Réveil

Elle éteint le réveil qui sonne sur son portable en grommelant et repose la tête sur son oreiller. Elle n’est pas du matin. Elle se retourne vers lui. Il  la regarde et passe sa main sur sa joue.

« Bonjour, toi… »

Elle fait une petite moue.

« Hmm… J’ai pas envie…

— T’as pas envie ?

— De me lever…

— Il va bien falloir…

— Ou alors… On peut rester là, tous les deux ?

— Ah oui, tu crois ?

— Oui… J’ai pas envie aujourd’hui… »

Il sourit.

« Tu n’as jamais envie de te lever, en même temps…

— Pfff… »

Elle se retourne vers sa table de nuit et prend son portable.

« Julie…

— Oui, je vais me lever… Juste deux minutes…. »

La première claque s’abat sans prévenir. Elle crie.

« Non ! S’il te plaît…

— Tu te rappelles ce qu’on a dit hier ?

— Oui… Mais j’ai plus envie… »

D’autres claques tombent, la font gémir.

« Je serai sage, je te promet…

— C’est bien pour ça que je le fais…

— Oui mais…

— Mais rien du tout, ma grande… Mets-toi sur le ventre.

— Je ne suis pas grande…

— Julie…»

Elle se tourne vers lui.

« Tu ne vas pas me faire ça tous les matins, hein ?

— Jusqu’à ce que tu sois sage, comme on a dit…

— Ah mais c’est bon, je suis très, très sage, hein.

— Oui oui… Sur le ventre, Julie…

— Non, tu vas me fesser…

— Et si tu n’obéis pas, ça va être pire… »

Elle lâche un petit gémissement et finit par faire ce qu’il lui dit. Il lui caresse la nuque, le dos.

« Ah bah non, hein, n’en profite pas !

— Tu vois, il y a du boulot ! »

Il descend sa main jusqu’à ses fesses et rajuste la culotte avant d’y poser une série de coups à pleine main. Elle enfonce sa tête dans son oreiller. Il continue, plus fort, alternant fesse gauche et fesse droite. La culotte ne la couvre pas longtemps. Elle gémit plus fort quand il recommence à la fesser.

« Donc, tu seras sage, aujourd’hui ?»

Elle lui répond, la tête toujours dans l’oreiller. Il claque plus fort. Sa tête se lève immédiatement.

« Oui oui oui oui oui oui oui ! Je serai sage ! Je serai sage !

— Promis ?

— Je vais essayer… »

Une nouvelle série de claques, chacune plus forte que l’autre. Elle crie

« Oui je serai sage, je te promets ! »

Sa main remonte le long de sa colonne vertébrale, lui caresse la nuque, les cheveux. Il se penche vers elle et l’embrasse tendrement.

« À la douche, jeune fille… »

Elle tourne la tête vers lui et le parcours du regard. Un de ses sourcils se lève. Elle lui sourit.

« Alors tu viens avec moi, je ne vais pas te laisser dans cet état… »

Sucré

« Voilàààà !»

Elle pose les assiettes sur la table —c’était son tour de faire la cuisine. Elle va remplir une carafe d’eau, la pose sur la table à son tour et s’assoit. Il y a de la musique douce en arrière-plan, elle lui fait un sourire, il le lui rend.

« Ça a l’air bon.

— Oui hein ? J’ai trouvé une recette, ça avait l’air sympa.

— Tu me dis ce qu’il y a dedans ?

— Ah bah non, goûte ! »

Il prend une bouchée et fait la grimace.

« C’était quoi ta recette, exactement, là ?

— Ben émincé de poulet aux épices, du riz et…

— C’est censé être sucré comme ça ?

— Hein ? Sucré ?

— Vas-y goûte… »

Elle regarde sa fourchette d’un air douteux et la porte à sa bouche. Elle recrache sa bouchée immédiatement dans son assiette.

« Ah, mais non, ne crache pas…

— Non mais t’as raison, c’est sucré, beurk.

— Il y avait du sucre dans la recette ?

— Ben non…

— Bah pourtant…

— Oui bah ça va, j’ai bien vu !

— Baisse d’un ton, Julie.

— Pardon… Mais tu te doutes bien que je n’ai pas fait exprès…

— Non enfin parfois les recettes…

— Quoi les recettes ? Si t’aimes pas quand je cuisine tu peux le faire tout le temps, hein !

— C’est pas ce que j’ai dit !

— Non mais tu sais toujours tout mieux que tout le monde alors…

— Julie, ça suffit ! »

Elle se tait et pousse son assiette. Il reprend.

« Tout ce que je disais, donc, c’est que parfois on trouve des recettes bizarres, c’est tout ; je ne remets pas en talent tes talents de cuisinière…

— Pfff, arrête, ça fait années 50…

— Tu veux être forcée de finir de ton assiette ?

— Non, ça va aller, merci…

— Alors tiens-toi, un peu, j’aime pas trop ton ton.

— Tonton qui ?

— Non, le ton que tu as.

— Ben c’est du poulet, en fait…

— Julie…

— Rhoo, ça va… »

Il prend les deux assiettes et va les vider dans la cuisine.

« Juliiiie ?

— Oui ?

— Viens voir. »

Elle arrive alors qu’il pose les assiettes sale dans l’évier. Il pointe le comptoir du doigt.

« Regarde.

— Quoi ?

— Ben là, sur le comptoir.

— Oui, bon, j’allais ranger après le repas, c’est bon…

— Mais non, regarde, le sucre, qu’est ce qu’il fait là ?

— Ben non, c’est le sel, ça.

— Ah bah tu vois, on a résolu le mystère…

— Mais…

— Julie…

— Oui ?

— Tu n’as pas tes lentilles, c’est ça ?

— …

— C’est ça ?

— J’avais mal aux yeux…

— Et tes lunettes ?

— Ben…

— Oui, je t’écoute ?

— Tu ne te fâches pas, hein ?

— Si tu me dis que tu les as encore cassées…

— Non…

— Quoi alors ?

— Ben… Elles sont pas perdues, hein… Je ne sais juste pas où elles sont…

— Oui, elles sont perdues, quoi.

— Moui… »

Elle baisse les yeux et n’ose rien ajouter. Il frotte les yeux et soupire.

« Si je refais à manger, tu ne me punis pas ?

— Mais c’est pas pour le poulet que je suis fâché, Julie…

— Non mais… Quand t’as faim t’es grognon…

— C’est surtout quand tu fais des bêtises que je suis grognon.

— Mais j’ai pas fait exprès !

— Encore heureux !

— Mais…

— Je t’ai dit qu’il fallait être plus attentive, Julie ! C’est ta combientième paire, cette année ?

— Troisième…

— Et l’année dernière ?

— Cinq…

— On croirait une gamine sur une cour de récré…

— Mais non… »

Elle voit son regard qui se dirige vers le pot de cuillères et d’ustensiles. Elle se mord la lèvre.

« Baisse ton pantalon.

— Non, s’il te plaît.

— Ne me fais pas répéter.

— S’il te plaît…

— Maintenant, Julie ! »

Elle s’exécute pendant qu’il prend une maryse en silicone. Elle sent un frisson lui courir le long de la colonne. Déjà que le bois, elle n’aime pas ça… Elle laisse le jean à mi-cuisse et pose ses mains sur le rebord de l’évier. Il pose la maryse près d’elle, comme une promesse de tourments à venir, et passe la main dans ses cheveux. Il les serre et lui tire la tête légèrement en arrière.

« J’en ai plus qu’assez de tes étourderies, c’est bien clair ?

— Aïe… Oui, c’est très clair…

— Plus de lunettes cassées ou perdues, plus d’oublis de choses importantes, plus de je n’ai pas fait exprès…

— Tu veux que je fasse exprès ? »

La première claque tombe à gauche, sèche et douloureuse.

« Tu te fiches de moi, en plus ?

— Pardon… »

Il lui lâche les cheveux et pose sa main le long de son dos pour la maintenir en position. Une cinquantaine de claques plus tard, il attrape sa culotte et lui la baisse d’un coup sec. Il prend la maryse. Elle gémit.

« Non… Non non non… »

Rien n’y fait, les premiers coups enflamment ses fesses déjà endolories par les précédentes attentions. Elle crie, les larmes aux bords des yeux. Elle tape des pieds, serre l’évier plus fort, se cambre, serre les fesses, rien n’y fait, la douleur prend le dessus. Il continue, inexorable. Elle n’arrive plus à penser. Elle veut juste que ça s’arrête. Finalement, elle pleure, de grosses larmes qui tombent bruyamment dans l’évier.

Il y pose la maryse et passe doucement sa main sur ses fesses cramoisies. Elle se retourne, toujours sanglotante. Elle se love contre sa poitrine.

« Je suis désolée… Je ferai attention, je te promets…

— Tu vas aller au coin…

— Non…

— Le temps que je te fasse à manger.

— Moui…

— Et tu prends rendez-vous chez l’opticien demain…

— Oui…

— Tu n’oublieras pas ?

— Non, promis… Tu vas faire quoi à manger ?

— Vu ton goût pour le sucre… Porc au caramel ?»

Respect

Elle mordille le bout de son stylo en réfléchissant à ce qu’elle écrit. Les fesses brûlantes, elle a du mal à se concentrer. Il est vache, quand même, comme si la fessée ne suffisait pas. “Le respect d’autrui passe par le respect de soi”. C’est pas une punition, ça, c’est un sujet de philo. Elle soupire. Mille mots, il lui a dit ; et puis quoi encore ? Il voudrait des citations, le monsieur ? C’est loin, la Terminale, pffff…

Mais elle n’ose pas protester, de peur qu’il lui prenne l’envie de mettre un paillasson sur la chaise ou une autre idée tordue comme celle-là. Déjà que là, elle n’a que son t-shirt sur elle. Elle le sent bien, le bois de la chaise. Au moins, c’était frais quand elle s’est assise, ça l’a soulagée, un peu. Au lieu d’écrire, elle compte les mots qu’elle a. Deux cent treize. Elle n’est pas rendue. Elle gigote sur sa chaise sans trouver de position confortable. Il n’y a pas été de main morte. Enfin ça, il y va rarement, cela dit. Il n’est pas méchant, mais il ne faut pas le chercher. Et là… elle l’a bien cherché…  Lui comme la punition, d’ailleurs.

Mais quand-même, il abuse ! Surtout qu’elle le connaît, il va chercher la p’tite bête, il ne laissera rien passer. Il va prendre un crayon aussi rouge que ses fesses, à elle, et il va se faire une joie de chercher les petites fautes, les incohérences… Il faut être un peu sadique pour être prof, elle en est sûre.

Le respect de soi… Elle ne voit pas le rapport avec la correction qu’elle s’est prise. Le respect d’autrui, bon… Mais ce n’était pas méchant, il sait bien qu’elle trouve ça mignon, ses petites poignées d’amour. Dominant, dominant, il a l’égo fragile, parfois, quand-même. C’est bien les hommes, ça… Bon, c’est vrai qu’elle a insisté… Un peu… Elle aurait peut-être pu éviter de le titiller avec un crayon… Pendant qu’il travaillait… À plusieurs reprises… Mais elle ne voit toujours pas le rapport.

Six cent deux mots. Bon. Pour respecter les autres… Il faut les voir comme des personnes à part entière… Et il faut les traiter comme on voudrait l’être, la fameuse règle d’or. Et donc… Si on se respecte soi-même et qu’on traite les autres comme on voudrait qu’on soit traité, logiquement, ça marche. M’enfin, on peut très bien être respectueux envers les autres sans forcément s’apprécier soi-même, hein ! Et on peut trouver certaines personnes supérieures à nous-mêmes. Ou c’est peut-être plus de l’admiration que du respect, dans ce cas-là ?Rhaaaa, elle sait qu’il aime bien couper les cheveux en quatre, mais là, quand même… Elle se frotte les fesses et gémit doucement. Et le respect pour son postérieur, hein ? Là, y a plus personne. Elle va le marquer, tiens, ça le fera peut-être rire. Ou pas… C’est le risque… Boah, de toute façon, il ne lui fera rien de plus barbant que ça.

Huit cent quatre-vingt-seize. Elle y est presque. Elle l’entend siffloter dans la cuisine. Les lacs du Connemara. Aucun respect pour les oreilles non plus, apparemment. Elle relit ce qu’elle a écrit pour la cinquantième fois. Finalement, les fessées, c’est pas si mal, au moins ça passe relativement vite. Puis elle est bien sur ses genoux, et elle sait l’effet que ça lui fait, de la punir. En général, il est tendre après. Au pire, elle passe dix minutes au coin, mais elle a toujours le droit à un câlin. Là… Ça va faire un heure et demie qu’elle est sur sa chaise, et rien.

Mille. Pas trop tôt… Elle a vraiment la flemme de se relire encore. Elle se lève en grimaçant et va le voir, sur la pointe des pieds. Elle lui tend les feuilles et tire sur son t-shirt dans le vain espoir de préserver le peu qui lui reste de dignité. Avec un sourire, il prend les feuilles et les jette directement à la poubelle. Elle le regarde, bouche bée.

« Mais…

— Oui ? Un commentaire, Julie ?

— Tu ne lis même pas ?

— Ce qui m’intéresse, c’est que tu aies réfléchi.

— Ben j’aurais pu réfléchir allongée sur le canapé pendant que tu me passais de la crème, hein…

— Là au moins je suis sûr que tu as fait ça bien.

— Et le respect pour mon travail ? Franchement…

— Oui ?

— Ben j’ai bien travaillé, j’ai été sage…

— Ah ? Tu crois ?

— Oui.

— Et c’est agaçant quand on te manque de respect ?

— Oui…

— Tu as l’impression que j’en ai rien a faire, de ton travail ?

— Ben… Oui…

— Et tu vois où je veux en venir ?

— Oui… je ne t’embêterai plus pendant que tu bosses.

— Et ?

— Je ne me moquerai plus de tes petites poignées d’amour trop chou que j’adore…

— Mouais…

— Je peux avoir mon câlin maintenant ?

— Oui, viens…

— Et de la crème ?

— D’accord…

— Et du chocolat ?

— Julie…

— Je me respecte, tu vois, je sais ce que je veux.

— Je vois ça…

— Et tu sais ce que je veux d’autre ?

— Dis-moi ? »

Elle l’embrasse, les mains posées sur ses hanches. Elle ne peut pas s’empêcher, elle les lui pince un peu. Il lui claque les fesses tout de suite, sans cesser de l’embrasser. C’est mieux que les textes à la noix, quand même…

Promotion

Il est rentré depuis une dizaine de minutes. Il lui a fait un petit bisou en passant la porte et il pianote sur son ordinateur depuis. Elle, ça l’énerve.

« T’es pas très bavard…

— Mmmh ?

— T’es pas très bavard, j’ai dit.

— Ah… »

Il lève un doigt et plisse les yeux en regardant son écran. Elle lève les siens au ciel.

« Il y a quoi de si intéressant sur ton ordi, là ?

— Rien, rien, attends.

— Je rêve…

— Qu’est ce qu’il y a ?

— Bah rien, apparemment…

— Arrête, Julie… Commence pas…

— J’arrête ou je commence pas ?

— Julie…

— Bon… »

Elle allonge ses jambes sur le canapé et croise les bras.

« Et à part ça… Tu ne remarques rien ?

— Mmmh ?

— Lève les yeux de ton ordi… Pfff…

— Quoi ?

— Tu ne remarques rien ?

— Si si, j’aime bien.

— De ?

— Ben la couleur.

— La couleur ?

— Des rideaux ? Non ?

— Non mais tu te fiches de moi, là ?

— Ben non, ils sont très bien.

— Tu fais exprès, c’est pas drôle…

— Tu as fait quelque chose à tes cheveux, c’est ça ?

— Ça vaut le coup de faire des efforts… »

Il tourne l’ordinateur vers elle. Il pointe l’écran du doigt.

« À cent trente-deux euros soixante-quinze, ce ne sont plus des efforts, c’est un investissement…

— Hum…

— Tu te rappelles qu’on a un compte commun ?

— Oui…

— Et tu me rappelles ce qu’on a dit le mois dernier ?

— Que j’avais un plafond…

— Parce-que ?

— Parce que je ne fais pas attention…

— Je ne sais même pas comment ça peut coûter si cher, un coiffeur

— Ben c’est les soins… Et…

— Et ?

— Ben il y avait des promos sur les produits…

— C’est pas censé être moins cher en promo ?

— Ben si, justement, ça valait le coup ! J’ai pris du stock !

— Julie…

— Oui mon chéri ? »

Elle fait une petite moue qui se veut séductrice. Il secoue la tête, doucement. Elle insiste.

« C’est pour toi, tu sais, tu ne voudrais pas que je ressemble à rien, hein, mon cœur ?

— Ce n’est pas la question, et tu le sais bien.

— Ben je fais des efforts, ça compte, non ?

— Je t’ai demandé d’en faire, des efforts, mais pas sur ta coiffure…

— Je suis désolée… »

Il ferme l’ordinateur et se lève. Vu les circonstances, la brosse semble un choix évident. Elle s’est rassise sur le canapé et lui jette un regard suppliant.

« Je voulais vraiment te faire plaisir, tu sais…

— Pour ça, il suffit d’être sage…

— Oui mais…

— Mais quoi, Julie ?

— Mais c’est pas drôle… »

Il lève les yeux et soupire. Il lui fait signe.

« Debout… Les mains sur la table. »

Il montre la table basse d’un geste. Elle lui obéit sans un mot et se penche, les jambes légèrement écartées. Il relève sa jupe, lui laisse sa culotte pour l’instant. Il pose la brosse à plat sur ses fesses encore blanches.

« Je vous fais une couleur, madame ? On a du rouge vif en promotion. »

5 étapes

« Non mais… Tu ne vas pas me fesser pour ça, hein ? C’était pas grand-chose… Hein ? Tu m’as déjà grondée… On peut passer, hein, dis ? »

Déni. Il la penche sur l’accoudoir du canapé, une main dans le dos pour la maintenir. L’autre se lève et lui lâche une claque magistrale en guise d’introduction. Elle crie.

« Mais arrête !! C’était rien, pfff ! C’est toujours pareil avec toi ! Jamais moyen de rien dire… Arrête ! »

Colère. Il continue, plus fort. Paire de jeans ou pas, elle la sent bien, son humeur à lui aussi. Ses fesses chauffent déjà, il n’y va pas de main morte. Elle prend un coussin et essaye de lui lancer à la figure. Grave erreur. Il la foudroie du regard et prend la télécommande qui traînait sur la table basse. Ses yeux s’écarquillent et elle change tout de suite d’attitude. Ça, elle y a eu le droit une fois, par jeu, elle ne tient pas à retenter l’expérience.

« Non, s’il te plait… Je suis désolée… Je serais sage, d’accord ? Je ferais ce que tu veux… S’il te plaît… »

Marchandage. Ça ne l’atteint pas, il empoigne son jean à la ceinture pour le tendre sur ses fesses et la punir de plus belle. Les coups sont secs, bruyants. Elle se cambre et geint à chaque fois qu’ils tombent. La télécommande est lourde, sans compromis. Il la relève, baisse son pantalon et la prend sur ses genoux. Elle garde la tête baissée, le feu aux joues. Il laisse l’instrument sur le côté et reprend à la main. Elle se mordille les lèvres et murmure :

« Je ne sais pas pourquoi je fais toujours n’importe quoi… Pardon… Je suis nulle… »

Dépression. Elle pleure, elle gémit, elle crie. La leçon commence à rentrer. Il prend sa culotte, la baisse lentement. Elle ne proteste pas et lève le bassin pour lui faciliter la tâche. La fessée continue en silence, si ce n’est le bruit sec des claques sur ses fesses cramoisies. Finalement, il s’arrête. Il caresse ses fesses brûlantes, doucement.

« Je… »

Elle ne trouve pas ses mots.

« Oui, Julie ?

— Je suis désolée… Je la méritais… »

Acceptation.

Et moi ?

« Je m’ennuie…

— Vraiment ?

— Oui…

— J’ai presque fini, là, tu veux qu’on sorte après ?

— Peut-être…

— D’accord… Réfléchis quelques minutes, le temps que je finisse.

— Tu fais vite ?

— Oui, oui.

— Vraiment, hein ? Je m’ennuie…

— Ça irait encore plus vite si je pouvais me concentrer.

— Oui oui… »

Elle est assise sur le canapé. Elle prend un Télérama qui traîne —il travaille dans l’Éducation nationale. Elle a déjà lu les articles qui l’intéressent. Il n’y a rien de bien au cinéma. De toute façon, elle suit les recommandations inverses, en général. Elle le regarde travailler.

« Alors ? Fini ?

— Julie… Tu vois bien que non…

— Ben je ne sais pas…

— Ça ne fait même pas 5 minutes.

— Ça fait au moins 7 minutes.

— Ah ouais… Tu t’ennuies à ce point là ?

— Je t’ai dit…

— Il me reste dix copies.

— D’accord… Ça ne peut pas attendre ce soir ?

— Je préfère tout faire d’un coup.

— Tu es sûr ?

— Julie, ça suffit. Laisse-moi travailler et ça ira vite.

— Mais je m’ennuie…

— Oui bah j’ai bien compris, oui.

— Te fâche pas…

— On dirait une gamine là… “On est bientôt arrivééééé ?”

— Pffff… N’importe quoi…

— Tu me laisses travailler ?

— Oui…

— Merci bien.

Elle soupire doucement, la joue posée contre sa main. Elle regarde son téléphone. Pas de messages, rien de neuf sur facebook, le néant.

« Si je faisais des bêtises, tu t’occuperais de moi… »

Il soupire à son tour.

« T’abuses ; à t’écouter c’est comme si je t’abandonnais.

— Ben oui hein.

— Julie…

— Moui ?

— J’ai du travail.

— Ben je sais…

— Pas de bêtises.

— Ben non, t’as vu, je suis sage !

— On va dire ça.

— Ça veut dire quoi, ça ?

— Que tu ne me laisses pas travailler.

— Mais si…

— C’est ça, ton plan ?

— Mon plan ?

— M’empêcher de travailler jusqu’à ce que je me fâche ? Pour que je m’occupe de toi ?

— Mais non, enfin ! Pas du tout… Moi je suis sage comme une image… »

Il hausse un sourcil et retourne à son travail sans rien ajouter. Elle se lève et vient passer ses bras autour de lui, tendrement.

« J’aime bien te regarder travailler…

— Ah ? Du charme maintenant ?

— Ça marche ?

— Non.

— Pfff… Tu m’aimes plus ?

— Julie, s’il te plaît… »

Elle lui fait un bisou dans le cou et retourne s’asseoir sur le canapé. Elle boude. Il fait mine de ne rien voir. Au moins pendant ce temps-là, il est tranquille. Une copie de plus sur la pile des corrections. Elle se lève et quitte le salon. Son crayon court sur la copie suivante. Elle revient en petite nuisette et s’appuie doucement sur la table, devant lui, la bouche en cul de poule. Il lève les yeux, rougit un peu.

« Non mais Julie…

— Allez… Tu auras le temps plus tard !

— Il faut vraiment que ce soit fini pour demain…

— Après je ne t’embête plus, promis…

— Je t’ai dit non.

— T’es sérieux là ?

— J’ai l’air de plaisanter ?

— Mais…

— Réfléchis… Si je te punis, je te donne ce que tu veux, alors que si je termine mes corrections…

— T’es vraiment pas drôle.

— Va dans la chambre, prends un livre, je ne sais pas. Je fais vite et j’arrive;

— Alors là, tu rêves… J’ai plus envie de rien, je vais me changer.

— Comme tu veux.

Furieuse, elle repart dans la chambre sans un mot. Du silence, enfin. Les copies défilent une à une, et il n’en reste bientôt qu’une. Il la parcourt rapidement, relève quelques fautes mineures. Enfin terminé. Il range les copies et se lève pour aller voir ce qu’elle a pu imaginer comme bêtise pendant ce temps-là.

Il la trouve endormie sur le lit, portant toujours sa nuisette. Elle est tellement calme quand elle dort… Il pose un baiser sur son front et la laisse.

Elle se réveille vers 19h, vient le voir.

« T’as fini ?

— Ah bah oui, là c’est bon. Un peu tard pour sortir.

— Ah bah de toute façon je ne peux pas.

— Comment ça ?

— Ah bah j’ai plein de boulot pour demain, moi !

— Hein ?

— J’ai des dossiers à terminer, je suis à la bourre. »

Elle éclate de rire.

« J’avais la flemme… »

Il rit beaucoup moins et prend une spatule dans un des pots de la cuisine.

Les fesses brûlantes, le ventre vide, elle regarde l’heure. 23h. Il lui reste encore un dossier à compléter et il lui avait donné jusqu’à cette heure-là. Elle l’entend arriver. Résignée, elle se lève, se penche sur le bureau et relève sa nuisette. La spatule, elle n’aime pas. Mais au moins, il s’occupe d’elle.

Petite robe

« Julie, il faut vraiment qu’on y aille, là.

— Oui oui, deux secondes…

— Mais ça fait une demi-heure que je t’attends.

— Attends, j’ai presque fini.

— Je ne fais que ça, attendre…

— T’en fais pas, on sera pile.

— Ah non, à cette heure-ci ça va être galère…

— Mais non, ça va passer crème, tu vas voir…

— C’est bon ?

— T’en penses quoi ?

— Oui, c’est joli.

— Ah ouais…

— Quoi ?

— C’est tout ?

— Julie, ne commence pas…

— Non mais si t’aimes pas…

— Mais si ! Je t’ai dit que c’était joli.

— Oui, ‘fin, avec ce ton…

— Mais n’importe quoi… Allez viens, on y va. Tu prends le gâteau ?

— Non mais attends, vu que t’aimes pas je vais me changer, hein.

— Mais non ! »

Elle hausse un sourcil et repart dans la chambre sans rien dire.

« Julie, reviens ici tout de suite ! »

Elle claque la porte. Il roule des yeux et soupire. Il pose la bouteille qu’il tenait à la main sur le meuble de l’entrée et va à la porte de la chambre. Il frappe, doucement, et ouvre. La robe est par terre. Elle est en train de finir d’enfiler un vieux jean. Elle attrape une polaire qu’elle avait jeté sur le lit et l’enfile par-dessus le t-shirt qu’elle portait déjà aujourd’hui.

« Tu ne crois pas que tu abuses, là ?

— Quoi ?

— Ben on sort, quand même…

— Et ? On va chez Sophie et Alain, hein, pas chez Maxim’s.

— Mais elle était très bien ta robe.

— Non, j’ai l’air énorme dedans.

— Tu t’entends ? C’est quoi ce cliché à deux balles ?

— On y va ? Parce que là, on n’est pas en avance…

— Julie…

— Quoi ?

— Fais un effort, s’il te plaît.

— Ça veut dire que je m’habille comme un sac d’habitude ?

— Mais non…

— Non mais si môsieur a un sens du style si développé…

— Ça suffit, Julie… »

Elle fait un geste dédaigneux de la main et s’avance vers la porte. Il l’attrape par le poignet. Elle essaye de se dégager. Il la regarde dans les yeux. Elle lui retourne son regard.

« Change-toi.

— Non, c’est bon.

— Je ne te demande pas, je te dis.

— T’es chiant.

— Pardon ?

— Non mais c’est vrai, quoi…

— Un, tu surveilles ton langage ; deux, je t’ai dit qu’elle était bien ta robe, alors arrête !

— Ben t’avais tort, voilà.

— Bon… »

Il la tire vers lui et empoigne son jean. Il défait le bouton d’un geste sec, ouvre la fermeture éclair, et baisse le jean à mi-cuisses. Sans attendre, ni écouter ses protestations, il la coince sous son bras et lâche une volée de claques sur sa culotte. Elle se débat. Il la tient fermement et tire la culotte vers le haut, découvrant ses fesses encore relativement blanches.

« Arrête ! »

Il frappe de plus belle. Ses fesses, le haut de ses cuisses. Des claques rapides, impatientes. Le blanc devient vite rose sous ses attentions. Elle cède.

« Arrête… Arrête… Je vais me changer… »

Une dernière grosse claque en point final.

« Tu te dépêches…

— C’est toi qui perds du temps, là…

— Fichu pour fichu… Tu en veux encore ?

— Non, non… »

Il la laisse aller se changer. Une autre petite robe, la bleue qu’il aime bien.

« Tu n’auras pas besoin de ta culotte

— Tu abuses…

— Oui. »

Il sourit. Elle se penche pour l’enlever.

« Je ne l’aime pas, elle heurte mon sens du style, tu comprends…

— Pffff…

— Prête ?

— Ben…

— Quoi ?

— Cinq minutes, hein, il faut que je me remaquille, maintenant ! »

Aïe

« Oh pu—

— Julie !

— …rée…

— Mieux… Fais attention, je te l’ai déjà dit.

— Oui, ben je me suis fait mal, tu t’en fous ?

— Non, je ne m’en fiche pas… Ça va ?

— Oui…

— Qu’est ce que tu t’es fait ?

— Je me suis cognée le pied.

— D’accord…

— Quoi ?

— Je ne sais pas, tu as l’air fâchée.

— Ben oui !

— Ah…

— Je me suis fait mal et toi tu ne penses qu’à me punir…

— Rhooo, mais non…

— Ah si, si…

— Non, je te dis…

— De toute façon t’aimes ça, que j’aie mal, non ?

— Non…

— Ah oui ? Tu aimes juste quand c’est toi qui me fais mal ?

— Euh… C’est pas ça…

— Bah ? C’est un peu ça, non ?

— Mais non… Moi j’aime quand tu t’améliores, quand tu fais de ton mieux… Si je te punis, c’est juste pour que tu sois meilleure.

— Oui, oui, c’est pour mon bien…

— Ben qu’est ce que t’as, là ?

— Rien, rien.

—Ah oui, ce genre de rien…

— Pffff…

— Ah bah pffff, oui… »

Elle fait la moue et regarde son téléphone. Il n’en rajoute pas. Il termine de lire l’article qu’il parcourait. Décidément, ça ne s’améliore pas, Trump. Ces amerloques, quand même… Il la regarde. Elle tire la tête, et elle le fait bien savoir. Il n’y a que son pouce qui bouge —tap, tap, tap, ça défile. Elle a les sourcils froncés, toujours une moue à la bouche.

« Mais ça va, ton pied, quand même ?

— Moui…

— Mais, dis-moi…

— Oui ?

— La douleur… Tu aimes bien, non ?

— Ah ouais, ça m’excite carrément de me cogner le pied. Je vais devoir aller changer de culotte là…

— Arrête…

— Ah mais non, mais je te dis. Tu devrais te méfier ; le pied de la table, là, il me fait de l’effet…

— Julie…

— Et puis le buffet, oh là là…

— Julie !

— … »

Elle retourne à son téléphone. Il se lève et va s’asseoir à son côté, sur le canapé.

« Julie… »

Elle ne le regarde pas —tap, tap, tap.

« Fais pas la tête… »

Tap, tap, une pause, « j’aime », tap, tap. Il lui pose un léger baiser sur l’épaule.

« Ah, j’ai quand même droit à un bisou ?

— Oh bah arrêtes, tu fais comme si j’étais tout le temps à te gronder.

— Non mais… Un peu, hein…

— Oh ? Tu penses vraiment ça ?

— Ben moi j’aime bien aussi quand tu me fesses juste comme ça…

— Pour le plaisir, tu veux dire ?

— Ben oui… »

Il lui caresse les cheveux, doucement.

« Tu crois que je fais ça mieux que le buffet ?

— Ah bah je ne sais pas, hein… Ça fait longtemps… »

Elle pose sa tête sur son épaule. Elle adore son parfum. Elle ferme les yeux.

« Tu veux ?… »

Elle ne répond rien et s’allonge sur ses genoux, les fesses légèrement relevées, comme une invitation.

« ‘Chais pas… Essaye, pour voir ? »

Il lui caresse les fesses, les jambes.

« ‘Pepep, on ne profite pas !”

Il lui claque les fesses, doucement.

« Bon ben je vais appeler le buffet, hein… »

La claque suivant la fait bondir un peu.

« Ah, c’est mieux, ça…

— Oui ? Comme ça ? »

Une autre, puis une autre, il enchaîne, un peu plus fort, un peu plus vite. Elle sourit et se mord légèrement la lèvre.

« C’est mieux… »

Il continue sur sa lancée, alternant fessées et caresses, des volées rapides et des claques plus appuyée. La jupe est relevée. Il continue. Le rose devient plus rouge. La culotte se retrouve à ses chevilles. Il l’entend gémir doucement, sa respiration est plus haletante, plus forte. Elle tourne la tête et lui jette un regard qui en dit long. Elle en veux encore. Elle écarte légèrement les jambes, lève ses fesses pour mieux se les faire rougir. Elle serre le coussin du canapé plus fort. Il continue, le sourire aux lèvres.

Elle regarde le plafond. Il est bien plus tard. Ils sont nus, sur le lit. Elle sourit. Elle a mal aux fesses, et elle ne peut pas s’arrêter de sourire. Elle ne le voit pas. Elle l’entend respirer près d’elle. Elle aime son parfum. Ses mains. Ses yeux. Elle aime tout chez lui, elle aime ce qu’il lui fait. Elle aime qu’il en ait quelque chose à ficher d’elle, de son comportement, de ses bêtises. Elle aime qu’il soit fier d’elle.

Elle soupire de plaisir et se lève pour aller aux toilettes.

Le pied du lit. Un amant de plus.

« Ah fait ch… »

Téléphone

« Tenez Julie, c’est pour vous.

— Ah ? Merci… Oui allô ?

— Julie ? C’est moi.

— Ah bah, pourquoi tu m’appelles au boulot ? Ça va ?

— Plus ou moins, oui.

— Ben qu’est ce qu’il y a ?

— Non, je t’appelle parce que je suis repassé à la maison là.

— Oui ? Et ?

— Et on a reçu un colis, apparemment.

— Ah oui ?…

— Oui. Il y a quelque chose que tu veux me dire ?

— Bah, euh… C’est peut-être pour mon anniversaire ?

— Ton anniversaire dans cinq mois, tu veux dire ?

— Très très en avance ?

— Tu as encore commandé un sac à main.

— Mais…

— Tu sais bien qu’on est juste, ce mois-ci…

— Oui mais…

— Mais quoi ?

— Ben… Il est vraiment, vraiment beau, tu sais ?

— Ah bah ça, au prix que ça coûte…

— Ah, tu as ouvert ?…

— J’ai ouvert, oui. Je ne suis pas fan, d’ailleurs…

— Rabat-joie…

— Et tu pensais me le cacher comment, dis-moi ?

— …

— Julie ?

— Oui, oui, je suis là… Je ne pensais pas que tu repasserais aujourd’hui…

— Eh bah au moins je sais que tu ne me trompes pas, tu te serais fait gauler depuis longtemps…

— C’est pas drôle…

— Ah si, si, c’est drôle. Par contre, ce qui va se passer ce soir quand tu rentreras, ça va l’être beaucoup moins, pour le coup…

— Mais…

— Oui ?

— C’est pas gentil, ce que tu fais…

— Je te l’ai déjà dit, ce n’est pas fait pour être gentil…

— Mais non mais de m’appeler, comme ça… Je vais y penser toute la journée…

— Tant mieux ! Tu vas peut-être te tenir…

— Mais je suis sage…

— Ah bah j’étais plutôt content cette semaine, oui… Voire ce mois-ci….

— Alors… Tu vas être gentil et ne pas trop me gronder ?

— Julie… Tu vas rentrer ce soir, tu vas aller te mettre en pyjama et je t’attendrai dans le salon.

— Mais…

— Ne discute pas…

— Si je raccroche, là, je me fais gronder ?

— N’y pense même p— »

*clic*

Fichue pour fichue… Elle a le feu aux joues. Elle regarde l’écran de son ordinateur, mais impossible de se concentrer. Il va être furax… C’était pas très malin de lui raccrocher au nez… En même temps, il abuse, aussi… Il sait que ça va la stresser. Il adore ça, en fait. Bon, elle aussi… Mais zut, quoi ! Bon, d’ici à ce soir il sera un peu calmé… Mais il aura eu tout le temps de se préparer… Oh là là…

Elle y passe toute l’après-midi, les choses se bousculent dans sa tête. Elle appréhende. Elle a hâte. Il l’énerve. Il a raison. Elle veut son sac. Elle n’avait vraiment pas besoin d’un nouveau sac. Mais si. Puis il est beau. Qu’est ce qu’elle va prendre… Mais il va être tendre après… Elle a beau essayer, elle n’arrive pas à travailler. L’heure arrive.

Le trajet lui semble long. Elle a l’impression que ses fesses chauffent déjà sur le siège de la voiture. La sienne est garée devant la maison quand elle arrive. Elle sort de sa voiture, va jusqu’à la porte, respire un grand coup, et entre.

« Je suis là ! »

Il ne répond pas. La boule au ventre, direct. Elle se déchausse et file dans la chambre se mettre en pyjama, comme il lui a dit. Ce n’est pas le moment de faire la maline, apparemment. Elle se mord la lèvre en enfilant son bas de pyjama. Bon, sa culotte n’est pas trop mal, au moins, il va peut-être la lui laisser. Elle aime bien se raconter des histoires, ça la rassure, même si elle sait bien ce qui l’attend. À petits pas, elle revient dans le salon et vient se planter devant lui, les mains jointes sur le ventre, le regard hésitant.

« Tu ne m’as pas entendu ?…

— Si.

— Ah… »

Il ne dit rien de plus.

« Tu es fâché ? »

Il soupire.

« Oui Julie, je suis fâché.

— Je suis désolée d’avoir raccroché… Pardon…

— Et ?

— Je suis désolé d’avoir encore acheté un sac…

— Et ?

— Euh… C’est tout, non ? J’ai été sage…

— Tu m’as menti.

— Par omission…

— Ça reste un mensonge !

— Mais non… J’ai juste pas tout dit…

— Julie…

— D’accord…

Elle ouvre la bouche pour ajouter quelque chose, mais son regard l’en dissuade. Résignée, elle se met en travers de ses genoux sur le canapé, les jambes légèrement repliées. Elle empoigne un coussin. La punition est dure, il n’attend pas pour lui baisser le pantalon, puis la culotte ; mignonne ou pas, elle se retrouve aux genoux. Elle pensait que ses fesses chauffaient dans la voiture, elle avait tort. Des belles claques à pleine main, lourdes, régulières. Une fesse, l’autre. Il commence à bien avoir l’habitude, ça se sent. Il ne la laisse pas respirer. Elle ferme les yeux, le visage enfoui dans le coussin.

Enfin, il s’arrête. Elle prend une grande respiration.

« Je suis désolée… Tu me pardonnes ?

— J’ai pas fini.

— Quoi ?

— Lève-toi. »

Elle hésite un moment, suffisamment pour gagner une claque de plus.

« Debout, Julie, hop ! »

Elle obéit, se frotte les fesses discrètement. Elle entend le bruit, le déclic de la ceinture. Elle se tourne vers lui.

« Non… Non, s’il te plaît… J’ai été sage…

— Ce n’est pas la première fois que tu me fais le coup…

— Si ! La dernière fois je m’étais trompée…

— Et la fois d’avant ?

— Il me les fallait pour le mariage de ta cousine…

— Elles n’étaient même pas à ta taille, les blanches…

— Non mais elles étaient jolies…

— Mets-toi à genoux sur le canapé.

— Non.

— Pardon ?

— Je ne suis pas une chienne, pas à genoux.

— Mais non, rhooo, là, comme ça, face au dossier.

— Tu expliques mal, voilà.

— Bon, tu as fini oui ?

— Oui… »

Elle se met en position pendant qu’il finit d’enlever sa ceinture. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. La non plus, il n’y va pas de main morte. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Elle sert les dents pour le pas crier. Onze. Douze. Treize. Quatorze. Quinze. Il arrête.

« Plus de mensonges ? »

Elle ouvre la bouche. Sa respiration est haletante. Elle hoche la tête.

« Non… Promis…

— Plus de dépenses inutiles ?

— Mais c’est pas—

— Juliiiie !

— Non…

— D’accord… J’ai encore quelque chose pour toi.

— Non, s’il te plaît… J’en peux plus, s’il te plaît…

— Vas au coin, les mains sur la tête, je reviens. »

Avec un soupir malheureux, elle obéit. Il revient quelques minutes plus tard.

« Viens. »

Elle baisse les bras et revient se mettre face à lui. Il a un colis dans les mains.

« Non… Je te promets… Non…

— Ouvre, on verra bien…

— Mais…

— Ouvre. »

les larmes aux yeux, elle se bat un peu avec l’emballage, et finit par l’ouvrir. Elle pleure. C’est le portefeuille qui va avec son sac.

« Ça ne te plaît pas ?

— Je te jure, je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai pas commandé les deux… Je suis désolée… Je…

— Mais non, bébête… Tu n’es pas aussi maline que tu le crois, j’ai bien vu la commande sur le relevé de banque.

— Hein ?

— Vu que tu avais été relativement sage… Je me suis dit que tant qu’à te faire punir, tu pouvais bien avoir les deux. Ne t’imagine pas que ça marchera deux fois.

— Mais… Tu… Tu m’as menti…

— Par omission ! »

Facture

«Juliiiiie ?

— Quoooooooi ?

— Viens par ici.

— Pourquoooooi ?

— Viens ici.

— C’est urgent ?

— Viens !

— Bon… Oui, quoi ?

— C’est quoi, ça ?

— Ben une enveloppe ? Mystère résolu ! Tu m’excuses, mais j’ai mon livre là et…

— Et dans l’enveloppe, il y a quoi ?

— C’est toi qui l’as, hein… »

Il soupire et retire les papiers de la fameuse enveloppe. Il les lui les tend.

« Ah… Ça…

— Oui, je t’écoute ?

— Ben tu sais, je t’avais dit…

— Tu m’avais dit ? Mais encore ?

— Ben… Lafacturedugazenretarddumoisdernier

— Pardon?

— C’est le gaz…

— Quoi le gaz ?

— La régularisation… Tu sais ?

— Encore ? C’est réglé depuis longtemps ça…

— Non… »

Elle baisse la tête, se mord nerveusement la lèvre. Elle n’ose pas le regarder, il est furieux et elle le sait.

« J’ai complètement zappé…

— Tu as zappé.

— Bah… Oui…

— Donc quand je te l’ai rappelé la dernière fois et que tu m’as dit « oui oui c’est bon »…

— Mais je voulais vraiment le faire… C’est juste que…

— Que quoi ?

— Ben j’ai été distraite…

— Julie, c’était déjà un rappel !

— Je sais… Pardon…

— Pardon, ça ne paie pas les factures…

— Non mais… euh… Les fessées non plus ?

— Bien essayé…

Il n’a pas besoin d’en dire plus ; tête baissée, elle remonte jusqu’à la chambre pour en redescendre sans son jean, sa brosse à cheveux à la main. Elle la lui tend avec un regard suppliant. La brosse, elle déteste ça, surtout celle-là, d’ailleurs. Le bois, comme ça, la rigidité, ça lui met les fesses en feu dès le premier coup. Et ça marque, de beaux bleus qui lui durent quelques jours. Mais ce n’est pas la première fois, et elle se penche sur le dossier du canapé sans broncher. Il pose la facture sur un coussin devant son nez.

« Lis-moi ce qu’il y a marqué.

— Tout ?

— Commence là.

— Rappel… »

*CLAC!* Il commence déjà.

« Régularisation annuelle… »

*CLAC!*  *CLAC!*  Il continue, ponctuant chaque mot d’un coup sec de la lourde brosse. Elle sent les larmes qui monte, et sa vision se brouille un peu.

« Je dois vraiment tout lire ?

— Lis-moi le chiffre en gras à la fin.

— Mais c’est un nombre…

— Quoi ?

— Ben… Les chiffres c’est juste de zéro à neuf et…

Une volée de coup l’interrompt.

« Lis *CLAC!* moi *CLAC!*  le *CLAC!*  nombre *CLAC!* à *CLAC!*  la *CLAC!* fin ! »

Elle hurle, « Aïe ! Aaaaaïe ! Pardon ! Pardoooon ! Trois cent aaaïe quatre-vingt-treeeizaaaaïe !

— Ah, bah voilà, c’est mieux !

— Tu ne vas pas faire ça, hein ?

— Ah si.

— Non non, c’est beaucoup trop, je ne suis pas maso à ce point-là !

— Tu comptes.

— Non… J’aime pas… S’il te plaît…

— C’est pas fait pour te faire plaisir !

— Mais je suis nulle pour ça… S’il te plaît…

— C’est comme pour les factures, tu vas apprendre…

— Juste les chiffres ? C’est bien, déjà, non ?

Il lève les yeux au ciel et ne répond pas. Il pose la brosse à plat contre ses fesses déjà rougies. Elle frissonne et ferme les yeux. Les dix premiers coups ne se font pas attendre ; elle les énumère un à un. Une pause. Dix de plus, tous du même coté. Elle serre les dents. Dix autres, il aime la symmétrie.

« Trente !

— Ça commence à rentrer ?

— Je ne sais pas exactement de quoi tu parles mais oui, oui, promis, c’est rentré…

— Elle part aujourd’hui, la facture.

— Oui… Promis… »

Elle s’essuie le coin des yeux du plat de la main.

« J’essaye, tu sais…

— Vraiment ?

— Mais… Oui… »

Les larmes reviennent, plus que la honte, plus que la douleur, c’est cette simple question qui la fait pleurer. Bien sûr qu’elle essaye. Elle fait de son mieux, elle veut qu’il soit fier d’elle. Dans ce « Vraiment ? », elle entend toute sa déception. Elle pleure, elle murmure des « Je fais ce que je peux …»

Il la relève et la serre dans ses bras, sans rien dire. Sa colère s’évapore ; il lui caresse doucement les cheveux. Elle pleure dans sa chemise. Son mascara soi-disant waterproof —bien trop cher— ruine sans doute la chemise pour de bon. Il s’en fiche.

« Je sais que tu fais des efforts… »

Elle ne répond pas. Elle n’y arrive pas. Il lui répète.

« Je sais que tu fais des efforts… Et je suis fier de toi, en général, tu sais ?»

Elle renifle.

« C’est vrai ? »

Il sourit et passe la main dans ses cheveux.

« Tu sais bien que tu es la championne du monde des sales gosses…»

Elle  lui donne un petit coup de poing sur le torse et sourit malgré elle. Elle est bien, là, contre lui.

Enfin, elle a mal au fesse, quand même. Pas étonnant que les factures, on appelle ça des “douloureuses”…