Envies

Elle en a envie. Là, maintenant. Elle veut qu’il la prenne. Sur ses genoux, d’abord. Qu’il retrousse sa courte robe d’été d’un geste sec. Pas de blabla, une punition dans les règles. Elle veut le sentir attraper sa culotte, la baisser aux genoux, puis ses mains couvrant ses fesses de claques entrecoupées de caresses. Elle veut sentir son pantalon se tendre sous elle, sous son ventre, alors qu’il la fesse sans merci. Elle veut entendre sa respiration se faire plus haletante, comme la sienne. Elle aime ses bras, ses mains qui peuvent être douces et dures à la fois. Elle aime être sur ses genoux, impotente, soumise. Elle veut qu’il la maintienne en position, qu’il lui prenne le poignet ou le bras, qu’il le lui coince dans le dos pour l’empêcher de protéger ses pauvres fesses. Elle aime savoir qui commande, qui mène la danse. Il lui passerait la main sur l’entrejambe, lui ferait un commentaire sur l’effet qu’il lui fait. Il en est fier, elle le sait. Elle ne peut pas s’empêcher, dès qu’elle est dans ses bras… Alors sur ses genoux…

Elle crierait, elle gémirait, elle le supplierait. Il n’en aurait rien à faire. Des claques bruyantes, des cris, des petits “nons”. Il continuerait. Longtemps. Elle veut du rouge, elle veut que ça marque, qu’elle le sente longtemps. Il la ferait se lever, admirerait son oeuvre. Il aime lui faire voir, devant le miroir, en photo. Un artiste, il est fier. Elle en a toujours le souffle un peu coupé — ce sont mes fesses ? Si rouges ?

Puis il l’allongerait sur le lit, le temps de défaire sa ceinture —la noire, la plus large, celle qui marque— et il la fouetterait jusqu’aux larmes. Elle sait que ça lui plaît, les larmes, même si ça n’arrive pas souvent. Il aime le goût salé quand il l’embrasse après. Elle sait que ça l’excite encore plus. Elle aime ses penchants.

Elle veut ses mains sur son corps, sur sa taille, ses hanches, sur ses seins nus, sa robe sur le sol de la chambre. Elle veut que sa bouche l’explore, elle le veut entre ses cuisses, sur elle, en elle. Elle veut sa peau contre la sienne. Hors de question qu’il garde sa chemise, elle veut pouvoir sentir sa peau, y enfoncer ses ongles. Elle veut sentir son souffle à son oreille, ses muscles qui se tendent, elle veut qu’il la serre, fort, elle veut le faire jouir.

Lui ? Il regarde le match. France-Pérou, puis l’Argentine après, apparemment. “Pas ce soir”, il lui a dit. Pfff…

Au coin

« Je reviens.

— Tu vas où ?

— Tu verras.

— Tu fais vite ?

— Tu verras…

— S’il te plaît… “

Nue, les mains sur la tête, elle attend. Elle n’ose pas bouger : la dernière fois, ça lui a valu une avalanche de coups sur ses fesses déjà endolories. Il l’a mise face au mur, devant une photo de leur mariage. C’est pas très sympa, ça lui rappelle toutes les promesses qu’ils se sont faites. Il va sans doute aller chercher un instrument quelconque… Il aime bien ça, la nouveauté. Elle a eu le droit aux classiques, ceinture, brosses, cuillères et spatules, même des chaussons et des tongs… La télécommande, une fois, quand elle n’arrêtait pas de zapper ; ça, elle n’a vraiment pas aimé. Enfin, c’est pas comme si le reste lui faisait envie… Ah, il y est allé à la règle aussi, en plastique, en bois… Il n’a pas osé le métal (et puis quoi encore !), mais le côté écolière, ça ne lui plaît pas trop. Enfin, les petites jupes, oui… mais de toute façon, les couettes ou les tresses, c’est hors de question, elle l’a prévenu.

Quoi d’autre ? Une raquette de ping-pong (ça va), un paddle en cuir (ça ne va pas), un martinet (bof), une cravache (perdue dans le déménagement, quel dommaaaaage)… Il n’a pas testé la canne encore. Elle n’y tient pas. Les gros paddles en bois, ça lui fait peur. C’est pas trop son style, lui, heureusement. Enfin, il dit ça mais au final… Il aime bien tester, quoi. Elle se demande ce qu’il va bien pouvoir trouver.

Il est long, pfff… Mais qu’est-ce qu’il fiche ? Même dans sa tête, elle ne dit plus “foutre”, ça lui a valu bien trop de passages sur ses genoux, ou même de claques impromptues dans la rue en attendant de régler ça en rentrant. Il est un peu à cheval sur la politesse. Elle trouve ça mignon. Ça la fait un peu suer parfois, aussi. Ah ça, les “purées” et les “mercredis”, elle est rodée. Au moins, quand ils auront des enfants…

Bon. Elle a mal aux bras. Elle voudrait tourner la tête, mais si ça se trouve, il est assis derrière, à attendre la faute… Il n’est pas méchant mais il veut qu’elle obéisse, et parfois, il la teste un peu. Avec la musique, elle ne l’entendrait pas… En même temps, c’est nul, le coin. Ça ne sert à rien. Enfin si, à la faire ch… suer. Elle est sûre qu’il aime ça, savoir que ça l’embête. Elle change d’appui. C’est peut-être ça sa technique ? Lui faire autant mal aux pieds qu’aux fesses ?

Les minutes passent. Elles sont longues. Elle a envie de chantonner. Elle a du Coldplay dans la tête. Fix you. C’est pas très gai. Elle change. Placebo, Pure Morning. C’est mieux. Ils les ont vus en concert, c’était bien cool mais ils ne l’avaient pas jouée. Elle était déçue. Mêmes dans ses pensées, elle zappe. Muse ? Non, pas d’humeur. Keane ? Elle aime bien, mais elle a trop entendu. Sixpence quelque chose… Kiss Me. Elle adore, et puis c’est de circonstance, elle aimerait bien des bisous, là. Elle ne peut pas s’empêcher de chantonner. Forcément, il choisit ce moment pour revenir.

« Ah bah ça va, je vois que ça ne dérange pas trop, le coin, finalement ?

— Pfff… Mais non, c’est pas ça…

— Il faudra que je t’y envoie plus souvent…

— Non non. »

Elle ne s’est pas retournée, elle résiste.

« Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

— Tu crois que je cherchais quelque chose ?

— C’était long…

— Boh, une dizaine de minutes…

— Tu plaisantes ? Ça fait dix mille ans que je suis là…

— Ah oui, quand même… Tu veux de la crème anti-ride ?

— Gna gna gna…

— Dis donc, toi ? C’est de l’insolence que j’entends ?

— Ah non ! C’est toi qui te moques… »

Elle l’entend s’approcher. Sa respiration s’accélère un peu, elle attend les claques. Elle ferme les yeux. Il passe ses bras autour d’elle, par derrière, et cale sa tête sur son épaule. Il lui embrasse le cou, tendrement. Elle baisse les bras, hésitante, et pose ses mains sur les siennes croisées. Elle ne dit rien et penche légèrement la tête vers la sienne. Elle est bien. Elle resterait comme ça pendant des heures. Dix mille ans. Rien que pour ces moments-là, le coin, ça vaut le coup.

Une lettre

Paris, le 14 juin

Mon chéri,

Je sais que je ne fais pas toujours tout comme il faut, loin de là. Je peux être impulsive, je peux être casse-pieds, je peux être fatigante, insolente, bordélique, un peu grossière parfois, j’oublie souvent des choses… Je sais que parfois, je te déçois ; parfois, je te fais honte ; parfois, tu es furieux contre moi ; parfois, je te rends juste triste ; parfois, tu dois te demander si je le fais exprès. Quand j’y pense, ça ne doit pas être facile tous les jours de me supporter, même avec mes bisous.

Et pourtant, tu restes, tu me grondes, tu me punis, tu me mets au coin, tu me donne des devoirs, tu me fesses —tu me fesses beaucoup, quand même—, tu me prives de dîner ou de culotte, tu me fais pleurer, tu me fais regretter mes bêtises. Tu t’occupes de moi, au final ; tu en as quelque chose à faire, et tu me rends meilleure de jour en jour. Tu ne te rends pas compte d’à quel point j’en ai besoin, de tout ça, et d’à quel point je t’en suis reconnaissante.

Alors, je voulais juste te remercier d’être là pour moi, de ne pas m’abandonner. Je me plains sans doute beaucoup, mais tu es patient avec moi, sévère quand j’en ai besoin, tendre quand il faut, et un peu des deux au quotidien. À ta place, je serais partie depuis bien longtemps, j’aurai trouvé une petite nana sans histoires qui ne te ferait pas tourner chèvre, qui ferait mieux la cuisine, qui oserait tout au plumard, qui ne laisserait pas traîner ses affaires partout… Le rêve, quoi. Mais toi, tu restes. Tu restes et, quand tu m’as assez punie, tu me prends dans tes bras . Tu me dis que tu m’aimes, tu me dis même que tu es fier de moi.

Merci, mon chéri, merci d’être exactement l’homme dont j’ai besoin, merci de me faire faire des efforts tous les jours. Je veux que tu sois fier de moi, je veux que tu sois content, et je te promets que je ferais toujours de mon mieux, même s’il y aura des accidents et des petits détours sur la route. 

Je t’aime.

Julie

 

p.s. : j’ai fait une bêtise, mais je crois que tu ne m’en voudras pas trop d’avoir un peu explosé le budget lingerie ce mois-ci… Tu verras, c’est de la dentelle, c’est noir, et ça ira très bien avec du rouge vif en dessous…

Désobéissance

Il marche d’un pas rapide, le visage fermé, la traînant presque par la main. Clairement, il est fâché. Elle trottine sur ses talons en priant à chaque pas de ne pas se tordre une cheville.

«  S’il te plaît…

— Alors là, non, tu rêves.

— Mais c’est pas si grave…

— Quand je te dis de faire quelque chose, tu le fais.

— Mais j’aime pas…

— Et ? C’est toi qui décides de tes punitions, maintenant ?

— Non, mais…

— Mais quoi, Julie ?

— Mais j’aime pas…

— Et c’est peut-être le but, tu ne crois pas ?

— Oui bah j’aime pas…

— J’ai compris ça, oui.

— Te fâche pas…

— Je suis déjà fâché.

— Oui mais faut pas…

— Tu me désobéis et tu penses que je ne vais pas être fâché ?

— Si mais…

— Mais ?

— Mais c’est juste une culotte…

— Je t’ai dit quoi avant de partir ?

— De ne pas en mettre…

— Il me semble même que je te l’ai enlevée.

— Oui…

— Et toi, tu es allée la remettre derrière mon dos.

— Je ne pensais pas que tu remarquerais…

— Ah bah ça aura duré un petit moment…

— Si tu n’avais pas les mains baladeuses, aussi…

— Pardon ?

— Non mais ça, je ne me plains pas…

— Et donc, tu pensais juste que je n’allais pas remarquer ? Tu comptais faire quoi en rentrant, t’éclipser vite fait pour l’enlever ?

— J’avais pas réfléchi jusque-là…

— Tu n’as pas réfléchi…

— Non…

— C’est peut-être le problème… »

Ils sont de retour devant la porte de l’immeuble. Un coup de badge plus tard, ils sont dans le hall. La porte se referme bruyamment derrière lui.

« Tu l’enlèves.

— Quoi, maintenant ? Ici ?

— Maintenant.

— T’es fou ?

— Tu vas me désobéir une deuxième fois ?

— Non, mais…

— Mais rien du tout. Maintenant.

— Mais si quelqu’un descend ou quoi ?

— Tu préfères qu’ils tombent sur une fessée ?

— Parle pas si fort !

— Je vais compter jusqu’à trois.

— Non, non, c’est bon… »

Elle se penche et, soulevant sa jupe le moins possible, fait glisser sa culotte le long de ses jambes. Elle a le feu aux joues. Elle lui fait passer ses pieds et lui la tend.

« Voilà… On peut ressortir, maintenant ?

— Non.

— Hein ? Mais… »

Il pointe l’ascenseur du doigt.

« On a deux-trois choses à régler avant.

— On pourra faire ça en rentrant…

— On est rentré, là.

— Non, s’il te plaît… Je serai super sage, et j’ai pas de culotte, déjà.

— Comme ça devait être quand on est sorti.

— Tu ne vas pas me faire me balader avec les fesses rouges, en plus…

— Ce ne sera pas la première fois.

— Moui… Mais là…

— Tu n’avais qu’à obéir. »

Il appuie sur le bouton d’appel. Les portes s’ouvrent et il l’y emmène, la tenant par le bras. Déjà qu’en temps normal, les ascenseurs, elle n’aime pas trop ça… Elle n’en mène pas large. D’autant moins que les claques commencent déjà à tomber par-dessus sa jupe. Elle gémit, priant intérieurement pour que personne n’ait appelé l’ascenseur aux étages. Elle est sûre que tout l’immeuble entend le bruit des claques. Pourvus qu’ils soient tous chez eux, à écouter du hard-rock très, très fort. Avec sa fine jupe comme seule protection, elle sent que ses fesses sont déjà en train de rougir. Les portes s’ouvrent. Personne dans le couloir. Elle pousse un soupir de soulagement.

Il ferme la porte de leur appartement derrière eux et la mène jusqu’à la chambre. Sa brosse à cheveux est restée sur sa table de nuit. Il s’assoit sur le lit et lui indique ses genoux. Elle s’y love sans résister, soulève même sa jupe, espérant un peu de clémence. Le bois froid soulage très temporairement ses fesses déjà endolories. Il lève la brosse.

Une fois au coin, les mains sur la tête, des larmes coulant encore sur ses joues, les fesses comme un pivoine, elle l’entend approcher.

« Sur les sites que tu m’as montré, là…

— Oui ?…

— Ça a l’air assez commun, les plugs, ce genre de choses…

— Moui… Peut-être…

— Il paraît même qu’on peut sortir se balader avec. »

Elle rougit, se mord la lèvre et tourne la tête vers lui. Il a un grand sourire.

« Sans la culotte, ce sera déjà assez, je t’assure…

— Tu as voulu te ficher de moi, je ne vais pas laisser ça passer.

— Mais tu m’as punie…

— Oui, et donc je peux espérer que tu ne désobéiras plus ?

— Oui…

— Donc on va ressortir, et on va aller faire un petit tour dans un sex-shop, te trouver un joli petit cadeau.

— Très, très petit… S’il te plaît… »

Sage

Elle le regarde et murmure :

« J’ai été très sage cette semaine…

— Oui… C’est vrai.

— J’ai pas fait de bêtises.

— Non-non, c’est vrai.

— Et j’ai pas dit de gros mots.

— Oui, c’est bien.

— Et j’ai pas grignoté.

— En plus !

— Et j’ai fait attention aux dépenses.

— Oui, Julie, tu as été très sage, je sais ça.

— Tu es fier de moi, hein ?

— Oui, très fier, tu le sais bien. J’adore quand tu fais des efforts comme ça. »

Il l’embrasse tendrement, sa main posée sur sa nuque. Il la remonte et lui caresse doucement les cheveux.

« Il y a une raison pour laquelle tu me dis tout ça ? »

Elle détourne les yeux. Ses joues sont rouges.

« Non-non, je voulais juste des compliments et des bisous…

— Julie…

— Oui, mon cœur ?

— Tu ne sais pas mentir.

— Ah oui ? Pourquoi tu dis ça, mon chéri ?

— Parce-que je vois bien, là… »

Elle garde les yeux au sol.

« Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu ne me caches rien ? »

Elle lève la tête et le regarde en se mordillant la lèvre.

« J’ai été sage…

— Promis ? »

Elle continue de le regarder, sans rien dire. Il scrute ses yeux gris-bleus.

« Julie ? Promis ?

— J’ai été sage…

— C’est pas ce que je te demande, là.

— Je sais…

— Qu’est-ce que tu as fait ? »

Silence à nouveau.

« Je finirai bien par savoir, et ce sera pire, donc dis-moi tout de suite…

— Mais ça compte, que j’aie été sage toute la semaine, hein ?

— Julie !

— Oui, oui, bon…

— Je t’écoute ?

— J’ai peut-être un peu oublié de faire ma déclaration de revenu…

— Un peu oublié ?

— Et…

— Ah ce n’est pas tout ?

— Non…

— Vas-y ?

— Je n’ai toujours pas pris de rendez-vous chez le podologue comme tu m’avais dit…

— Mais c’est pas possible… Ça fait trois semaines !

— Pardon…

— Rien d’autre, j’espère ?

— Ben…

— Tu te fiches de moi ?

— Non…

— Quoi, alors ?

— J’ai pas rappelé Sylvie pour le 29, là…

— On ne peut pas te faire confiance, vraiment…

— Non, dis pas ça…

— Ah bah je constate ?

— Je fais des efforts…

— Oui, sur certaines choses…

— Je le ferai demain, je te promets.

— C’est toujours demain avec toi.

— Je le ferai… »

Il soupire. Elle détourne le regard, fais une petite moue.

« Et puis euh…

— C’est une blague ? Il y a autre chose encore ?

— Moui…

— Je rêve…

— J’ai eu ma mère au téléphone…

— Ah non !

— Ben…

— Ah non, non, non…

— C’est juste pour une semaine…

— Une semaine ?!

— Je sais mais bon…

— Attends, tu te souviens de la dernière fois ? Le weekend, là ?

— Oui, je sais…

— Pffffff….

— Sois pas fâché…

— Donc, je récapitule : tu n’as toujours pas fait ta déclaration, tu n’as pas pris ton rendez-vous, tu n’as pas rappelé Sylvie, et en plus tes parents vont venir passer la semaine, c’est bien ça ?

— C’est ça… Mais…

— Mais ?

— Ben sinon j’ai été sage, hein ! »

Il pointe la table du doigt. Elle n’en rajoute pas et va s’y pencher. Elle entend le déclic de sa ceinture, le cuir qui frotte le tissus, la boucle qui tinte. Les premiers coups font déjà mal, même à travers le jean, des tisons qui viennent lui brûler les fesses. Elle ferme les yeux et serre les dents. Une dizaine de coups, son pantalon descend à ses chevilles, sa jolie culotte noire —elle est neuve— l’y rejoint.

Elle sent le cuir froid qui lui caresse les cuisses, les fesses. Les coups reprennent. Elle serre la nappe dans ses poings pour ne pas crier. Ce n’est pas suffisant. Elle a du mal à tenir en place, à ne pas mettre ses mains pour se protéger. Elle sait que ça ne ferait que l’énerver plus. Une pause. Elle se rend compte qu’elle retenait sa respiration et laisse échapper un long soupir. Sa respiration est haletante. Elle n’ose pas lui demander si c’est fini. Le coin, elle ne va pas y couper, elle le sait déjà. Elle a mal. Elle a honte. Elle sent qu’elle aura des bleus.

La boucle tinte et les coups s’abattent de nouveau. Ses fesses ne sont que douleur. Il frappe ses cuisses. Une fois. Deux fois. Elle n’en peut plus. Trois fois. Il s’arrête.

« Il faut que je te dise que je suis déçu ?

— Non, je le sais…

— Et ça te plaît ?

— Non… Tu sais bien que non…

— J’étais fier de toi…

— Je sais… Pardon…

— Ce n’est pas des excuses que je veux…

— Tu veux des bisous ?…

— Tu crois que c’est le moment ?

— Je suis vraiment désolé… Je te demande pardon… »

Elle se retourne vers lui et tente de l’embrasser. Il détourne la tête. Ça lui fait encore plus mal que les coups de ceinture.

« Ne me fais pas ça… »

Elle lui caresse la joue. Il tourne la tête vers elle. Il regarde ses grands yeux remplis de larmes. La ceinture tombe au sol et il l’embrasse tendrement, la serre dans ses bras.

« Merci…

— Quand même… T’abuses…

— Mes parents ?

— Surtout, oui…

— Je sais mais…

— Mais ?

— Je serai super sage ! »

Respect

Elle mordille le bout de son stylo en réfléchissant à ce qu’elle écrit. Les fesses brûlantes, elle a du mal à se concentrer. Il est vache, quand même, comme si la fessée ne suffisait pas. “Le respect d’autrui passe par le respect de soi”. C’est pas une punition, ça, c’est un sujet de philo. Elle soupire. Mille mots, il lui a dit ; et puis quoi encore ? Il voudrait des citations, le monsieur ? C’est loin, la Terminale, pffff…

Mais elle n’ose pas protester, de peur qu’il lui prenne l’envie de mettre un paillasson sur la chaise ou une autre idée tordue comme celle-là. Déjà que là, elle n’a que son t-shirt sur elle. Elle le sent bien, le bois de la chaise. Au moins, c’était frais quand elle s’est assise, ça l’a soulagée, un peu. Au lieu d’écrire, elle compte les mots qu’elle a. Deux cent treize. Elle n’est pas rendue. Elle gigote sur sa chaise sans trouver de position confortable. Il n’y a pas été de main morte. Enfin ça, il y va rarement, cela dit. Il n’est pas méchant, mais il ne faut pas le chercher. Et là… elle l’a bien cherché…  Lui comme la punition, d’ailleurs.

Mais quand-même, il abuse ! Surtout qu’elle le connaît, il va chercher la p’tite bête, il ne laissera rien passer. Il va prendre un crayon aussi rouge que ses fesses, à elle, et il va se faire une joie de chercher les petites fautes, les incohérences… Il faut être un peu sadique pour être prof, elle en est sûre.

Le respect de soi… Elle ne voit pas le rapport avec la correction qu’elle s’est prise. Le respect d’autrui, bon… Mais ce n’était pas méchant, il sait bien qu’elle trouve ça mignon, ses petites poignées d’amour. Dominant, dominant, il a l’égo fragile, parfois, quand-même. C’est bien les hommes, ça… Bon, c’est vrai qu’elle a insisté… Un peu… Elle aurait peut-être pu éviter de le titiller avec un crayon… Pendant qu’il travaillait… À plusieurs reprises… Mais elle ne voit toujours pas le rapport.

Six cent deux mots. Bon. Pour respecter les autres… Il faut les voir comme des personnes à part entière… Et il faut les traiter comme on voudrait l’être, la fameuse règle d’or. Et donc… Si on se respecte soi-même et qu’on traite les autres comme on voudrait qu’on soit traité, logiquement, ça marche. M’enfin, on peut très bien être respectueux envers les autres sans forcément s’apprécier soi-même, hein ! Et on peut trouver certaines personnes supérieures à nous-mêmes. Ou c’est peut-être plus de l’admiration que du respect, dans ce cas-là ?Rhaaaa, elle sait qu’il aime bien couper les cheveux en quatre, mais là, quand même… Elle se frotte les fesses et gémit doucement. Et le respect pour son postérieur, hein ? Là, y a plus personne. Elle va le marquer, tiens, ça le fera peut-être rire. Ou pas… C’est le risque… Boah, de toute façon, il ne lui fera rien de plus barbant que ça.

Huit cent quatre-vingt-seize. Elle y est presque. Elle l’entend siffloter dans la cuisine. Les lacs du Connemara. Aucun respect pour les oreilles non plus, apparemment. Elle relit ce qu’elle a écrit pour la cinquantième fois. Finalement, les fessées, c’est pas si mal, au moins ça passe relativement vite. Puis elle est bien sur ses genoux, et elle sait l’effet que ça lui fait, de la punir. En général, il est tendre après. Au pire, elle passe dix minutes au coin, mais elle a toujours le droit à un câlin. Là… Ça va faire un heure et demie qu’elle est sur sa chaise, et rien.

Mille. Pas trop tôt… Elle a vraiment la flemme de se relire encore. Elle se lève en grimaçant et va le voir, sur la pointe des pieds. Elle lui tend les feuilles et tire sur son t-shirt dans le vain espoir de préserver le peu qui lui reste de dignité. Avec un sourire, il prend les feuilles et les jette directement à la poubelle. Elle le regarde, bouche bée.

« Mais…

— Oui ? Un commentaire, Julie ?

— Tu ne lis même pas ?

— Ce qui m’intéresse, c’est que tu aies réfléchi.

— Ben j’aurais pu réfléchir allongée sur le canapé pendant que tu me passais de la crème, hein…

— Là au moins je suis sûr que tu as fait ça bien.

— Et le respect pour mon travail ? Franchement…

— Oui ?

— Ben j’ai bien travaillé, j’ai été sage…

— Ah ? Tu crois ?

— Oui.

— Et c’est agaçant quand on te manque de respect ?

— Oui…

— Tu as l’impression que j’en ai rien a faire, de ton travail ?

— Ben… Oui…

— Et tu vois où je veux en venir ?

— Oui… je ne t’embêterai plus pendant que tu bosses.

— Et ?

— Je ne me moquerai plus de tes petites poignées d’amour trop chou que j’adore…

— Mouais…

— Je peux avoir mon câlin maintenant ?

— Oui, viens…

— Et de la crème ?

— D’accord…

— Et du chocolat ?

— Julie…

— Je me respecte, tu vois, je sais ce que je veux.

— Je vois ça…

— Et tu sais ce que je veux d’autre ?

— Dis-moi ? »

Elle l’embrasse, les mains posées sur ses hanches. Elle ne peut pas s’empêcher, elle les lui pince un peu. Il lui claque les fesses tout de suite, sans cesser de l’embrasser. C’est mieux que les textes à la noix, quand même…

Petite robe

« Julie, il faut vraiment qu’on y aille, là.

— Oui oui, deux secondes…

— Mais ça fait une demi-heure que je t’attends.

— Attends, j’ai presque fini.

— Je ne fais que ça, attendre…

— T’en fais pas, on sera pile.

— Ah non, à cette heure-ci ça va être galère…

— Mais non, ça va passer crème, tu vas voir…

— C’est bon ?

— T’en penses quoi ?

— Oui, c’est joli.

— Ah ouais…

— Quoi ?

— C’est tout ?

— Julie, ne commence pas…

— Non mais si t’aimes pas…

— Mais si ! Je t’ai dit que c’était joli.

— Oui, ‘fin, avec ce ton…

— Mais n’importe quoi… Allez viens, on y va. Tu prends le gâteau ?

— Non mais attends, vu que t’aimes pas je vais me changer, hein.

— Mais non ! »

Elle hausse un sourcil et repart dans la chambre sans rien dire.

« Julie, reviens ici tout de suite ! »

Elle claque la porte. Il roule des yeux et soupire. Il pose la bouteille qu’il tenait à la main sur le meuble de l’entrée et va à la porte de la chambre. Il frappe, doucement, et ouvre. La robe est par terre. Elle est en train de finir d’enfiler un vieux jean. Elle attrape une polaire qu’elle avait jeté sur le lit et l’enfile par-dessus le t-shirt qu’elle portait déjà aujourd’hui.

« Tu ne crois pas que tu abuses, là ?

— Quoi ?

— Ben on sort, quand même…

— Et ? On va chez Sophie et Alain, hein, pas chez Maxim’s.

— Mais elle était très bien ta robe.

— Non, j’ai l’air énorme dedans.

— Tu t’entends ? C’est quoi ce cliché à deux balles ?

— On y va ? Parce que là, on n’est pas en avance…

— Julie…

— Quoi ?

— Fais un effort, s’il te plaît.

— Ça veut dire que je m’habille comme un sac d’habitude ?

— Mais non…

— Non mais si môsieur a un sens du style si développé…

— Ça suffit, Julie… »

Elle fait un geste dédaigneux de la main et s’avance vers la porte. Il l’attrape par le poignet. Elle essaye de se dégager. Il la regarde dans les yeux. Elle lui retourne son regard.

« Change-toi.

— Non, c’est bon.

— Je ne te demande pas, je te dis.

— T’es chiant.

— Pardon ?

— Non mais c’est vrai, quoi…

— Un, tu surveilles ton langage ; deux, je t’ai dit qu’elle était bien ta robe, alors arrête !

— Ben t’avais tort, voilà.

— Bon… »

Il la tire vers lui et empoigne son jean. Il défait le bouton d’un geste sec, ouvre la fermeture éclair, et baisse le jean à mi-cuisses. Sans attendre, ni écouter ses protestations, il la coince sous son bras et lâche une volée de claques sur sa culotte. Elle se débat. Il la tient fermement et tire la culotte vers le haut, découvrant ses fesses encore relativement blanches.

« Arrête ! »

Il frappe de plus belle. Ses fesses, le haut de ses cuisses. Des claques rapides, impatientes. Le blanc devient vite rose sous ses attentions. Elle cède.

« Arrête… Arrête… Je vais me changer… »

Une dernière grosse claque en point final.

« Tu te dépêches…

— C’est toi qui perds du temps, là…

— Fichu pour fichu… Tu en veux encore ?

— Non, non… »

Il la laisse aller se changer. Une autre petite robe, la bleue qu’il aime bien.

« Tu n’auras pas besoin de ta culotte

— Tu abuses…

— Oui. »

Il sourit. Elle se penche pour l’enlever.

« Je ne l’aime pas, elle heurte mon sens du style, tu comprends…

— Pffff…

— Prête ?

— Ben…

— Quoi ?

— Cinq minutes, hein, il faut que je me remaquille, maintenant ! »

Aïe

« Oh pu—

— Julie !

— …rée…

— Mieux… Fais attention, je te l’ai déjà dit.

— Oui, ben je me suis fait mal, tu t’en fous ?

— Non, je ne m’en fiche pas… Ça va ?

— Oui…

— Qu’est ce que tu t’es fait ?

— Je me suis cognée le pied.

— D’accord…

— Quoi ?

— Je ne sais pas, tu as l’air fâchée.

— Ben oui !

— Ah…

— Je me suis fait mal et toi tu ne penses qu’à me punir…

— Rhooo, mais non…

— Ah si, si…

— Non, je te dis…

— De toute façon t’aimes ça, que j’aie mal, non ?

— Non…

— Ah oui ? Tu aimes juste quand c’est toi qui me fais mal ?

— Euh… C’est pas ça…

— Bah ? C’est un peu ça, non ?

— Mais non… Moi j’aime quand tu t’améliores, quand tu fais de ton mieux… Si je te punis, c’est juste pour que tu sois meilleure.

— Oui, oui, c’est pour mon bien…

— Ben qu’est ce que t’as, là ?

— Rien, rien.

—Ah oui, ce genre de rien…

— Pffff…

— Ah bah pffff, oui… »

Elle fait la moue et regarde son téléphone. Il n’en rajoute pas. Il termine de lire l’article qu’il parcourait. Décidément, ça ne s’améliore pas, Trump. Ces amerloques, quand même… Il la regarde. Elle tire la tête, et elle le fait bien savoir. Il n’y a que son pouce qui bouge —tap, tap, tap, ça défile. Elle a les sourcils froncés, toujours une moue à la bouche.

« Mais ça va, ton pied, quand même ?

— Moui…

— Mais, dis-moi…

— Oui ?

— La douleur… Tu aimes bien, non ?

— Ah ouais, ça m’excite carrément de me cogner le pied. Je vais devoir aller changer de culotte là…

— Arrête…

— Ah mais non, mais je te dis. Tu devrais te méfier ; le pied de la table, là, il me fait de l’effet…

— Julie…

— Et puis le buffet, oh là là…

— Julie !

— … »

Elle retourne à son téléphone. Il se lève et va s’asseoir à son côté, sur le canapé.

« Julie… »

Elle ne le regarde pas —tap, tap, tap.

« Fais pas la tête… »

Tap, tap, une pause, « j’aime », tap, tap. Il lui pose un léger baiser sur l’épaule.

« Ah, j’ai quand même droit à un bisou ?

— Oh bah arrêtes, tu fais comme si j’étais tout le temps à te gronder.

— Non mais… Un peu, hein…

— Oh ? Tu penses vraiment ça ?

— Ben moi j’aime bien aussi quand tu me fesses juste comme ça…

— Pour le plaisir, tu veux dire ?

— Ben oui… »

Il lui caresse les cheveux, doucement.

« Tu crois que je fais ça mieux que le buffet ?

— Ah bah je ne sais pas, hein… Ça fait longtemps… »

Elle pose sa tête sur son épaule. Elle adore son parfum. Elle ferme les yeux.

« Tu veux ?… »

Elle ne répond rien et s’allonge sur ses genoux, les fesses légèrement relevées, comme une invitation.

« ‘Chais pas… Essaye, pour voir ? »

Il lui caresse les fesses, les jambes.

« ‘Pepep, on ne profite pas !”

Il lui claque les fesses, doucement.

« Bon ben je vais appeler le buffet, hein… »

La claque suivant la fait bondir un peu.

« Ah, c’est mieux, ça…

— Oui ? Comme ça ? »

Une autre, puis une autre, il enchaîne, un peu plus fort, un peu plus vite. Elle sourit et se mord légèrement la lèvre.

« C’est mieux… »

Il continue sur sa lancée, alternant fessées et caresses, des volées rapides et des claques plus appuyée. La jupe est relevée. Il continue. Le rose devient plus rouge. La culotte se retrouve à ses chevilles. Il l’entend gémir doucement, sa respiration est plus haletante, plus forte. Elle tourne la tête et lui jette un regard qui en dit long. Elle en veux encore. Elle écarte légèrement les jambes, lève ses fesses pour mieux se les faire rougir. Elle serre le coussin du canapé plus fort. Il continue, le sourire aux lèvres.

Elle regarde le plafond. Il est bien plus tard. Ils sont nus, sur le lit. Elle sourit. Elle a mal aux fesses, et elle ne peut pas s’arrêter de sourire. Elle ne le voit pas. Elle l’entend respirer près d’elle. Elle aime son parfum. Ses mains. Ses yeux. Elle aime tout chez lui, elle aime ce qu’il lui fait. Elle aime qu’il en ait quelque chose à ficher d’elle, de son comportement, de ses bêtises. Elle aime qu’il soit fier d’elle.

Elle soupire de plaisir et se lève pour aller aux toilettes.

Le pied du lit. Un amant de plus.

« Ah fait ch… »

Facture

«Juliiiiie ?

— Quoooooooi ?

— Viens par ici.

— Pourquoooooi ?

— Viens ici.

— C’est urgent ?

— Viens !

— Bon… Oui, quoi ?

— C’est quoi, ça ?

— Ben une enveloppe ? Mystère résolu ! Tu m’excuses, mais j’ai mon livre là et…

— Et dans l’enveloppe, il y a quoi ?

— C’est toi qui l’as, hein… »

Il soupire et retire les papiers de la fameuse enveloppe. Il les lui les tend.

« Ah… Ça…

— Oui, je t’écoute ?

— Ben tu sais, je t’avais dit…

— Tu m’avais dit ? Mais encore ?

— Ben… Lafacturedugazenretarddumoisdernier

— Pardon?

— C’est le gaz…

— Quoi le gaz ?

— La régularisation… Tu sais ?

— Encore ? C’est réglé depuis longtemps ça…

— Non… »

Elle baisse la tête, se mord nerveusement la lèvre. Elle n’ose pas le regarder, il est furieux et elle le sait.

« J’ai complètement zappé…

— Tu as zappé.

— Bah… Oui…

— Donc quand je te l’ai rappelé la dernière fois et que tu m’as dit « oui oui c’est bon »…

— Mais je voulais vraiment le faire… C’est juste que…

— Que quoi ?

— Ben j’ai été distraite…

— Julie, c’était déjà un rappel !

— Je sais… Pardon…

— Pardon, ça ne paie pas les factures…

— Non mais… euh… Les fessées non plus ?

— Bien essayé…

Il n’a pas besoin d’en dire plus ; tête baissée, elle remonte jusqu’à la chambre pour en redescendre sans son jean, sa brosse à cheveux à la main. Elle la lui tend avec un regard suppliant. La brosse, elle déteste ça, surtout celle-là, d’ailleurs. Le bois, comme ça, la rigidité, ça lui met les fesses en feu dès le premier coup. Et ça marque, de beaux bleus qui lui durent quelques jours. Mais ce n’est pas la première fois, et elle se penche sur le dossier du canapé sans broncher. Il pose la facture sur un coussin devant son nez.

« Lis-moi ce qu’il y a marqué.

— Tout ?

— Commence là.

— Rappel… »

*CLAC!* Il commence déjà.

« Régularisation annuelle… »

*CLAC!*  *CLAC!*  Il continue, ponctuant chaque mot d’un coup sec de la lourde brosse. Elle sent les larmes qui monte, et sa vision se brouille un peu.

« Je dois vraiment tout lire ?

— Lis-moi le chiffre en gras à la fin.

— Mais c’est un nombre…

— Quoi ?

— Ben… Les chiffres c’est juste de zéro à neuf et…

Une volée de coup l’interrompt.

« Lis *CLAC!* moi *CLAC!*  le *CLAC!*  nombre *CLAC!* à *CLAC!*  la *CLAC!* fin ! »

Elle hurle, « Aïe ! Aaaaaïe ! Pardon ! Pardoooon ! Trois cent aaaïe quatre-vingt-treeeizaaaaïe !

— Ah, bah voilà, c’est mieux !

— Tu ne vas pas faire ça, hein ?

— Ah si.

— Non non, c’est beaucoup trop, je ne suis pas maso à ce point-là !

— Tu comptes.

— Non… J’aime pas… S’il te plaît…

— C’est pas fait pour te faire plaisir !

— Mais je suis nulle pour ça… S’il te plaît…

— C’est comme pour les factures, tu vas apprendre…

— Juste les chiffres ? C’est bien, déjà, non ?

Il lève les yeux au ciel et ne répond pas. Il pose la brosse à plat contre ses fesses déjà rougies. Elle frissonne et ferme les yeux. Les dix premiers coups ne se font pas attendre ; elle les énumère un à un. Une pause. Dix de plus, tous du même coté. Elle serre les dents. Dix autres, il aime la symmétrie.

« Trente !

— Ça commence à rentrer ?

— Je ne sais pas exactement de quoi tu parles mais oui, oui, promis, c’est rentré…

— Elle part aujourd’hui, la facture.

— Oui… Promis… »

Elle s’essuie le coin des yeux du plat de la main.

« J’essaye, tu sais…

— Vraiment ?

— Mais… Oui… »

Les larmes reviennent, plus que la honte, plus que la douleur, c’est cette simple question qui la fait pleurer. Bien sûr qu’elle essaye. Elle fait de son mieux, elle veut qu’il soit fier d’elle. Dans ce « Vraiment ? », elle entend toute sa déception. Elle pleure, elle murmure des « Je fais ce que je peux …»

Il la relève et la serre dans ses bras, sans rien dire. Sa colère s’évapore ; il lui caresse doucement les cheveux. Elle pleure dans sa chemise. Son mascara soi-disant waterproof —bien trop cher— ruine sans doute la chemise pour de bon. Il s’en fiche.

« Je sais que tu fais des efforts… »

Elle ne répond pas. Elle n’y arrive pas. Il lui répète.

« Je sais que tu fais des efforts… Et je suis fier de toi, en général, tu sais ?»

Elle renifle.

« C’est vrai ? »

Il sourit et passe la main dans ses cheveux.

« Tu sais bien que tu es la championne du monde des sales gosses…»

Elle  lui donne un petit coup de poing sur le torse et sourit malgré elle. Elle est bien, là, contre lui.

Enfin, elle a mal au fesse, quand même. Pas étonnant que les factures, on appelle ça des “douloureuses”…

Habitudes

Pour une petite fée de passage

« Le problème, Julie, c’est l’attitude.

— Comment ça, l’attitude ?

— Eh bien, ton attitude, en général.

— Ouais bah qu’est ce qu’elle a, mon attitude en général ? »

Il soupire.

« Bah quoi ? » dit-elle avec un léger mouvement de tête.

« Ça, justement, cette façon de répondre, ça frôle l’insolence…

— Ça frise l’insolence, tu veux dire ? » Elle rigole, « En bon français ? »

Il ferme les yeux. Sa machoire se crispe. Elle lève les yeux au ciel.

« Pardon… Tu disais ?

— Tu sais très bien ce que je disais.

— L’attitude…

— L’attitude, oui, le comportement…

— Ah mais non, l’attitude et le comportement, ce n’est pas la même chose…

— Ne commence pas…

— Oui bah… Je suis déjà sur tes genoux, alors…

— Justement, oui, ça devrait t’inciter à rester sage.

— Mais je suis sage.

— Et donc c’est par hasard que tu es sur mes genoux, ta culotte a mi-cuisses ? »

Elle fait la moue et pose la tête sur le dos de sa main. Elle marmonne quelque chose.

« Quelque chose à dire ?

— Non…

— Tu es sûre ?

— …

— Pas un petit mot d’excuse ?

— Je suis désolée ? Ça va ça ? Niveau attitude ? Oui ? »

La claque la fait bondir, sèche, dure. Ses fesses sont déjà cramoisies, et malgré son air bravache, elle commence à bien la sentir, la punition. Il n’attend pas et lui en colle une autre, exactement au même endroit. Une troisième, une quatrième. Il est vraiment fâché, ce coup-ci. Sa main s’abat plus bas, sur ses cuisses. La douleur est cinglante.

« Non ! Pas là… »

Elle jette son bras en arrière dans le vain espoir de se protéger. Il le lui attrape et le lui coince dans le dos. Les claques pleuvent sur ses cuisses. Les larmes perlent au coin de ses yeux.

« S’il te plaît… »

Il arrête un instant et relâche son bras.

« Je t’écoute ?

— Je suis désolée… Vraiment…

— Et pourquoi es-tu désolée ?

— Ben parce que j’ai mal, là… »

Il lui flanque une dizaine de claques de plus à pleine main.

« De quoi es-tu désolée, Julie ?

— Ah tu vois, c’est mieux…

— Tu en veux encore ?

— Non ! Non, non… Pardon…

— Donc ?

— Je suis désolée d’être pénible…

— Et ?

— Et je ferai des efforts ? Pour mon attitude…

— Et ton comportement, tant qu’à faire…

— Oui oui… Promis…

Il a l’habitude d’entendre ça. Elle le dit sincèrement à chaque fois, il en est certain, ce qui ne l’empêche pas de se retrouver régulièrement sur ses genoux. Il jette un regard approbateur à ses fesses uniformément rougies, le regard averti d’un amateur du travail bien fait.

« Bon, je crois que tu sais ce qui t’attends ?

— S’il te plaît… J’aime pas ça…

— Et c’est bien pour ça que tu y vas.

— Mais je suis désolée ! Promis, j’ai bien compris la leçon…

— Et moi je veux qu’elle reste, la leçon que tu as compris… Alors, au coin.

— …

— Quoi ?

— La leçon que j’ai comprise, tu veux dire ? Non ?