche les cheveux et pose sa main le long de son dos pour la maintenir en position. Une cinquantaine de claques plus tard, il attrape sa culotte et lui la baisse d’un coup sec. Il prend la maryse. Elle gémit.

« Non… Non non non… »

Rien n’y fait, les premiers coups enflamment ses fesses déjà endolories par les précédentes attentions. Elle crie, les larmes aux bords des yeux. Elle tape des pieds, serre l’évier plus fort, se cambre, serre les fesses, rien n’y fait, la douleur prend le dessus. Il continue, inexorable. Elle n’arrive plus à penser. Elle veut juste que ça s’arrête. Finalement, elle pleure, de grosses larmes qui tombent bruyamment dans l’évier.

Il y pose la maryse et passe doucement sa main sur ses fesses cramoisies. Elle se retourne, toujours sanglotante. Elle se love contre sa poitrine.

« Je suis désolée… Je ferai attention, je te promets…

— Tu vas aller au coin…

— Non…

— Le temps que je te fasse à manger.

— Moui…

— Et tu prends rendez-vous chez l’opticien demain…

— Oui…

— Tu n’oublieras pas ?

— Non, promis… Tu vas faire quoi à manger ?

— Vu ton goût pour le sucre… Porc au caramel ?»

Respect

Elle mordille le bout de son stylo en réfléchissant à ce qu’elle écrit. Les fesses brûlantes, elle a du mal à se concentrer. Il est vache, quand même, comme si la fessée ne suffisait pas. “Le respect d’autrui passe par le respect de soi”. C’est pas une punition, ça, c’est un sujet de philo. Elle soupire. Mille mots, il lui a dit ; et puis quoi encore ? Il voudrait des citations, le monsieur ? C’est loin, la Terminale, pffff…

Mais elle n’ose pas protester, de peur qu’il lui prenne l’envie de mettre un paillasson sur la chaise ou une autre idée tordue comme celle-là. Déjà que là, elle n’a que son t-shirt sur elle. Elle le sent bien, le bois de la chaise. Au moins, c’était frais quand elle s’est assise, ça l’a soulagée, un peu. Au lieu d’écrire, elle compte les mots qu’elle a. Deux cent treize. Elle n’est pas rendue. Elle gigote sur sa chaise sans trouver de position confortable. Il n’y a pas été de main morte. Enfin ça, il y va rarement, cela dit. Il n’est pas méchant, mais il ne faut pas le chercher. Et là… elle l’a bien cherché…  Lui comme la punition, d’ailleurs.

Mais quand-même, il abuse ! Surtout qu’elle le connaît, il va chercher la p’tite bête, il ne laissera rien passer. Il va prendre un crayon aussi rouge que ses fesses, à elle, et il va se faire une joie de chercher les petites fautes, les incohérences… Il faut être un peu sadique pour être prof, elle en est sûre.

Le respect de soi… Elle ne voit pas le rapport avec la correction qu’elle s’est prise. Le respect d’autrui, bon… Mais ce n’était pas méchant, il sait bien qu’elle trouve ça mignon, ses petites poignées d’amour. Dominant, dominant, il a l’égo fragile, parfois, quand-même. C’est bien les hommes, ça… Bon, c’est vrai qu’elle a insisté… Un peu… Elle aurait peut-être pu éviter de le titiller avec un crayon… Pendant qu’il travaillait… À plusieurs reprises… Mais elle ne voit toujours pas le rapport.

Six cent deux mots. Bon. Pour respecter les autres… Il faut les voir comme des personnes à part entière… Et il faut les traiter comme on voudrait l’être, la fameuse règle d’or. Et donc… Si on se respecte soi-même et qu’on traite les autres comme on voudrait qu’on soit traité, logiquement, ça marche. M’enfin, on peut très bien être respectueux envers les autres sans forcément s’apprécier soi-même, hein ! Et on peut trouver certaines personnes supérieures à nous-mêmes. Ou c’est peut-être plus de l’admiration que du respect, dans ce cas-là ?Rhaaaa, elle sait qu’il aime bien couper les cheveux en quatre, mais là, quand même… Elle se frotte les fesses et gémit doucement. Et le respect pour son postérieur, hein ? Là, y a plus personne. Elle va le marquer, tiens, ça le fera peut-être rire. Ou pas… C’est le risque… Boah, de toute façon, il ne lui fera rien de plus barbant que ça.

Huit cent quatre-vingt-seize. Elle y est presque. Elle l’entend siffloter dans la cuisine. Les lacs du Connemara. Aucun respect pour les oreilles non plus, apparemment. Elle relit ce qu’elle a écrit pour la cinquantième fois. Finalement, les fessées, c’est pas si mal, au moins ça passe relativement vite. Puis elle est bien sur ses genoux, et elle sait l’effet que ça lui fait, de la punir. En général, il est tendre après. Au pire, elle passe dix minutes au coin, mais elle a toujours le droit à un câlin. Là… Ça va faire un heure et demie qu’elle est sur sa chaise, et rien.

Mille. Pas trop tôt… Elle a vraiment la flemme de se relire encore. Elle se lève en grimaçant et va le voir, sur la pointe des pieds. Elle lui tend les feuilles et tire sur son t-shirt dans le vain espoir de préserver le peu qui lui reste de dignité. Avec un sourire, il prend les feuilles et les jette directement à la poubelle. Elle le regarde, bouche bée.

« Mais…

— Oui ? Un commentaire, Julie ?

— Tu ne lis même pas ?

— Ce qui m’intéresse, c’est que tu aies réfléchi.

— Ben j’aurais pu réfléchir allongée sur le canapé pendant que tu me passais de la crème, hein…

— Là au moins je suis sûr que tu as fait ça bien.

— Et le respect pour mon travail ? Franchement…

— Oui ?

— Ben j’ai bien travaillé, j’ai été sage…

— Ah ? Tu crois ?

— Oui.

— Et c’est agaçant quand on te manque de respect ?

— Oui…

— Tu as l’impression que j’en ai rien a faire, de ton travail ?

— Ben… Oui…

— Et tu vois où je veux en venir ?

— Oui… je ne t’embêterai plus pendant que tu bosses.

— Et ?

— Je ne me moquerai plus de tes petites poignées d’amour trop chou que j’adore…

— Mouais…

— Je peux avoir mon câlin maintenant ?

— Oui, viens…

— Et de la crème ?

— D’accord…

— Et du chocolat ?

— Julie…

— Je me respecte, tu vois, je sais ce que je veux.

— Je vois ça…

— Et tu sais ce que je veux d’autre ?

— Dis-moi ? »

Elle l’embrasse, les mains posées sur ses hanches. Elle ne peut pas s’empêcher, elle les lui pince un peu. Il lui claque les fesses tout de suite, sans cesser de l’embrasser. C’est mieux que les textes à la noix, quand même…

Promotion

Il est rentré depuis une dizaine de minutes. Il lui a fait un petit bisou en passant la porte et il pianote sur son ordinateur depuis. Elle, ça l’énerve.

« T’es pas très bavard…

— Mmmh ?

— T’es pas très bavard, j’ai dit.

— Ah… »

Il lève un doigt et plisse les yeux en regardant son écran. Elle lève les siens au ciel.

« Il y a quoi de si intéressant sur ton ordi, là ?

— Rien, rien, attends.

— Je rêve…

— Qu’est ce qu’il y a ?

— Bah rien, apparemment…

— Arrête, Julie… Commence pas…

— J’arrête ou je commence pas ?

— Julie…

— Bon… »

Elle allonge ses jambes sur le canapé et croise les bras.

« Et à part ça… Tu ne remarques rien ?

— Mmmh ?

— Lève les yeux de ton ordi… Pfff…

— Quoi ?

— Tu ne remarques rien ?

— Si si, j’aime bien.

— De ?

— Ben la couleur.

— La couleur ?

— Des rideaux ? Non ?

— Non mais tu te fiches de moi, là ?

— Ben non, ils sont très bien.

— Tu fais exprès, c’est pas drôle…

— Tu as fait quelque chose à tes cheveux, c’est ça ?

— Ça vaut le coup de faire des efforts… »

Il tourne l’ordinateur vers elle. Il pointe l’écran du doigt.

« À cent trente-deux euros soixante-quinze, ce ne sont plus des efforts, c’est un investissement…

— Hum…

— Tu te rappelles qu’on a un compte commun ?

— Oui…

— Et tu me rappelles ce qu’on a dit le mois dernier ?

— Que j’avais un plafond…

— Parce-que ?

— Parce que je ne fais pas attention…

— Je ne sais même pas comment ça peut coûter si cher, un coiffeur

— Ben c’est les soins… Et…

— Et ?

— Ben il y avait des promos sur les produits…

— C’est pas censé être moins cher en promo ?

— Ben si, justement, ça valait le coup ! J’ai pris du stock !

— Julie…

— Oui mon chéri ? »

Elle fait une petite moue qui se veut séductrice. Il secoue la tête, doucement. Elle insiste.

« C’est pour toi, tu sais, tu ne voudrais pas que je ressemble à rien, hein, mon cœur ?

— Ce n’est pas la question, et tu le sais bien.

— Ben je fais des efforts, ça compte, non ?

— Je t’ai demandé d’en faire, des efforts, mais pas sur ta coiffure…

— Je suis désolée… »

Il ferme l’ordinateur et se lève. Vu les circonstances, la brosse semble un choix évident. Elle s’est rassise sur le canapé et lui jette un regard suppliant.

« Je voulais vraiment te faire plaisir, tu sais…

— Pour ça, il suffit d’être sage…

— Oui mais…

— Mais quoi, Julie ?

— Mais c’est pas drôle… »

Il lève les yeux et soupire. Il lui fait signe.

« Debout… Les mains sur la table. »

Il montre la table basse d’un geste. Elle lui obéit sans un mot et se penche, les jambes légèrement écartées. Il relève sa jupe, lui laisse sa culotte pour l’instant. Il pose la brosse à plat sur ses fesses encore blanches.

« Je vous fais une couleur, madame ? On a du rouge vif en promotion. »

5 étapes

« Non mais… Tu ne vas pas me fesser pour ça, hein ? C’était pas grand-chose… Hein ? Tu m’as déjà grondée… On peut passer, hein, dis ? »

Déni. Il la penche sur l’accoudoir du canapé, une main dans le dos pour la maintenir. L’autre se lève et lui lâche une claque magistrale en guise d’introduction. Elle crie.

« Mais arrête !! C’était rien, pfff ! C’est toujours pareil avec toi ! Jamais moyen de rien dire… Arrête ! »

Colère. Il continue, plus fort. Paire de jeans ou pas, elle la sent bien, son humeur à lui aussi. Ses fesses chauffent déjà, il n’y va pas de main morte. Elle prend un coussin et essaye de lui lancer à la figure. Grave erreur. Il la foudroie du regard et prend la télécommande qui traînait sur la table basse. Ses yeux s’écarquillent et elle change tout de suite d’attitude. Ça, elle y a eu le droit une fois, par jeu, elle ne tient pas à retenter l’expérience.

« Non, s’il te plait… Je suis désolée… Je serais sage, d’accord ? Je ferais ce que tu veux… S’il te plaît… »

Marchandage. Ça ne l’atteint pas, il empoigne son jean à la ceinture pour le tendre sur ses fesses et la punir de plus belle. Les coups sont secs, bruyants. Elle se cambre et geint à chaque fois qu’ils tombent. La télécommande est lourde, sans compromis. Il la relève, baisse son pantalon et la prend sur ses genoux. Elle garde la tête baissée, le feu aux joues. Il laisse l’instrument sur le côté et reprend à la main. Elle se mordille les lèvres et murmure :

« Je ne sais pas pourquoi je fais toujours n’importe quoi… Pardon… Je suis nulle… »

Dépression. Elle pleure, elle gémit, elle crie. La leçon commence à rentrer. Il prend sa culotte, la baisse lentement. Elle ne proteste pas et lève le bassin pour lui faciliter la tâche. La fessée continue en silence, si ce n’est le bruit sec des claques sur ses fesses cramoisies. Finalement, il s’arrête. Il caresse ses fesses brûlantes, doucement.

« Je… »

Elle ne trouve pas ses mots.

« Oui, Julie ?

— Je suis désolée… Je la méritais… »

Acceptation.

Et moi ?

« Je m’ennuie…

— Vraiment ?

— Oui…

— J’ai presque fini, là, tu veux qu’on sorte après ?

— Peut-être…

— D’accord… Réfléchis quelques minutes, le temps que je finisse.

— Tu fais vite ?

— Oui, oui.

— Vraiment, hein ? Je m’ennuie…

— Ça irait encore plus vite si je pouvais me concentrer.

— Oui oui… »

Elle est assise sur le canapé. Elle prend un Télérama qui traîne —il travaille dans l’Éducation nationale. Elle a déjà lu les articles qui l’intéressent. Il n’y a rien de bien au cinéma. De toute façon, elle suit les recommandations inverses, en général. Elle le regarde travailler.

« Alors ? Fini ?

— Julie… Tu vois bien que non…

— Ben je ne sais pas…

— Ça ne fait même pas 5 minutes.

— Ça fait au moins 7 minutes.

— Ah ouais… Tu t’ennuies à ce point là ?

— Je t’ai dit…

— Il me reste dix copies.

— D’accord… Ça ne peut pas attendre ce soir ?

— Je préfère tout faire d’un coup.

— Tu es sûr ?

— Julie, ça suffit. Laisse-moi travailler et ça ira vite.

— Mais je m’ennuie…

— Oui bah j’ai bien compris, oui.

— Te fâche pas…

— On dirait une gamine là… “On est bientôt arrivééééé ?”

— Pffff… N’importe quoi…

— Tu me laisses travailler ?

— Oui…

— Merci bien.

Elle soupire doucement, la joue posée contre sa main. Elle regarde son téléphone. Pas de messages, rien de neuf sur facebook, le néant.

« Si je faisais des bêtises, tu t’occuperais de moi… »

Il soupire à son tour.

« T’abuses ; à t’écouter c’est comme si je t’abandonnais.

— Ben oui hein.

— Julie…

— Moui ?

— J’ai du travail.

— Ben je sais…

— Pas de bêtises.

— Ben non, t’as vu, je suis sage !

— On va dire ça.

— Ça veut dire quoi, ça ?

— Que tu ne me laisses pas travailler.

— Mais si…

— C’est ça, ton plan ?

— Mon plan ?

— M’empêcher de travailler jusqu’à ce que je me fâche ? Pour que je m’occupe de toi ?

— Mais non, enfin ! Pas du tout… Moi je suis sage comme une image… »

Il hausse un sourcil et retourne à son travail sans rien ajouter. Elle se lève et vient passer ses bras autour de lui, tendrement.

« J’aime bien te regarder travailler…

— Ah ? Du charme maintenant ?

— Ça marche ?

— Non.

— Pfff… Tu m’aimes plus ?

— Julie, s’il te plaît… »

Elle lui fait un bisou dans le cou et retourne s’asseoir sur le canapé. Elle boude. Il fait mine de ne rien voir. Au moins pendant ce temps-là, il est tranquille. Une copie de plus sur la pile des corrections. Elle se lève et quitte le salon. Son crayon court sur la copie suivante. Elle revient en petite nuisette et s’appuie doucement sur la table, devant lui, la bouche en cul de poule. Il lève les yeux, rougit un peu.

« Non mais Julie…

— Allez… Tu auras le temps plus tard !

— Il faut vraiment que ce soit fini pour demain…

— Après je ne t’embête plus, promis…

— Je t’ai dit non.

— T’es sérieux là ?

— J’ai l’air de plaisanter ?

— Mais…

— Réfléchis… Si je te punis, je te donne ce que tu veux, alors que si je termine mes corrections…

— T’es vraiment pas drôle.

— Va dans la chambre, prends un livre, je ne sais pas. Je fais vite et j’arrive;

— Alors là, tu rêves… J’ai plus envie de rien, je vais me changer.

— Comme tu veux.

Furieuse, elle repart dans la chambre sans un mot. Du silence, enfin. Les copies défilent une à une, et il n’en reste bientôt qu’une. Il la parcourt rapidement, relève quelques fautes mineures. Enfin terminé. Il range les copies et se lève pour aller voir ce qu’elle a pu imaginer comme bêtise pendant ce temps-là.

Il la trouve endormie sur le lit, portant toujours sa nuisette. Elle est tellement calme quand elle dort… Il pose un baiser sur son front et la laisse.

Elle se réveille vers 19h, vient le voir.

« T’as fini ?

— Ah bah oui, là c’est bon. Un peu tard pour sortir.

— Ah bah de toute façon je ne peux pas.

— Comment ça ?

— Ah bah j’ai plein de boulot pour demain, moi !

— Hein ?

— J’ai des dossiers à terminer, je suis à la bourre. »

Elle éclate de rire.

« J’avais la flemme… »

Il rit beaucoup moins et prend une spatule dans un des pots de la cuisine.

Les fesses brûlantes, le ventre vide, elle regarde l’heure. 23h. Il lui reste encore un dossier à compléter et il lui avait donné jusqu’à cette heure-là. Elle l’entend arriver. Résignée, elle se lève, se penche sur le bureau et relève sa nuisette. La spatule, elle n’aime pas. Mais au moins, il s’occupe d’elle.

Petite robe

« Julie, il faut vraiment qu’on y aille, là.

— Oui oui, deux secondes…

— Mais ça fait une demi-heure que je t’attends.

— Attends, j’ai presque fini.

— Je ne fais que ça, attendre…

— T’en fais pas, on sera pile.

— Ah non, à cette heure-ci ça va être galère…

— Mais non, ça va passer crème, tu vas voir…

— C’est bon ?

— T’en penses quoi ?

— Oui, c’est joli.

— Ah ouais…

— Quoi ?

— C’est tout ?

— Julie, ne commence pas…

— Non mais si t’aimes pas…

— Mais si ! Je t’ai dit que c’était joli.

— Oui, ‘fin, avec ce ton…

— Mais n’importe quoi… Allez viens, on y va. Tu prends le gâteau ?

— Non mais attends, vu que t’aimes pas je vais me changer, hein.

— Mais non ! »

Elle hausse un sourcil et repart dans la chambre sans rien dire.

« Julie, reviens ici tout de suite ! »

Elle claque la porte. Il roule des yeux et soupire. Il pose la bouteille qu’il tenait à la main sur le meuble de l’entrée et va à la porte de la chambre. Il frappe, doucement, et ouvre. La robe est par terre. Elle est en train de finir d’enfiler un vieux jean. Elle attrape une polaire qu’elle avait jeté sur le lit et l’enfile par-dessus le t-shirt qu’elle portait déjà aujourd’hui.

« Tu ne crois pas que tu abuses, là ?

— Quoi ?

— Ben on sort, quand même…

— Et ? On va chez Sophie et Alain, hein, pas chez Maxim’s.

— Mais elle était très bien ta robe.

— Non, j’ai l’air énorme dedans.

— Tu t’entends ? C’est quoi ce cliché à deux balles ?

— On y va ? Parce que là, on n’est pas en avance…

— Julie…

— Quoi ?

— Fais un effort, s’il te plaît.

— Ça veut dire que je m’habille comme un sac d’habitude ?

— Mais non…

— Non mais si môsieur a un sens du style si développé…

— Ça suffit, Julie… »

Elle fait un geste dédaigneux de la main et s’avance vers la porte. Il l’attrape par le poignet. Elle essaye de se dégager. Il la regarde dans les yeux. Elle lui retourne son regard.

« Change-toi.

— Non, c’est bon.

— Je ne te demande pas, je te dis.

— T’es chiant.

— Pardon ?

— Non mais c’est vrai, quoi…

— Un, tu surveilles ton langage ; deux, je t’ai dit qu’elle était bien ta robe, alors arrête !

— Ben t’avais tort, voilà.

— Bon… »

Il la tire vers lui et empoigne son jean. Il défait le bouton d’un geste sec, ouvre la fermeture éclair, et baisse le jean à mi-cuisses. Sans attendre, ni écouter ses protestations, il la coince sous son bras et lâche une volée de claques sur sa culotte. Elle se débat. Il la tient fermement et tire la culotte vers le haut, découvrant ses fesses encore relativement blanches.

« Arrête ! »

Il frappe de plus belle. Ses fesses, le haut de ses cuisses. Des claques rapides, impatientes. Le blanc devient vite rose sous ses attentions. Elle cède.

« Arrête… Arrête… Je vais me changer… »

Une dernière grosse claque en point final.

« Tu te dépêches…

— C’est toi qui perds du temps, là…

— Fichu pour fichu… Tu en veux encore ?

— Non, non… »

Il la laisse aller se changer. Une autre petite robe, la bleue qu’il aime bien.

« Tu n’auras pas besoin de ta culotte

— Tu abuses…

— Oui. »

Il sourit. Elle se penche pour l’enlever.

« Je ne l’aime pas, elle heurte mon sens du style, tu comprends…

— Pffff…

— Prête ?

— Ben…

— Quoi ?

— Cinq minutes, hein, il faut que je me remaquille, maintenant ! »